Viveca STEN et Camilla STEN : L’île des disparus – 01 – La fille de l’eau

Lorsque le thriller flirte avec le fantastique et que les ados sont au cœur du récit. L’île des disparus permet de déconnecter du réel pendant quelques heures.

Suede
Viveca STEN et Camilla STEN - ile des disparus - 01 - La fille de eau
L'île des disparus - tome 1 La fille de l'eau (01)
  • Éditions Michel Lafon en février 2018
  • Traduit par Marina HEIDE
  • Pages : 315
  • ISBN : 9782749932613
  • Prix : 16,95 €

Présentation de l'éditeur

La timide Tuva, douze ans, n’a pas grand-chose en commun avec ses camarades de classe. Elle préfère rester seule et ne se sent bien que sur l’île de Harö où elle habite, dans l’archipel de Stockholm, dont elle connaît chaque recoin, chaque skerry.

Mais, alors que l’automne arrive et que les touristes s’en vont, le changement se profile dans ce petit coin de calme et de nature. Des gens disparaissent en mer sans laisser la moindre trace, des ombres se cachent sous les vagues et d’étranges créatures apparaissent dans les arbres. Lors d’une sortie scolaire, l’un des camarades de Tuva s’évapore à son tour.

La jeune fille se retrouve embarquée dans un terrible mystère, au cœur de l’épais brouillard qui s’est abattu sur l’archipel, là où les vieilles superstitions des marins rencontrent la mythologie nordique…

Notre Avis

Un couple décide de partir faire de la voile avec leur bébé afin de lui transmettre leur passion pour l’eau mais une tempête se lève. Le bateau se renverse, la fillette a été avalée par les flots.

Tuva, une jeune fille de douze ans, se rend à l’école en bateau-bus, qui fait des escales d’îles en îlots. Elle a régulièrement la nausée. Et ses « camarades » de classe qui sautent à bord ne font rien pour arranger les choses. Elle a peur que son cauchemar se réalise : elle se noie.

Une course d’orientation a eu lieu malgré le brouillard. Elle voit un des garçons Rasmus seul et avec un drôle de comportement. Il court tout en ayant l’air endormi et une multitude de lucioles semblent entourer son visage. Et vu de plus près ce sont des êtres humains ailés minuscules ! Elle va leur ordonner de partir.

La police est à la recherche du binôme de Rasmus, Axel, qui a disparu. Elle leur raconte une partie des événements mais pas tout de peur de passer pour folle.

C’est la troisième disparition en quelques mois, la mer a l’air de réclamer un étrange dû. Tuva a de plus en plus peur des flots.

Un secret peu ordinaire la lie désormais à Rasmus et les liens qu’ils tissent tous les deux va en surprendre plus d’un. Sa propre grand-mère l’accuse d’avoir fait du mal à Axel. C’est l’incompréhension totale. Certaines questions ne doivent pas être posées. L’île a des secrets et tous les natifs de l’endroit devraient en être conscients…

L’île des disparus de Camilla et Viveca Sten publié aux Editions Michel Lafon s’adresse aux adolescents. Ce roman pourrait déconcerter un public adulte habitué aux romans de Viveca Sten comme les lecteurs d’Elizabeth Geroge avaient été surpris à la lecture de sa série Saratoga Woods : lorsque le thriller flirte avec le fantastique et que les ados sont au cœur du récit. Une écriture avec une forme de douceur voir de candeur mais qui correspond très bien aux lectrices qui ont dévorés Twilight, Night World et qui permet de déconnecter du réel pendant quelques heures.

Ce thriller fantastique met en lumière des thèmes sérieux comme le harcèlement scolaire même si il est présenté ici sous une forme minime. Cela montre aussi le mal être des ados. L’importance presque vitale de l’amitié à cet âge et du regard des autres. Combien les émotions des ados peuvent être intenses et parfois très compliquées à maitriser car ils ne savent pas les identifier (ou que les hormones prennent le pouvoir). Notamment lorsqu’il y a les premiers émois amoureux.

Tuva a des parents compréhensifs mais on voit combien il est difficile de garder le dialogue entre un père et sa fille en grandissant. C’est un très joli texte sur le lien filial même si il n’est pas biologique.

On peut aussi le considérer comme un conte fantastique : les croyances dans les créatures qui vivaient dans les mers, dans les sous-bois. C’est aussi une fable écologique « La Baltique est une des mers les plus polluées du monde ».

La fille de l’eau permet de s’évader vers la Suède et de retrouver des paysages que les lecteurs de Viveca Sten connaissent bien que l’île d’Haro où vit le séduisant policier Thomas mais ça c’est une autre histoire.

Arni THORARINSSON : Treize jours

Treize jours d’Arni Thorarinssonest un thriller haletant situé dans l’Islande actuelle, un monde peuplé seulement de prédateurs et de leurs proies.

Islande
Arni THORARINSSON - Treize jours
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  • Éditions Métailié le 4 octobre 2018
  • Traduit par Eric BOURY
  • Pages : 288
  • ISBN : 9791022608213
  • Prix : 21,00 €

Présentation de l'éditeur

Les adolescents sont-ils des aliens ?

13 jours, c’est le délai que sa dernière petite amie, banquière recherchée par la police, a donné à Einar pour la rejoindre à l’étranger.

13 jours, c’est le temps qu’il va lui falloir pour décider s’il veut accepter la direction du grand journal dans lequel il a toujours travaillé, pour empêcher un banquier affairiste de s’en emparer.

13 jours, c’est le temps qui sera nécessaire pour trouver qui a tué la lycéenne dont le corps profané a été retrouvé dans le parc. Quelque chose dans son visage rappelle à Einar sa propre fille, Gunnsa, quand elle était un peu plus jeune et encore innocente. Mais aujourd’hui Gunnsa est elle-même photographe et travaille dans le même journal que son père, et elle s’intéresse particulièrement aux enquêtes sur tous ces enfants qui fuguent ou disparaissent. Elle sait se mouvoir avec agilité sur les réseaux sociaux, et c’est elle qui saura faire avancer l’enquête de son père.

Arni Thorarinsson a écrit un thriller haletant situé dans l’Islande actuelle, qui décrit avec style et sensibilité le monde de corruption et de dégradation qui affleure à la surface de cette société, un monde peuplé seulement de prédateurs et de leurs proies.

Notre Avis

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Ian MANOOK : Heimaey

C’est vers une Islande aussi fougueuse que lumineuse que Ian nous embarque, un roman type un road trip initiatique

France
Ian MANOOK - Heimaey
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  • Éditions Albin Michel le 26 septembre 2018
  • Pages : 450
  • ISBN : 9782226438409
  • Prix : 22,00 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Quand Jacques Soulniz embarque. sa fille Rebecca à la découverte de l’lslande, c’est pour renouer avec elle, pas avec son passé de routard. Mais dès leur arrivée à l’aéroport de Keflavik, la trop belle mécanique des retrouvailles s’enraye. Mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, étrange présence d‘un homme dans leur sillage. et ce vieux coupé Saab rouge qui les file à travers déserts de cendre et champs de lave… jusqu’à la disparition de Rebecca. Il devient alors impossible pour Soulniz de ne pas faire le lien avec le drame qui s’est joué, en juin 1973, sur la petite île d‘Heimaey, toutjuste dévastée par l’éruption du Eldfell.

