Interview de Nicolas ESCACH, Maître de conférences à Sciences Po Rennes, Campus Caen

Nicolas Escach, Maître de conférences en géographie et responsable du pôle Europe du Nord de Sciences Po Rennes, Campus Caen

Nicolas Escach, Maître de conférences en géographie
Responsable du pôle Europe du Nord de Sciences Po Rennes, Campus Caen

Nicolas EscachSOPHIE PEUGNEZ : Bonjour Nicolas Escach, quelle est votre formation ?

Nicolas ESCACH : Mon parcours est assez pluridisciplinaire. J’ai depuis longtemps choisi de travailler sur l’Europe du Nord mais je ne voulais pas me limiter à une seule entrée méthodologique. Après une classe préparatoire économique et commerciale puis littéraire et une année d’histoire et géographie à Caen, j’ai étudié à l’ENS de Lyon où j’ai obtenu l’agrégation de géographie. J’y ai préparé une thèse soutenue en 2014 sur le rôle des réseaux de villes au sein de l’espace baltique. J’ai ensuite enseigné à l’ENS de Lyon, à l’université de Lyon 3 puis à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines avant de retrouver la Normandie. Parallèlement, j’ai poursuivi une formation d’art dramatique, d’abord auprès de Janine Berdin à Lyon, puis dans la classe professionnelle de Jean-Laurent Cochet à Paris. Le travail dramaturgique de Frédéric Ferrer (Kyoto Forever) m’a beaucoup inspiré : il utilise le théâtre comme un outil permettant de partager avec le plus grand nombre des questionnements géographiques, par exemple à propos du réchauffement climatique. Je crois beaucoup à ces passerelles entre des univers qui n’avaient a priori aucune raison rationnelle de se rencontrer.

SP : Quelles langues nordiques pratiquez-vous ?

NE : Ma réponse peut paraître étonnante mais je ne parle pas encore de langue nordique. Comme je travaillais initialement sur l’ensemble des États riverains de la mer Baltique, je n’ai pu me résoudre à en choisir une en particulier. Mon terrain était transnational et je passais régulièrement d’un territoire à l’autre. J’ai cependant noué un attachement particulier avec l’Allemagne. J’ai habité une année à Berlin pour un séjour de recherche au Centre Marc Bloch et pour une mission à l’Ambassade de France. Ces expériences m’ont permis d’acquérir un bon niveau linguistique. J’ai donc mené par la suite la plupart de mes entretiens de recherche en allemand ou en anglais, utilisant des outils de traduction pour lire les matériaux dont j’avais besoin dans d’autres langues. J’ai eu la chance de compter sur la bienveillance de professeurs qui m’ont apporté leur connaissance des langues scandinaves à l’image de Marc Auchet (Professeur émérite à la Sorbonne). Je souhaiterais cependant apprendre le danois dans les années qui viennent. Analyser une culture sans parler la langue condamne à ne voir qu’une partie seulement de la réalité.

SP : Vous enseignez à Sciences Po, à l’université, vous écrivez des articles qui sont publiés dans de grands quotidiens, comment arrivez-vous à gérer vos multiples activités ?

NE : Toutes ces activités sont cohérentes à mes yeux car elles s’articulent autour des deux mêmes passions : l’Europe du Nord et l’écriture. Je cherche le plus possible à créer des échos entre ces différentes missions qui s’avèrent souvent complémentaires. Il m’arrive de trouver une idée d’article en préparant un cours ou au contraire de changer l’organisation d’une séance car la rédaction d’un texte m’a aidé à structurer plus précisément ma pensée. Ce ne sont que des moyens différents pour que la réflexion progresse. Un enseignant-chercheur co-construit un réseau de connaissances avec ses collègues et ses étudiants mais son rôle est à mon sens aussi de les partager dans l’espace public, de lier sa temporalité longue avec le temps court de l’actualité. Les pays nordiques et baltiques sont encore méconnus en France. J’ai donc à cœur de leur donner plus de visibilité en mettant leurs dynamiques en perspective. Je revendique une forme d’engagement, non pas en plaquant une idéologie sur ce que j’observe, mais plutôt en ne bornant pas les types de supports et les approches. J’avoue aussi étancher une certaine curiosité en m’impliquant dans des sphères professionnelles différentes que j’aime décrypter. Être passionné est un moteur considérable qui démultiplie les envies et fait (trop) souvent oublier la fatigue. J’ai beaucoup de chance car ma famille et mes proches me soutiennent énormément par mille petites attentions. Le travail n’est qu’une partie seulement de la vie et ce sont les moments passés en dehors qui réordonnent la suite.

