Aevar Orn JOSEPSSON : Les anges noirs

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Aevar Orn JOSEPSSON - Les anges noirs
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Présentation Éditeur

Birgitta Vésteinsdóttir est l’une des meilleures informaticiennes d’Islande. Si tout semble lui réussir dans sa vie professionnelle, côté cœur, c’est plutôt la Berezina : divorcée, elle vient tout juste de se faire larguer sans ménagement par son nouvel amant, directeur d’un grand groupe industriel. C’est d’ailleurs pour se venger de lui que Birgitta pénètre dans son appartement par une nuit d’été afin de pirater son système informatique. Quelques heures plus tard, elle disparaît mystérieusement avec son ordinateur portable et ne donne plus aucun signe de vie.

Une enquête de grande envergure est immédiatement lancée par un trio de policiers chevronnés, et très vite l’affaire apparaît bien plus complexe que celle d’une simple disparition : ils reçoivent un dossier étonnamment fourni sur Birgitta et s’aperçoivent surtout – quand ils interrogent ses proches – qu’ils ont été précédés par un inconnu s’étant fait passer pour un membre de la police islandaise. Ils ne sont visiblement pas les seuls sur la piste de la jeune femme…

OrigineIslande
Titre originalSvartir englar (2003)
ÉditionsGallimard, Série Noire
Date13 septembre 2012
TraductionSéverine DAUCOURT-FRIDRIKSSON
Pages368
ISBN9782070133093
Prix21,50 €

L'avis de Cathie L.

Les Anges Noirs, Svartir englar dans la version originale parue en 2003, a été publié en 2012 par les éditions Gallimard, dans la collection Série Noire. Il est le seul titre des spet composant la série consacrée aux enquêtes du commissaire Arni à avoir été traduit en français. Le style est abrupt, journalistique, alignant juste les mots nécessaires: » Rien ne bougea et Birgitta put pénétrer à nouveau dans la pièce. La lumière de l’entrée faisait apparaître un bureau et un ordinateur. Elle scruta les murs, partout, sans y trouver d’interrupteur. Elle ressortit, observa le mur mais ne vit rien non plus. Étrange. Pourtant, c’était ainsi. Birgitta s’approcha du bureau, s’assit et chercha en vain une lampe avant d’allumer l’ordinateur. » (Page 8).

Construction : le prologue, particulièrement déconcertant, suscite l’envie d’en savoir plus… Et nous voilà pris dans les mailles du filet de Josepsson…Très peu de passages descriptifs et narratifs mais de très nombreux dialogues, propres à faire progresser l’enquête de manière significative, rendent le récit particulièrement vivants.

Thème sous-jacent : misogynie dans la police illustrée par la nomination, très mal perçue par certains, de Katrin, psychologue criminelle seulement âgée de 35 ans, au poste de chef de brigade remplaçante, pour satisfaire à la politique de quota des femmes dans la police islandaise :

« Les rires s’estompaient bizarrement quand elle pénétrait dans la cafétéria, pour laisser place à des gloussements. Elle était l’objet de regards en coin, de messes basses qui la poursuivaient d’un bout à l’autre des couloirs. Il lui fallait affronter les sourires arrogants des hommes quand ils jugeaient qu’une femme ne devait ni ne pouvait se prononcer sur un sujet donné. Et faire face à une kyrielle de commentaires prétendument drôles, mais plutôt très péjoratifs. » (Page 26).

Fil rouge : fantasmagories et états d’âme d’Arni quand il interroge des femmes, agrémentées de petits pointes de dérision envers lui-même qui font sourire le lecteur, par ailleurs entraîné dans cette sombre histoire de meurtre :

« Peu importe, elle restait quand même ultra-baisable, pensa-t-il. La culpabilité l’étreignit. Il s’étouffa presque avec sa propre salive. Allons! Tous les hommes s’expriment ainsi! Même à jeun! L aplupart en tout cas, sauf quelques marginaux insignifiants qui se permettent de tout dénigrer! Quand même, ce n’était pas une excuse. » (Page 161).

2003. Tout commence par une voiture vandalisée, un énorme 4×4 noir, celle du PDG en vue Steinar Isfeld Arnarsson. Puis par la disparition d’une femme, dans la nuit de samedi à dimanche. La même nuit. La disparue avait travaillé pour Steinar. Hasard ou fil ténu reliant les deux affaires ?

Comment se fait-il que le dossier, présentant un exposé très complet de la situation, soit transmis par le brigadier en chef seulement deux heures après que l’ex-mari ait signalé la disparition de Birgitta ? Pourquoi le dossier est-il confié à la PJ dès le premier jour de la disparition alors que, pour l’instant, aucun indice ne laisse supposer une histoire de meurtre ? Qui est la personne qui semble s’y intéresser de très près, au point d’avoir interrogé les proches de la disparue, tôt le matin même. Il semblerait qu’elle veuille la retrouver avant la police. Mais pourquoi? Pour la protéger ?

Malgré des recherches menées très sérieusement, la police ne trouve sur sa route qu’une accumulation de questions sans réponses : qui conduisait le véhicule de Birgitta le soir de sa disparition ? Pourquoi est-elle allée chez Steinar cette nuit-là ? Pourquoi a-t-on retrouvé son 4×4 sur le parking de la boîte de nuit ? Depuis quand y est-il stationné ? Pourquoi les enquêteurs retrouvent-ils de la suie à l’intérieur? Sa disparition a-t-elle un rapport avec sa situation familiale ? Son activité professionnelle ? Le commissaire Arni et son équipe nagent en plein brouillard…

L’action se déroule dans son intégralité à Reykjavik, mais l’auteur ne donne que peu de détails concernant les lieux principaux, qui de toute façon n’évoqueraient rien au lecteur non-islandais. Les plus importants sont…
…La mise en scène soignée, aux détails très parlants :

« L’escalier, raide et exigu, geignait à chaque pas. La moquette qui le recouvrait avait dû être un jour imprimée de roses mais les remontées ambiantes évoquaient tout autre chose. De légères émanations de pisse et de vomi s’insinuaient dans les narines d’Arni, soutenues par des relents de tabac froid et de bière éventée qui croissaient au fur et à mesure qu’il gravissait les marches. Sur le premier palier s’étalaient des chaussures en pagaille et il manqua trébucher sur une paire de bottes en caoutchouc des plus gigantesques quand une porte s’ouvrit avec un authentique bêlement. » (Page 145).

…Et le climat, qui exerce un impact, positif en l’occurrence, sur la façon de mener l’enquête: l’action se déroulant en juin, le soleil règne en maître, même à 21 heures du soir. Avec pour conséquences, les maisons équipées de rideaux occultants afin de plonger les pièces dans la pénombre et le fait que les gens sortent de chez eux plus longtemps, en faisant des témoins potentiels, comme le voisin de Steinar.

Le + : la vraisemblance des étapes de l’enquête criminelle: reconstitution des derniers faits et gestes de Birgitta avant sa disparition à partir des témoignages de ses proches permet à Stefan et son équipe d’établir différents scenarii possibles et des hypothèses quant aux motifs de la disparition.

Un excellent polar nordique à l’intrigue bien ficelée et suffisamment élaborée pour susciter la curiosité puis un vif intérêt de la part du lecteur qui ne tardera pas à mettre le doigt dans l’engrenage, jusqu’à la ligne finale. Et quand il aura refermé le livre, il se dira en soupirant: « Dommage que les cinq autres titres de la série n’aient pas été traduits en français!!! »

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