Un trip initiatique trop vite enterré, des passions oubliées qui déchaînent des rancœurs inattendues, et un flic passionné de folklore islandais aux prises avec la mafia lituanienne : après l’inoubliable Mongolie de sa trilogie Yeruldelgger et le Brésil moite et étouffant de Mato Grosso, Ian Manook, écrivain nomade, nous fait découvrir une Islande lumineuse, à rebours des clichés, qui rend plus noire encore la tension qu’en maître du suspense il y distille.

L’AVIS DE YANNICK P.

Un nouveau Manook, chouette. Ça s’ouvre comme une confiserie que l’on adore car par expérience, je sais que ce qu’il y a d’extraordinaire avec Patrick, c’est sa capacité à vous faire voyager à travers quelques lignes à tel point que l’intrigue en devient parfois secondaire.

Cette capacité poétique m’avait frappé avec Mato Grosso, il réitère avec Heimaey. Un roman de Manook est une invitation au voyage, au dépaysement. Après un Brésil humide et étouffant de Mato Grosso, une Mongolie aux traditions séculaires de Yeruldelgger, c’est vers une Islande aussi fougueuse que lumineuse que Ian nous embarque. Une terre de tempêtes, de landes et de volcans, une terre de légende, un lieu parfait pour y poser un thriller.

L’intrigue

Jacques Soulniz revient en Islande 40 ans après avec sa fille Rebecca. Un besoin, une envie tisser les liens père / fille. Mais rien ne se passe comme il l’avait prévu. Des petits mots anonymes sur le pare-brise de leur voiture, un homme qui les suit et un vieux coupé SAAB qui les file sans arrêt jusqu’au moment où Rebecca disparait. Les souvenirs de juin 1973 remonte en mémoire. Soulniz y débarquait avec quelques copains sur l’île d’Heimaey. Aujourd’hui, il doit composer avec Kornélius un flic féru de folklore islandais, à la voix si particulière qu’elle retourne une salle quand il se met à chanter et faire revivre de vieux chants, lui-même sur le bord du rasoir, aux prises avec la mafia lituanienne. Et puis il y a Bottie et Ida toutes deux se partageant Kornélius, sa couche.

Mon avis

Heimaey est un roman type un road trip initiatique. Si pour Soulniz c’est la dernière chance de retisser des liens avec sa fille Beckie, c’est pour Manook, l’occasion de jouer une nouvelle fois sur le dépaysement, tant aux niveaux des paysages toujours décrits à la perfection, que sur les légendes envoûtantes, les chants et les trolls, tout en ayant un pied dans la réalité pour rendre crédibles ses personnages. On y parle de la crise financière qui a frappé l’Islande, de sa transformation grâce au numérique et à ses fermes de données, mais aussi d’amour, de tourisme (qui aux fils des ans change un pays), d’amitié et de conflits qu’ils familiaux ou d’affaires.

Comme souvent, les femmes sont plus attachantes que le héros lui-même. J’ai un petit coup de coeur pour Ida. Mais je ne vous dirais pas pourquoi.

Reste qu’au delà de l’intrigue, il y a le style de Manook. Il change encore. Là, les chapitres courts, et l’écriture vive. Les dialogues sont souvent jubilatoires, à la hauteur de ces insulaires grandes gueules.

Bref, ce que je retiens, une fois la dernière page tournée reste sa capacité à nous faire voyager vers un ailleurs poétique aux lieux imposants et majestueux où l’homme est parfois insignifiant. Un voyage en Islande qui se mérite comme un amour père / fille lorsqu’il est à reconstruire.

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Ulf STARK et Ariane PINEL : Blaise et Basile

Blaise et Basile vivent dans une maison tout au fond d’une forêt. Un jour, ils décident de partir à la découverte du monde.

Suede
Ulf STARK et Ariane PINEL - Blaise et Basile
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  • Éditions Bayard en octobre 2016
  • Traduit par Ludivine VERBEKE
  • Pages : 150
  • ISBN : 9782747049986
  • Prix : 9,90 €
  • À partir de 8 ans

Présentation de l'éditeur

  • Texte : Ulf STARK
  • Illustrations : Ariane PINEL

Blaise et Basile vivent dans une maison tout au fond d’une forêt. Un jour, ils décident de partir à la découverte du monde. Après avoir entassé quelques bagages dans un vieux landau, ils prennent la route. En chemin, ils vont jouer, rire, s’interroger et vivre une aventure qu’ils n’oublieront jamais.

Un regard empli d’humour, de fraîcheur et de gravité sur notre monde.
Un roman à lire seul ou avec ses parents.

Notre Avis

Blaise et Basile vivent juste tous les deux dans une maison grise, le torrent coule à côté. Ils fêtent leur anniversaire quand ils en ont envie, souvent. Ils rêvent, se chamaillent. C’est l’ainé qui veille vraiment sur le petit. Basile, pendant la nuit, à son esprit qui vagabonde, il pense à un avion et son papa.

Ils partent à l’aventure et croisent le Grand Horloger. Alors qu’ils sont chez lui, ils sont affirmatifs : ils vont partir pour LA grande aventure et retrouver leur papa. Piqure de moustique, faim qui leur ronge l’estomac, la magie d’un cirque… Les deux enfants qui ne connaissent que leur petit cadre de vie habituel sont fascinés, surpris par le monde qui les entourent. Leur comportement n’est pas toujours adaptés, peut importe, ils n’en sont pas toujours conscients.

Ce joli conte des temps modernes du suédois Ulf Stark publié aux Editions Bayard jeunesse met en lumière le lien qui lie deux frères. La quête émouvante de leur père. Il y a un côté onirique dans ce texte. L’ambiance m’a fait pensé à certains romans de Dino Buzzati.

Vilhelm MOBERG : La saga de émigrants

Au XIXe siecle, un groupe de Suédois décident d’émigrer vers le Nouveau Monde.

Suede

Voici l’histoire des premiers pionniers suédois partis conquérir l’Amérique et comment leur vint l’idée de s’expatrier. Les paysans du Småland, une province du sud-est de la Suède, vivaient paisiblement de leurs terres. Vers le milieu du xixe siècle, cet ordre immuable commença à trembler sur ses bases. Les terres sans cesse divisées par les héritages vinrent à manquer. Et les échos venus d’au-delà de l’Océan donnèrent des envies de liberté.

Vilhelm MOBERG - La saga de emigrants - 01
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Présentation de l'éditeur

Autour de Kristina et Karl Oskar, un groupe de Suédois décident d’émigrer vers le Nouveau Monde. Des paysans, valet de ferme, prédicateur, prostituée, quittent la Suède du XIXe siècle pour l’Ouest. Leur aventure est celle d’une vie entière, l’épopée du déracinement et du nouveau départ. Témoignage unique de l’histoire de la Suède et fabuleuse aventure humaine.

  • Éditions Gaïa en mai 2013 (nouvelle éditions)
  • Traduit par Philippe Bouquet
  • Pages : 971
  • ISBN : 9782847203189
  • Prix : 28,00 €
Vilhelm MOBERG - La saga de emigrants - 02
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Présentation de l'éditeur

Autour de Kristina et Karl Oskar, un groupe de Suédois décident d’émigrer vers le Nouveau Monde. Des paysans, valet de ferme, prédicateur, prostituée, quittent la Suède du XIXe siècle pour l’Ouest. Leur aventure est celle d’une vie entière, l’épopée du déracinement et du nouveau départ. Témoignage unique de l’histoire de la Suède et fabuleuse aventure humaine.