Campus Sciences Po Caen
Campus Sciences Po Caen
Campus Sciences Po Caen

SP : Quand a été créé Sciences Po Rennes, Campus de Caen ?

NE : Le Campus de Caen a été créé en 2012. D’abord situé place de la République, il a déménagé deux ans plus tard au 10 rue Pasteur, près de la place Saint-Sauveur. Nous accueillons cette année 120 étudiants, ce qui marque une progression annuelle constante (66 étudiants en 2016-2017 et 103 en 2017-2018). Nos formations s’articulent autour des transitions appréhendées sous des angles géographiques, historiques, juridiques, politiques ou sociologiques. Nous proposons un parcours généraliste de deuxième année et deux masters : Concertation et Territoires en transition (CTT) et Stratégies innovantes des territoires urbains : anticiper les transitions (In Situ). Le Campus constitue un véritable laboratoire d’idées et de projets où le futur s’étudie et s’invente. Les étudiants associent solide ouverture théorique et projections dans des réalisations concrètes : certains ont ainsi travaillé l’an dernier sur la préparation d’un Plan local de l’agriculture ou sur la requalification du quartier des Quatrans. Des enseignements de haut niveau sont proposés grâce à des chercheurs et professionnels français et étrangers venus d’institutions prestigieuses comme le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), France Stratégie ou l’École d’urbanisme de Paris. Parallèlement, un cycle mensuel d’événements, spectacles, conférences, ateliers est ouvert aux Caennais. Ils sont majoritairement gratuits, accessibles à tous et organisés en lien avec nos partenaires. Le programme détaillé est consultable sur Facebook (Campus de Caen – Agenda) ou en s’abonnant à notre newsletter (nicolas.escach@sciencespo-rennes.fr). Cette année, des personnalités comme Paul Quilès (ancien ministre, directeur de campagne de François Mitterrand en 1981), Martin Vanier (géographe, ancien responsable du programme de prospective de la DATAR « Territoires 2040 ») ou Katrina Kalda (écrivain, prix du rayonnement de la langue et de la littérature française de l’Académie française) visiteront le Campus. Il ne faut pas hésiter à pousser la porte : nos rencontres ne sont ni austères, ni pointues. Nous proposons au contraire un contenu très accessible autour d’une ambiance ludique. L’an dernier, lors des rencontres franco-nordiques, les visiteurs pouvaient par exemple imaginer leur maison idéale avec un jeune suédois en choisissant les matériaux, l’aménagement intérieur, les vis-à-vis extérieurs, avant de s’initier dans notre cour intérieure au fameux mölkky.

SP : Sciences Po Rennes – Campus Caen a une spécificité unique en France liée aux pays nordiques pouvez-vous nous en parler ?

NE : Les campus Sciences Po ont traditionnellement un double ancrage thématique et géographique. Différentes orientations régionales égrènent ainsi les cursus délocalisés de Sciences Po Paris et de Sciences Po Lyon. Le campus de Caen a, depuis septembre dernier, inauguré un pôle Europe du Nord (Arctique-Nordique-Baltique), promouvant ainsi une zone particulièrement reconnue dans le domaine de l’innovation territoriale. S’il existe plusieurs cursus nordiques en littérature ou civilisation en France (l’université de Caen est d’ailleurs reconnue nationalement pour son excellence en la matière), plus rares sont les programmes orientés vers les sciences sociales. Le pôle offre des enseignements dédiés dans plusieurs disciplines (géographie, histoire, sciences politiques, économie), l’accueil chaque semestre de professeurs étrangers, l’apprentissage du suédois, des conférences et un fonds d’ouvrages et de documents initié grâce à un don de l’Ambassade de Lettonie réalisé en 2017. De plus, nos étudiants se rendent régulièrement en Europe du Nord en observation participante. En M1, ils s’immergent une semaine dans une ville nordique en se faisant embaucher dans des structures reconnues pour leur degré d’innovation. Ils pourront ensuite mobiliser les méthodes et les savoir-faire observés dans leur futur travail en France ou à l’étranger. En M2, ils contribuent avec des étudiants norvégiens mais aussi des élus, start-ups, entrepreneurs, associations à élaborer des solutions disruptives à un problème que nous pose une collectivité ou une entreprise au sein d’un « studio franco-nordique de design des systèmes urbains ». Les meilleures options seront réellement appliquées. Ce dispositif est le résultat d’un partenariat signé avec la NMBU d’Ås/Oslo en décembre dernier et marque les prémices d’un futur réseau d’institutions et universités septentrionales autour d’une préfiguration de la région urbaine du futur. Mon collègue Marius Grønning, architecte engagé dans de nombreuses politiques territoriales en Norvège, est un partenaire particulièrement solide. Il est prévu qu’il revienne bientôt en Normandie pour animer des ateliers.