  • Éditions Gaïa en mai 2013 (nouvelle éditions)
  • Traduit par Philippe Bouquet
  • Pages : 878
  • ISBN : 9782847203196
  • Prix : 28,00 €

Cette saga est paru quelques années plutôt en 5 volumes aux éditions Livre de Poche.

Notre Avis

L’AVIS DE FRANÇOIS R.

Lors d’un séjour chez des amis suédois à Växjö, Ingemar – notre hôte – a évoqué le roman de Vilhelm Moberg et nous a emmenés au musée de l’émigration où sont présentés documents et archives à propos des Suédois partis aux USA au milieu du XIX°s. Ces Américains descendant de ces Suédois sont nombreux à venir sur les traces de leurs ancêtres et visitent ce musée, épluchent les archives. C’est là que j’ai pris conscience de ce qu’a pu être cette émigration vers les USA (1/4 à 1/5 de la population) ; phénomène que la France – pays d’immigration – n’a jamais connu.

Fouinant récemment dans une librairie j’ai trouvé par hasard le tome 1 de la saga. Je l’ai acheté et … et dès les premières pages j’ai été « pris ». Dans la foulée j’ai lu le 2 et le 3. J’attaque le 4.

Je n’ai lu que des bonnes critiques sur internet, je n’ajouterai donc pas la mienne. En revanche, je voudrais féliciter le traducteur qui a fait un travail remarquable, me semble-t-il. (mon suédois est trop rudimentaire pour que je sois totalement affirmatif sur ce point). Rendons lui grâce car trop de romans étrangers sont « victimes » de mauvaises traductions, ce qui, pour moi, les rends illisibles.

Ouvrage à recommander à tous.

Sara LÖVESTAM : Enquêtes Détective Kouplan – 02 – Ça ne coûte rien de demander

Sara Lövestam vous fera découvrir la face cachée de Stockholm.

Suede
Sara LOVESTAM - Kouplan – 02 – ca ne coute rien de demander
Ça ne coûte rien de demander
  • Éditions Robert Laffont collection La Bête Noire le 11 janvier 2018
  • Traduit par Esther SERMAGE
  • Pages : 400
  • ISBN : 9782221190173
  • Prix : 21,00 €

Présentation de l'éditeur

« Si la police ne peut rien pour vous, n’hésitez pas à faire appel à moi. » Kouplan, détective sans-papiers.

Ça y est, l’autoproclamé « détective » Kouplan, immigré iranien à Stockholm, n’a plus un rond. Il en est réduit à collecter des cannettes vides pour les revendre contre quelques pièces.

En fouillant dans les poubelles du quartier huppé de Lidingö, il croise le chemin de Jenny Svärd, conseillère municipale aux dents longues, dont il surprend la conversation : Jenny vient de se faire escroquer par son amante, qui a disparu dans la nature avec deux cent mille couronnes. Puisque ça ne coûte rien de demander, Kouplan saute sur l’occasion pour lui proposer ses services d’enquêteur…

Sara Lövestam vous fera découvrir la face cachée de Stockholm.

Chacun sa vérité, le premier volet de la série Kouplan, a reçu le Grand Prix de littérature policière 2017.

Notre Avis

Merci à Robert Laffont !

Kouplan, l’immigré Iranien à Stockholm, n’a plus beaucoup d’argent. Il en est réduit à fouiller les poubelles pour collecter des canettes vides afin de les revendre. Un jour qu’il était fort occupé à tenter de survivre, il surprend une conversation. Celle de Jenny Svärd, une conseillère municipale très bien placée, et qui vient de se faire escroquer une grosse somme par son amante. Kouplan saute saute l’occasion et lui propose son aide…

J’avais énormément apprécié la première enquête de Kouplan, Chacun sa vérité, alors j’étais très curieuse de me pencher ensuite sur sa suite, Ça ne coûte rien de demander.

Avec ce second volume, Sara Lövestam nous présente des thématiques et des sujets différents. L’enjeu majeur est celui de l’escroquerie, et comment cela impacte tout un cercle de personnes. Il y a aussi l’apparence, la manière dont nous sommes perçus par le monde, et comment ces perceptions peuvent blesser les personnes sujettes aux observations. Kouplan en est le parfait exemple : vu d’abord comme un étranger, souvent considéré comme un sans-abri ou un chômeur feignant… Mais énormément de questions sont soulevées aussi dans Ça ne coûte rien de demander sur l’identité sexuelle, comment la société perçoit les personnes qui n’intègrent pas dès le début le système, et toutes les questions que cela soulève. L’être humain (la société en général) est très souvent en retard concernant quelques questions pourtant importantes : ainsi la transsexualité et la transidentité reste un sujet relativement tabou, et peu d’informations circulent. Dans notre monde occidental, la « norme » reste cantonnée au système binaire homme/femme, sans voir ce qu’il y a autour. Ça ne coûte rien de demander parle de ce sujet important avec beaucoup de délicatesse.

En plus de ces sujets, Sara Lövestam nous présente une intrigue solide et bien ficelée. J’ai été complètement transporté, je n’ai pas vu le temps passer. On en découvre plus sur Kouplan, l’histoire est passionnante, et les thèmes abordés très touchants.

Je recommande absolument la lecture des aventures de Kouplan, et j’attends la suite avec impatience !

Gunnar STAALESEN : Varg Veum, le privé norvégien – Tome 14 – Le vent l’emportera

Un polar écolo dans la Norvège des fjords et du pétrole. En mer du Nord, la route des bateaux vikings devint celle des supertankers.

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Gunnar STAALESEN - Varg Veum le prive norvegien - Tome 14 - vent emportera
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  • Éditions Gaïa en septembre 2017
  • Editions Folio en octobre 2018
  • Traduit par Alex FOUILLET
  • Pages :
  • ISBN : 9782072805233
  • Prix : 7,25 €

Présentation de l'éditeur

Le privé le plus populaire de Norvège prêt à renoncer au célibat ? Pas si le destin s’en mêle.

Au large de Bergen, à quelques encâblures des fjords, une ou deux îles sont battues par les vents. Un pont les relie au continent, le tourisme pourrait s’y développer, si le site n’était pas promis à être défiguré par de hautes silhouettes bruyantes et menaçantes : peut-on rêver endroit plus idéal que ces îles sous le vent du Nord pour un parc d’éoliennes ? Une famille déchirée par des intérêts divergents, un mari qui disparaît la veille d’une consultation décisive, des écologistes soft et d’autres prêts à des actions d’éclat beaucoup plus violentes.

Un polar écolo dans la Norvège des fjords et du pétrole. En mer du Nord, la route des bateaux vikings devint celle des supertankers. Et si aujourd’hui la jolie vue que l’on a sur les fjords depuis l’Express côtier était remplacée par un gigantesque parc d’éoliennes? Entre protection de l’environnement, tourisme et obscurantisme, Varg Veum dresse la liste des mobiles.

L'avis de Morgane ROHEL - Bibliothécaire

Varg Veum est détective privé. Presque 60 ans, mais il répond toujours présent, tant qu’il ne s’agit pas d’affaires de couples. Quand Mons disparaît et que sa femme le contacte, Varg hésite, puis accepte. Une île Norvégienne au large de Bergen, la construction d’un parc éolien qui fait débat…

La disparition de Mons semble liée aux écologistes, mais le passé familial n’a pas tout révélé…

Une 14e enquête riche en rebondissements, un détective bourru mais profondément attachant. Un thriller sur fond écologique, sans effusion de sang, au cœur des relations humaines ! Le tout servi par une traduction maîtrisée, je recommande avec grand plaisir.

Audur Ava OLAFSDOTTIR : Ör

Ör est le roman poétique et profond, drôle, délicat, d’un homme qui s’en va, en quête de réparation.

Islande
Audur Ava OLAFSDOTTIR : Ör
ÖR
  • Éditions Zulma le 5 octobre 2017
  • Traduit par Catherine Eyjólfsson
  • Pages : 240
  • ISBN : 9782843048067
  • Prix : 19,00 €

Présentation de l'éditeur

Se décrivant lui-même comme un « homme de quarante-neuf ans, divorcé, hétérosexuel, sans envergure, qui n’a pas tenu dans ses bras de corps féminin nu – en tout cas pas délibérément – depuis huit ans et cinq mois », Jónas Ebeneser n’a qu’une passion : restaurer, retaper, réparer. Mais le bricoleur est en crise et la crise est profonde. Et guère de réconfort à attendre des trois Guðrún de sa vie – son ex-femme, sa fille, spécialiste de l’écosystème des océans, un joli accident de jeunesse, et sa propre mère, ancienne prof de maths à l’esprit égaré, collectionneuse des données chiffrées de toutes les guerres du monde… Doit-il se faire tatouer une aile de rapace sur la poitrine ou carrément emprunter le fusil de chasse de son voisin pour en finir à la date de son choix ? Autant se mettre en route pour un voyage sans retour à destination d’un pays abîmé par la guerre, avec sa caisse à outils pour tout bagage et sa perceuse en bandoulière.

Ör est le roman poétique et profond, drôle, délicat, d’un homme qui s’en va, en quête de réparation.

Notre Avis

Ör (mot signifiant « cicatrice » en islandais) en version originale éditée en 2016, traduit par Catherine Eyjolfsson, a été publié par les éditions Zulma en 2017. Il est le cinquième roman de l’auteure islandaise. Raconté à la première personne, il se compose de chapitres plus ou moins longs s’enchaînant au fil des pages sans autre transition que des titres souvent insolites, tel que « Le temps est plein de chats morts » ou que « Une cicatrice est une formation dermique anormale là où une plaie ou une lésion s’est refermée. »

Un rythme lent caractérisé par de nombreux passages introspectifs et de scènes minutieusement décrite : « Il enfile des maniques rouges, ouvre le four, tire avec précaution la grille et plonge le thermomètre à sonde dans le gâteau (…) Il verse de la crème dans un bol et branche le batteur. Il me tourne le dos, concentré sur sa tâche. Une fois la crème battue, il rince les pales et les met dans le lave-vaisselle. » (Page 40) =>Comme si le temps avait suspendu son vol afin de s’attarder un infime instant sur la destinée de Jonas, un homme banal qui se rend compte qu’il s’est perdu, noyé dans tout ce qui n’est pas essentiel.

Le style est moins fantaisiste, plus dense, plus essentiel que les romans précédents, tendance sans doute justifiée par le thème grave développé par Ör : la vie/la mort, le souvenir que l’on laisse derrière soi : « Vers la fin de la semaine prochaine, le monde tournera sans moi? Que disent les prévisions météo dans ce monde sans moi ? » (Page 77) ; mais aussi la guerre dans ce qu’elle a de plus absolu, dans cette vision plus cruciale des priorités de survie : « Il devait faire un geste au moment de recevoir une balle. Nous avons rejoué la scène six fois avec des litres de faux sang. Le soir venu, on s’est bien amusés. Tout n’était que bluff alors. Et puis tout est devenu réel et le film ne voulait plus rien dire. » (Page 145).

L’intrigue

Jonas vit seul depuis qu’il s’est séparé de sa femme Gudrun, huit ans plus tôt. Son quotidien se résume à son travail, les irruptions de son voisin Svanur qui ne comprend pas sa femme Aurore, sa fille Nymphéa qui n’est pas sa fille, sa mère Gudrun placée en maison de retraite et son ex-femme Gudrun qui s’inquiète pour lui. Conscient de la vacuité de cette existence qui ne lui apporte plus rien, il décide de se supprimer. Mais comme il ne veut pas infliger la découverte de son cadavre à sa fille, il décide de partir dans un pays en guerre où les chances de disparaître de la surface de la terre sans laisser de trace sont plus probables.

Une fois ses affaires en ordre, il quitte l’Islande avec pour tout bagage une petite caisse à outils et sa perceuse. Arrivé dans le pays qu’il a choisi, il s’installe dans un hôtel qui vient juste de rouvrir ses portes à la faveur d’un armistice signé entre les belligérants depuis peu. Entre ses souvenirs mêlés à des questions existentielles et ses errances dans une ville profondément marquée par les stigmates de la guerre, Jonas prend conscience de la non-légitimité de ses états d’âme comparé à ces gens pour qui chaque jour écoulé est une victoire sur la mort. Sa vison des choses va alors changer du tout au tout.

Les personnages

Des portraits esquissés finement, comme dans une aquarelle aux couleurs un peu passées, des personnages en quête de leur vérité dans un monde qu’il ne comprennent pas toujours. Le choix de prénoms identiques pour les trois générations de femmes qui gravitent autour de Jonas  symbolise l’impression d’enfermement qu’il ressent, justifiant son besoin d’évasion, de quête de soi…

• Jonas Ebeneser : narrateur ; un frère, divorcé, une fille de 25 ans ; a fait une année d’études philosophiques avant de reprendre l’entreprise familiale ; a encore tous ses cheveux coiffés en brosse.
• Gudrun Stella Jonasdottir Snaeland : mère de Jonas, ancien professeur de mathématiques et organiste ; vit en maison de retraite ; lui rend visite une fois par semaine.
• Gudrun : ex-femme de Jonas ; cheveux roux, teint rosé, taches de rousseur.
• Gudrun Nymphéa : fille de Jonas ; célibataire ; spécialiste en biologie marine.
• Svanur : voisin de Jonas; mécanicien ; porte des lunettes à verres épais ; ses deux sujets de préoccupation sont les véhicules à moteur et la condition des femmes dans le monde.
• Fifi : gérant de l’hôtel ; jeune homme d’une vingtaine d’années ; parle très bien anglais.
• May : soeur de Fifi avec lequel elle gère l’hôtel qui appartient à leur tante partie en exil ; veuve, un enfant.
• Adam : fils de May.

Les lieux

L’hôtel où Jonas s’est réfugié pour se suicider est situé dans un pays en guerre dont le nom n’est pas révélé, anonymat attestant que la situation de pays dévasté par la guerre n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Il est touchant de voir combien les deux jeunes gens qui gèrent l’hôtel, malgré leurs blessures et leurs souffrances, concentrent tous leurs efforts à tenter de se reconstruire une existence qui ait à nouveau un sens: Fifi restaure les mosaïques de la cave; May entreprend avec l’aide de Jonas de menues réparations en vue d’une éventuelle future saison touristique. L’hôtel Silence, ancienne destination touristique appréciée pour ses sites archéologiques et ses bains de boue réputés, est situé au bord de la mer, à une heure de route de l’aéroport.