SP : Sciences Po Rennes – Campus Caen a un partenariat avec le Festival Les Boréales ? Quand est-il né ? Quelles actions communes construisez-vous ?

NE : Nous organisons depuis trois ans à chaque édition du festival au moins une soirée sur le Campus en lien avec l’actualité des pays nordiques. Cette année, le pôle Europe du Nord accueillera une conférence de Céline Bayou intitulée « Les États baltes face à la Russie – Entre peurs et pragmatisme » mais aussi l‘exposition Clin d’œil de Lettonie déjà présentée en région parisienne et à Nantes et qui offre un beau panorama du patrimoine naturel et culturel de ce magnifique pays. Nous avons également par le passé contribué à interroger la place du monde nordique à Caen. En 2016, une collaboration avec l’association citoyenne Yes We Caen a permis, dans le cadre des Boréales, la tenue d’une soirée citoyenne intitulée « Caen et le monde nordique : des relations pleines d’avenir ! » afin de réfléchir à la forme que pourraient prendre les coopérations à venir entre la ville et les métropoles nordiques.

SP : Vous allez accueillir à partir de la rentrée à Sciences Po le Nordic Reading Club, animé par l’Association Zonelivre. Pouvez-vous nous dire 2 ou 3 mots de ce nouveau partenariat ?

Nordic reading clubNE : J’ai connu le Nordic Reading Club il y a un an lors d’une conférence d’Emmanuel Ruben à laquelle j’assistais avec mes étudiants. J’ai beaucoup aimé la convivialité qui se dégageait de ces rencontres et en suis sorti ému. Le club n’est pas un simple cercle littéraire : derrière des témoignages de lectures émergent des regards sur l’évolution des sociétés nordiques et parfois l’échange de sentiments bien plus intimes. Cette porosité entre le paysage extérieur et la carte mentale intérieure est d’ailleurs très nordique. Les participants sortent avec la sensation de s’être nourris intellectuellement, émotionnellement et amicalement. Notre proximité géographique avec le Brouillon de Culture est un vrai atout : nous prolongeons en quelque sorte, à l’emplacement de l’ancienne université, le campus 1 vers l’ouest. Je me réjouis que notre collaboration s’accentue. Avec la réhabilitation du quartier Lorge et le tropisme de l’Artothèque, le quartier connaît une vraie dynamique culturelle.

SP : Vous êtes président d’une nouvelle association nordique dont le nom sera révélé en septembre. Quels sont les buts et les projets de cette nouvelle association ?

NE : La création en cours de l’association est le fruit d’une dynamique collective à laquelle les acteurs caennais du monde nordique ont contribué : l’université, les Boréales, l’association Basse-Normandie/Pays nordiques, l’association Norden, les consuls honoraires présents à Caen, Ornavik, Zonelivre Nordique… Nous souhaitons, avec tous ceux qui veulent apporter leur contribution, matérialiser durablement la position de Caen dans les relations franco-nordiques en impliquant les habitants, les collectivités et les relais étrangers. Nous avons plusieurs projets concrets en cours sur la Presqu’île pour créer des synergies sur un plan culturel, universitaire, éducatif, politique mais aussi économique, social, sportif et touristique. Le monde nordique est une formidable source d’inspiration mais aussi un faisceau d’acteurs innovants avec lesquels nous pouvons bâtir de nouveaux projets de développement. Pourquoi ne pas ramener aussi un petit grain de folie ? J’ai visité l’année dernière Godsbanen, une ancienne gare de triage transformée en maison commune à Aarhus (Danemark). Les tableaux d’affichage n’informent plus sur le départ des trains mais sur la profusion d’ateliers proposés : danse, chant, peinture, cuisine, débats. Le tout s’insère dans un lieu ouvert, appropriable autour d’un café, d’une boutique, d’expositions d’art, de plateformes de projets, de pépinières d’entreprises et d’associations. Le collectif porte donc beaucoup d’idées mais pourra compter sur un socle déjà solide. Éric Eydoux a notamment bâti énormément d’échanges et d’institutions qui positionnent le pôle Caen/Bayeux comme moteur en Normandie et en France.