En conclusion

Un peu déstabilisée par le style moins fantaisiste de ce cinquième roman, j’ai éprouvé quelques difficultés à pénétrer dans cette histoire, mais au final j’ai été bouleversée par ce récit pudique et profond qui a le mérite de faire réfléchir sur la valeur que l’on donne à la vie humaine avec beaucoup de délicatesse non dénuée de poésie. Comme à son habitude, Zudur Ava Olasfdottir nous propose avec Ör un très beau moment de lecture.

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Bergsveinn BIRGISSON : La lettre à Helga

Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis

Islande
Bergsveinn BIRGISSON - La lettre a Helga
La lettre à Helga
  • Éditions Zulma en aout 2013
  • Editions Points Seuil en février 2015
  • Editions Zulma Poche en mai 2018
  • Traduit par Catherine Eyjólfsson
  • Pages : 144
  • ISBN : 9782843048241
  • Prix : 8,95 €

Présentation de l'éditeur

« Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de l’été dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse – combien tardive – de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme qu’il aima, aussi brièvement qu’ardemment, d’un amour impossible.

Et c’est tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre l’âpre existence qui fut la sienne tout au long d’un monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d’attention émerveillée à la nature sauvage.

Ce beau et puissant roman se lit d’une traite, tant on est troublé par l’étrange confession amoureuse d’un éleveur de brebis islandais, d’un homme qui s’est lui-même spolié de l’amour de sa vie.

L'AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Lettre d’amour à celle qu’il n’a pas choisi.

Campagne Islandaise, l’éleveur de moutons et contrôleur du fourrage Bjarni regardait avec envie les courbes généreuses de sa voisine Helga. Mais il n’a pas su se décider quand il le fallait. La terre de ses ancêtres valait-elle vraiment tous les sacrifices ?

Il lui écrit une lettre alors que son épouse vient de mourir

« Chère Helga,

Certains meurent de causes extérieures. D’autres meurent parce que la mort depuis longtemps soudée à leurs veines travaille en eux, de l’intérieur. Tous meurent. Chacun à sa façon. Certains tombent par terre au milieu d’une phrase. D’autres s’en vont paisiblement dans un songe. Est-ce que le rêve s’éteint alors, comme l’écran à la fin du film ? Ou est-ce que le rêve cange simplement d’aspect, acquérant une autre clarté et des couleurs nouvelles ? Et celui qui rêve, s’en aperçoit-il tant soit si peu ?

Ma chère Unnur est morte. Elle est morte en rêvant, une nuit où il n’y avait personne. Bénie soit sa mémoire. » (page 9)

Il se dégage une telle intensité et une telle beauté de ce texte, et une même temps une douleur et des regrets au fil des mots. Récit poétique et charnel.

« Tu mis à vif en moi une attirance qui ne fit que s’exacerber et qui pouvait se transformer en brasier à tout moment, sous le moindre prétexte. Si je voyais une bosse de terrain rebondie ou une meule bien ronde, leurs courbes se confondaient dans ma tête avec les tiennes, de sorte que ce n’était plus le monde extérieur que je percevais, mais toi seule dans toutes les manifestations de ce monde. Quand je voyais un agneau têter goulûment sa mère, je m’identifiais à lui. » (pages 33-34)

A la fois déclaration d’amour et acte manqué.

Un des plus beaux textes que j’ai pu lire. L’histoire est tellement intense et dotée d’une forme de sagesse très ancienne. Je m’attendais donc à découvrir un auteur très âgé et ma stupeur fût grande lorsque j’ai découvert que Bergsveinn Birgisson était né en 1971.

Il existe une version audio de cet ouvrage lu par l’acteur et comédien Rufus (Audiolib), sa voix et son interprétation sont également sublimes.

Mons KALLENTOFT : Saison – Été

L’horreur devient totale quand la propre fille de Malin Fors – l’enquêtrice des romans de Mons Kallentoft et de Hiver – se fait enlever.

Suede

INFOS ÉDITEUR

ete - Mons KALLENTOFT

Parution aux éditions Le Rocher collection Serpent Noir en mai 2010

Parution aux éditions Points Seuil en mai 2012

Traduit par Max Stadler et Lucile Clauss

C’est l’été le plus chaud que Linköping ait jamais connu. La forêt qui borde la ville s’embrase, les nuages de fumée planent dans le ciel obscurci et menacent les citadins. Les incendies n’empêchent pas un pervers sexuel particulièrement sordide et cruel de faire régner la terreur dans la ville. L’enfer brûlant des flammes crée une sorte de solidarité parmi la population, alors que la peur et l’angoisse face aux meurtres horribles du tueur font émerger des soupçons et des préjugés envers celles et ceux qui semblent différents.

L’horreur devient totale quand la propre fille de Malin Fors – l’enquêtrice des romans de Kallentoft et de Hiver – se fait enlever.

Chaque minute compte, et Malin n’a plus que son instinct de policier et de mère pour l’aider à sauver l’être qui lui est le plus cher au monde.

(Source : Le Rocher – Pages : 440 – ISBN : 9782268069579 – Prix : 24,40 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Eté, Sommardoden en version originale parue en 2008, a été publié par les éditions du Serpent à Plumes en 2010, dans la collection « Serpent Noir ». Il fait suite au premier opus de la série « Une enquête de Malin Fors » intitulé Hiver, mais peut être lu indépendamment. Cette fois, ce n’est pas un froid glacial qui paralyse la ville mais une chaleur caniculaire.

Le style est sobre, épuré, avec de nombreuses phrases courtes écrites au présent donnant ainsi l’impression de vivre l’histoire en direct. L’omniscience du point de vue narratif, raconté au présent, alternant première et troisième personne, en fait un récit vivant. Tout comme dans Hiver, nous retrouvons les passages en italiques qui expriment les pensées de la victime, dans un dialogue surnaturel avec l’inspectrice Malin Fors. La chaleur constitue le fil rouge :

« Les arbres en bord de route hurlent leur besoin d’eau en centaines de nuances de couleurs. » (Page 194).

Les thèmes : dans ses romans, Mons Kallentoft dénonce les failles de la société suédoise, loin de l’image idéale que nous en avons: les problèmes d’intégration, l’immigration et le racisme sont autant de plaies face auxquelles tous les gouvernements sont démunis faute de se poser les bonnes questions et de se donner de vrais moyens d’action, ici comme ailleurs où le capitalisme mène la danse. Les préjugés face à l’homosexualité y sont aussi tenaces, quoiqu’on en dise :

« Tout le monde sait que les lesbiennes aiment jouer au foot. -Est-ce que tu te rends compte de ce que tu viens de dire, Zake? (…)La police succomberait au vieux préjugé selon lequel le foot féminin est pratiqué en majorité par des lesbiennes… C’est le sous-entendu comme quoi les femmes lesbiennes seraient particulièrement violentes, une idée fausse et insultante, qui fleurit dans notre société. » (Pages 230-238).

L’intrigue

Juillet. Vacances d’été. Alors que sa fille Tove est partie en vacances, Malin se retrouve seule et désœuvrée. Aucune affaire à se mettre sous la dent. Au commissariat, c’est le calme plat. La chaleur étouffante la rend molle. C’est alors que son co-équipier Zeke l’appelle : une jeune fille a été retrouvée nue, des blessures aux bras et aux jambes, du sang entre les jambes mais le reste du corps incroyablement propre, comme s’il avait été récuré. En état de choc, elle s’est enfermée dans un mutisme total.

Une seconde jeune fille est retrouvée avec les mêmes blessures nettoyée de la même façon, sauf qu’elle a eu moins de chance que la première : elle est morte depuis quelques heures. L’enquête est confiée à Zeke et Malin mais en l’absence d’indices et de témoignages, difficile de savoir quelle piste suivre.

Une semaine plus tard, une troisième victime est découverte en plein centre ville, à 200 mètres de l’appartement de Malin. Cette fois, la panique s’empare de la population, rendant les investigations d’autant plus compliquées que les autorités font pression pour que cette enquête soit bouclée le plus rapidement possible. Ne sommes-nous pas en pleine période estivale ? Il ne faudrait pas faire fuir les touristes…

Les personnages

  • Malin Fors : 34 ans ; commissaire au commissariat de Linkoping ; divorcée, mère d’une fille âgée de 14 ans ; problèmes avec l’alcool ; douée d’une aptitude à entendre les voix, à sentir les choses ; l’épaisseur du personnage est due en partie à son errance personnelle à travers son enquête, ses états d’âme, notamment le rôle que joue son enfance et son relationnel avec ses parents.
  • Tove : fille de Malin ; 14 ans.
  • Jan : ex-mari de Malin.
  • Daniel Hogfeldt : journaliste au Corren ; amant occasionnel de Malin.
  • Zeke Martinsson : commissaire au commissariat de Linkoping, équipier de Malin ; 45 ans ; crâne rasé.
  • Viveca : psychanalyste.
  • Sven Sjoman : commissaire divisionnaire, supérieur hiérarchique de Malin et Zeke ; des poches noires sous les yeux, ventre proéminent.
  • Johan Jakobson : collègue de Malin.
  • Borje Svard : collègue de Malin.
  • Karim Akbar : chef de la police ; marié, un fils de 8 ans ; d’origine kurde, parfaitement intégré ; le plus jeune chef de la police du pays ; projette d’écrire un livre sur l’immigration en hommage à son père qui s’est suicidé, ne supportant pas d’être marginalisé.
  • Karin Johannison : technicienne scientifique ; visage bronzé, fraîche et jolie, peau brillante, yeux bleus, habits coûteux.
  • Josefin Davidsson : jeune fille agressée dans le parc.
  • Waldemar Ekenberg : policier du commissariat de Njolsby venu en renfort ; réputation de brute, un dégénéré violent qui, comme par miracle, ne s’est jamais fait arrêté lors des enquêtes internes ; très maigre, paraît plus vieux que ses 50 ans ; cheveux grisâtres, rides profondes dues au tabac.
  • Peter Skold : petit ami de Theresa.
  • Theresa Eckeved : jeune fille disparue.
  • Nathalie Falk : lycéenne.
  • Louise Svensson : vit seule dans une ferme ; pompière volontaire.
  • Pia Rasmefog : danoise, capitaine de l’équipe féminine de football.
  • Slavenca Visnic : propriétaire des trois kiosques installés sur les plages de Hjulsbro et de Glytting ; réfugiée bosniaque, a perdu son mari et leurs deux enfants dans l’incendie de leur maison à Sarajev o; longs cheveux bruns, traits marqués, yeux fatigués.
  • Sofia Freden : 3e victime ; travaille à l’hôtel Frimis.
  • Patrick Karlsson : collègue de Sofia.
  • Per Sundsten : policier venu en renfort ; maigre, sportif, visage ouvert.

Les lieux

Dans cette ambiance estivale où rôde le Mal, les décors participent à la mise en scène : d’une part Linkoping, la ville bon enfant, un endroit où il fait bon vivre, même si la menace n’est jamais loin :

« La place du marché vibre sous la lumière artificielle des grands cafés et des maisons adjointes, Mörners Inn, Stora Hotellet, Burger King, ils ont tous posé des tables et des chaises sur le trottoir, en partie sous de hautes marquises, qui transforment les conversations des clients en un marmonnement impénétrable. » (Page 212)…

D’autre part, le quartier de Berga, une tout autre réalité :

« Ils sont à l’ombre d’un immeuble en ruine. Les briques autre fois jaunes de la façade sont ocres aujourd’hui. Le gazon et les plates-bandes de fleurs tout autour, dont personne ne se sent responsable pour payer l’entretien, sont jonchées de mégots,canettes vides et débris de bouteilles cassées. Ils se sont garés en haut, près du centre commercial à l’abandon de Berga. Une antenne de la sécurité sociale, une supérette, une pizzeria entourée de locaux commerciaux vides et fermés avec des planches. Berga n’est qu’à quelques kilomètres du centre-ville (…) mais c’est un autre monde. » (Page 106).

L’ambiance

Eté est ce que j’appelle un polar d’ambiance: ambiance particulière due à la canicule qui s’est abattue sur Linkoping. C’est l’été le plus chaud que les Suédois aient connu depuis longtemps. Les forêts qui environnent la ville sont en flammes qui résistent aux lances à incendie déployées par les pompiers et les volontaires venus nombreux. Une atmosphère de fin du monde propice au Mal :

« La chaleur. L’immobilité de l’été. La peur. La certitude que le Mal est aux aguets. Restez chez vous, les filles. Ne sortez pas. Si c’est le cas, en groupe, seulement la journée, et soyez sur vos gardes. » (Page 249).

Dans Hiver, c’était le froid le leitmotiv de Zeke. Ici, c’est la chaleur dont il se plaint constamment, dans un refrain monotone qui accentue l’atmosphère de lourdeur étouffante qui pèse sur le roman :

« C’est à cause de cette putain de chaleur. -A cause de la chaleur? -Elle paralyse le cerveau. » (Page 39)

Mon avis

Le + : Le regard acéré et sans concession que l’auteur porte sur la société suédoise, dénonçant ses travers, ses failles et ses injustices, sans pour autant porter de jugement; en tant que journaliste-romancier, il s’attache à montrer, à désigner du doigt afin que tout un chacun soit informé et agisse en son âme et conscience. Le Mal existe, il est tapi en chacun de nous; il est donc de notre devoir de le débusquer afin de l’empêcher de nuire.

Pour quelles raison lire les romans de Mons Kallentoft : pour ses intrigues complexes et bien construites ; pour la subtilité de ton et la richesse de son écriture ; pour ses personnages à la psychologie fouillée, des gens comme vous et moi qui se battent en premier lieu contre leurs propres démons, puis contre les diverses agressions de la société moderne ; chacun tente de se faire une place au soleil, ayant recours à des méthodes pas toujours louables.

Les conséquences du passé de chacun, la façon dont leur personnalité d’adultes s’est construite à travers les petites joies de l’enfance, mais aussi ses pièges et ses blessures. Le ton profondément humain de Kallentoft nous invite à combattre le Mal sans juger. Un détachement salutaire parfois, tout à fait scandinave…

 

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Lilja SIGURDARDOTTIR : Reykjavik noir – 01 – Piégée

Sonja a été contrainte de devenir passeuse de cocaïne pour retrouver la garde de son petit garçon.

Islande

INFOS ÉDITEUR

Lilja SIGURDARDOTTIR - Reykjavik noir - 01 - Piegee

Parution aux éditions Métailié en mars 2017

Parution aux éditions Points le 8 mars 2018

Traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün

Sonja a été contrainte de devenir passeuse de cocaïne pour retrouver la garde de son petit garçon. Elle doit jouer au chat et à la souris avec des narcotrafiquants féroces, un ex-mari pervers, un avocat ambigu, une compagne envahissante.

Elle doit se montrer de plus en plus inventive, de plus en plus audacieuse. Elle doit sortir du piège dans lequel elle s’est laissé enfermer. Seule certitude, Tómas son petit garçon, lui, ne vit que pour ses week-ends auprès de sa si jolie maman.

Il y a aussi, à l’aéroport de Keflavík, Bragi, le vieux douanier, très intrigué par cette jeune femme élégante et décidée qui traverse régulièrement les salles d’embarquement.
Entre malversations et trafic de drogue, Piégée est un thriller original et brillant, mêlant une intrigue pleine de suspense, des personnages attachants et une description fantastique de la capitale de l’Islande pendant l’hiver 2010-2011, couverte de cendres et sous le choc du krach financier.

Nominé pour le Drop of Blood, le prix islandais du roman policier 2016.

(Source : Métailié – Pages : 336 – ISBN : 9791022606332 – Prix : 21,00 €)

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Une jeune femme se prépare à prendre l’avion sans bagage, elle a juste le catalogue d’une maison très connue dans les mains. Elle observe autour d’elle, repère sa « proie », elle se rend dans la boutique « duty free », achète une valise, quelques emplettes et elle fait l’échange au moment importun. Car Sonja avec son allure  de femme affaire est une véritable passeuse de drogue. Son rôle de mule elle l’assume, elle a vraiment le sentiment bien le gérer même si à la base ce n’est pas un choix. Elle a été « Piégée ». C’est pour son petit garçon Tomas qu’elle a fait ça, elle n’en n’a pas la garde et ses difficultés financières la poussent à continuer pour qu’ils puissent enfin vivre tous les deux. Car lui aussi souffre de cette séparation.

Agla fera-t-elle partie de sa vie ? La relation entre elles deux est très complexe : sensuelle mais pas continue. La difficulté d’assumer cette attirance, cette alchimie, vis-à-vis de la société. Et Agla qui travaille dans le milieu bancaire se retrouve rattrapée par la justice suite à la crise financière islandaise. Chacune a sa part d’ombre ou son jardin secret qu’elle ne dévoile pas à l’autre.

Arriveront-elles à trouver la sérénité, l’équilibre et l’une d’elle risque-t-elle  de finir derrière les barreaux ? Surtout que le douanier Brago a repéré la jolie silhouette de cette mystérieuse passagère. Or son flair et son expérience vont commencer à le titiller et il va l’observer de plus près.

« Piégée » traduit de l’islandais par Jean-Christophe Salaün est une jolie vraie découverte. J’ai adoré dès les première lignes découvrir cette jeune femme intrigante, passeuse de drogue (même si je n’adhère pas du tout à la prise de ce type de substance).  Mais ô combien attachante, l’amour qu’elle porte à son fils la guide, lui donne de la force, elle est prête à tout pour lui. Elle assume  aussi ses envies, le corps et les caresses d’Agla sont «  sa came » à elle.

Ce roman policier publié aux Editions Métailié à plusieurs grilles de lecture : l’immersion de la vie quotidienne de Sonja, ses difficultés familiales et financières. « Anti-héros » par ses actes mais à qui on peut certainement donner le statut de victime. En tout cas tellement réelle et sensible que j’avais envie de la protéger, qu’elle s’en sorte, quoiqu’elle fasse, quel que soient ses choix et pourtant ils sont loin d’être tous louables.

C’est à la fois facile à lire t en même temps c’est une vraie réflexion sur la situation économique de l’Islande et également de l’Europe. La Grèce et sa chute mais aussi ce qui attend la France et qui est loin d’être rassurant.

Un très bon texte de cette nouvelle venue dans le paysage du roman policier nordique : Lilja Sigurdardottir qui dévoile l’univers des passeurs de drogue, peut-on s’arrêter lorsqu’on a mis un doigt dans l’engrenage ? Et j’aime tout particulièrement l’histoire de Sonja et Agla. Le doute, les craintes de cette dernière sont très émouvantes. Pas toujours facile d’assumer ses envies les plus intimes. Surtout quand la société est loin d’être toujours tolérante. Une sensualité très élégante. J’ai vraiment de me plonger à nouveau dans cet univers.

Audur Ava OLAFSDOTTIR : L’embellie

Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, le roman de Audur Ava OLAFSDOTTIR ne cesse de nous enchanter

Islande

INFOS ÉDITEUR

l embellie - Audur Ava OLAFSDOTTIR

Parution aux éditions Zulma en aout 2012

Parution au éditions Points en avril 2014

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson

En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu’à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.

Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l’Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l’on se glisse dans l’Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d’exultation complice qui ne nous quitte plus.

(Source : Zulma – Pages : 400 – ISBN : 9782843045899 – Prix : 22,00 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Audur Ava Olafsdottir est une romancière islandaise née en 1958 à Reykjavik. Elle a fait ses études d’histoire de l’art à Paris. Elle est professeur d’histoire de l’art à l’université d’Islande ; directrice de son Musée,  Audur Ava Olafsdottir est très active dans la promotion de l’art. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organise régulièrement des expositions.

Le roman

L’embellie, Rigning i november (littéralement Pluie de novembre) en version originale parue en 2004, traduit par Catherine Eyjolfsson, a été publié par les éditions Zulma en 2012, puis réédité par les édition Points en 2014.

L’embellie, second roman de la romancière islandaise, continue son exploration des relations humaines, amorcée dans Le rouge vif de la rhubarbe, en abordant les thèmes de l’amitié, de la maternité et du couple, mais aussi de la différence, de l’handicap vécu non pas comme une catastrophe mais comme une richesse, sur un ton toujours aussi fantaisiste et enjoué, avec beaucoup d’humour :

« les gens n’aiment pas recevoir de la visite dans les odeurs de cuisine, ils n’apprécient guère de discuter en chaussettes ou même pieds nus face à une inconnue, au milieu d’un amoncellement de chaussures dans une entrée étroite, avec autour d’eux des gosses énervés -d’après moi, ce sont les conditions idéales pour que la facture soit réglée sur-le-champ… » (Pages 14-15).

La question cruciale à laquelle Audur Ava Olafsdottir tente de répondre à chacun de ses romans est comment vivre en harmonie avec ses proches sans nous trahir nous-mêmes…Un certain détachement, comme la narratrice qui semble prendre le départ de son mari plus comme une péripétie dans son sens premier (événement soudain qui change la situation des personnages et opère une révolution dans l’action) et s’y conforme parce que « c’est comme ça et pas autrement », serait-il un début de solution ?

Le roman comprend deux parties : la première, la plus courte, raconte comment la vie de la narratrice va se trouver bouleversée par deux événements aucunement liés entre eux ; la seconde nous entraîne dans un road-movie plutôt animé…

L’intrigue

La narratrice, traductrice à son compte, voit sa vie bouleversée : son mari, qui éprouve des difficultés à vivre avec une femme si peu conventionnelle, sans habitudes ni routines, incapable de lui donner des repères auxquels il puisse se rattacher, la quitte pour une autre; quelques jours plus tard, Audur,sa meilleure amie, mère célibataire enceinte de six mois, se foule la cheville; hospitalisée jusqu’à l’accouchement, elle lui confie la garde de son petit garçon, Tumi, presque sourd et portant des lunettes très épaisses.

Ayant gagné un chalet d’été qu’elle veut installer dans son village natal situé sur la côté est de l’Islande, elle décide d’emmener le petit garçon avec elle. Les voilà partis, la boîte à gant remplie de billets de 1000 couronnes et le coffre plein de choses aussi hétéroclites qu’un bocal à poissons rouges, sacs de couchage, marmite de boulettes de poissons, sur la Nationale 1 qui fait le tour de l’île, en direction de l’est. Mais, comme dans les contes de fées, les deux nouveaux amis font des rencontres aussi inattendues que constructives, car n’oublions pas que la jeune femme est avant tout à la recherche d’elle-même…

Les personnages

Les personnages de L’embellie sont peu nombreux mais chacun remplit un rôle bien particulier sur le parcours de la narratrice. Comme dans les contes de fées, les aventures du personnage dominant (ici la narratrice) constituent le coeur même du récit où il s’agit de régler une affaire de famille : fraîchement séparée de son mari et en charge d’un enfant qui n’est pas le sien, comment va-t-elle gérer cette situation sans compromettre ni son équilibre personnel, ni celui de l’enfant ?

Tumi est un enfant très particulier : âgé de quatre ans, il porte des prothèses auditives et d’énormes lunettes ; grand prématuré à sa naissance, il est nettement plus petit que les autres enfants de son âge. Pourtant, il se révèle un petit être tout à fait étonnant et tellement mûr : il ne sait pas vraiment lire mais il sait écrire certains mots ; bien qu’il ne puisse pas vraiment parler, il est tout à fait capable de faire comprendre ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas. Il apprend même à sa maman de substitution le langage des signes. Il s’adapte facilement aux nouvelles conditions de vie qui lui sont imposées mais sait, le moment venu, obtenir ce dont il a envie ou agir selon sa volonté propre, comme dans la scène finale.

Tous les autres personnages sont mis sur sa route afin de l’aider dans sa quête, chacun à son niveau : les chasseurs, l’homme déguisé en père Noël, les fermiers à qui appartient la brebis écrasée, son amie Audur, le jeune homme qui gère la plate-forme de saut à l’élastique, les chanteurs estoniens…

Les lieux

Dans tous les romans d’Audur Ava Olafsdottir, les lieux revêtent une certaine importance, en tout cas aux yeux du lecteur non scandinave qui bénéficie d’un total dépaysement. Ceci est d’autant plus vrai pour L’embellie dont l’action se déroule principalement sur la route, la Nationale 1 qui n’a de nationale que le nom…: « Nous avons déjà franchi une rivière et il y en a une autre à venir, soit deux ponts à voie unique et la route qui se resserre encore, ma parole! Les nids-de-poule se multiplient et deviennent de plus en plus profonds. La route poursuit ses méandres… » (Page 201) => Telle cette route sinueuse, la narratrice poursuit son chemin qui, coûte que coûte, la mènera à destination, quelle que soit cette dernière.

Dans les contes de fées, la symbolique de la route, du chemin est très forte. En effet, le chemin constitue l’un des éléments de l’image archétype que l’être humain se forme de lui-même. Dans le roman, la narratrice, après le départ de son mari, est en recherche d’elle-même : « Je pars d’abord seule, ensuite on pourra aller ensemble quelque part » (Page 347) => sous-entendu : quand je me serais trouvée, je pourrais te faire une place dans ma vie.

Le chemin évoque une traversée de la « nuit », de nos propres ténèbres afin de renaître à un jour nouveau, comme en ce jour le plus court de l’année où « le monde soulève sa noire couverture et le soleil fait son entrée horizontale par la fenêtre, une mince strie rose… » (Page 346), jour que choisit la narratrice pour boucler son cercle et rentrer en ville pour préparer un autre voyage.

La route circulaire empruntée par la narratrice ressemble à un parcours initiatique, parcours au cours duquel, grâce aux rencontres qu’elle fera et obstacles qu’elle surmontera, elle apprendra à mieux se connaître en toute quiétude :

« Ce qu’il y a de mieux dans le réseau routier de l’île, c’est cette voie circulaire, rien ne vient y déranger l’esprit…On peut s’arrêter à peu près n’importe où et reprendre le volant sans avoir à feuilleter le guide. Ça facilite beaucoup les choses d’échapper à l’angoisse du choix à chaque carrefour ».( Page 215).

Le climat

Le climat tient une place particulièrement importante dans les romans de Audur Ava Olasfdottir car c’est lui qui, si je puis dire, fait la pluie et le beau temps et conditionne la vie quotidienne et les agissements des personnages. Dans L’embellie, aucun doute que l’histoire se serait déroulée autrement si la narratrice avait voyagé en été ou dans un pays situé plus au sud.

Toute l’île est plongée dans une éternelle obscurité, symbolisant les ténèbres intérieures dans lesquelles la jeune femme évolue, ténèbres qui la poussent à partir vers l’est :

« Les matins d’hiver sont silencieux et sombres. Le temps s’est calmé ; comme si, au lendemain de la dépression qui a balayé l’île, une torpeur s’était abattue sur les hommes marquant l’arrêt de la vie active, comme si tout était au degré zéro et que chacun dormait encore du sommeil de la Belle au Bois Dormant. » (Page 130).

Il fait tellement sombre que la voyageuse, « Pour me remémorer la disposition du champ de lave », doit faire appel à son imagination. « Le jour est long à poindre. Vers midi enfin, une faible lueur prend forme au-dessus du port, une strie de clarté dans l’obscurité brunâtre. » (Page 319).

Mon avis

Audur Ava Olafsdottir fait partie de ces romancières dont la magie opère à chaque ligne pour nous enchanter, nous mener sur les chemins de notre moi avec beaucoup d’humour, une pointe de fantaisie, un zeste de facétie et une énorme pincée de tendresse et de bienveillance. Certes, Audur Ava Olafsdottir sait combien les relations humaines peuvent être complexes et parfois destructrices, mais son message est clair: basculer du bon côté n’est finalement pas si difficile quand on y met du sien: faire preuve de générosité, de compréhension, d’indulgence et de gentillesse est à la portée de chacun d’entre nous, petits comme grands…

L’embellie est un joli conte moderne à la sauce islandaise qui vous transportera dans un monde de tendresse, d’émotion et d’humour. La morale de l’histoire, car dans les contes il y a toujours une morale, est de prendre ce que nous donne chaque jour avec juste ce qu’il faut de détachement et une petite pointe de philosophie afin de ne pas sombrer dans la dépression; pas de fatalisme ni de démission, simplement se contenter de ce que la vie nous offre et nous accommoder des épreuves comme des petites joies.

A lire sans modération !!

 

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