SP : Vous êtes l’auteur du livre « les Danois » publié aux Éditions Ateliers Henry Dougier. Comment s’est construit ce livre ?

Nicolas ESCACH - Danois
-

NE : J’étais fasciné par les contradictions que suscite le Danemark. Il cristallise nos envies, nos frustrations et nos utopies. Nombreux sont les appels à un « modèle danois », une « voie danoise », une « méthode danoise ». Un détour en somme, à la manière des contes philosophiques des Lumières. Parler de lui est une manière de parler de nous. Pourtant, tout le monde a beau le citer, le récupérer, l’instrumentaliser, rares sont les réelles transpositions. « Ce ne serait pas reproductible en état » finissent par conclure les acteurs français. La médiatisation des initiatives danoises contraste de fait avec la méconnaissance réelle du pays en France. J’étais d’autre part intrigué par l’écart entre la taille du pays et l’importance qu’il a eu dans la recomposition des territoires mondiaux, ce qui résulte d’une approche pragmatique, modulaire et systémique : du conteneur qui a accéléré la mondialisation économique, à la symbiose industrielle qui révolutionne le développement local, en passant par le design, les Danois ont beaucoup contribué à définir nos échelles géographiques et à leur donner un sens. Ils sont ingénieux par nécessité. L’innovation est née d’un complexe géographique et s’inscrit dans une matrice qui comporte son lot d’atouts et de périls. J’ai souhaité contourner le plus longtemps possible Copenhague, ville-aimant condamnant le visiteur à s’éloigner de l’essentiel. J’ai donc loué une voiture pour parcourir le Jutland et me suis même retrouvé seul, au milieu de nulle part, après avoir remis les clés dans une boîte aux lettres de l’aéroport de Karup vide, sans vol programmé jusqu’au lendemain matin.

SP : Vous revenez d’un voyage au Groenland, qu’est-ce qui vous a marqué dans ce pays ?

NE : Le Groenland est une région autonome du Danemark dont les influences culturelles sont extrêmement riches grâce à l’apport des Inuits, des Danois, des Philippins et des étrangers de passage. Nos repères y sont à la fois tranquillisés et bouleversés. Nuuk est une ville comme toutes les autres avec une université, un centre culturel-cinéma, des supermarchés. Elle hybride à merveille des schémas européens et nord-américains bien connus. Cependant, les innovations architecturales, agricoles, économiques et la modernité la plus visible cohabitent avec des traditions aux antipodes de notre philosophie occidentale. Jean Malaurie a bien retranscrit l’intensité métaphysique et spirituelle qui se dégage des Groenlandais. L’utilisation optimisée des ressources, un lien indéfectible avec la nature, l’absence de propriété et de velléité d’accumulation, une autorégulation continuelle de la communauté en sont des traits caractéristiques. Mon trajet en bateau vers Ilulissat m’a également beaucoup marqué. Le silence, l’absence d’implantations humaines, l’immensité des paysages rendent l’expérience d’un cabotage sur la côte ouest singulière. À l’arrivée, les icebergs de la baie de Disko rappellent le vêlage intensif des glaciers. J’ai assisté lors d’une randonnée à la formation d’un tsunami dans le fjord suite à la chute d’un pan d’iceberg, l’alliance dramatique d’un grondement sourd avec l’engraissement vertical de la vague ramènent à la vulnérabilité des espaces terrestres. Nous avions conscience d’être dans un territoire éphémère. Au retour à Orly, j’avais l’impression d’être agressé par le moindre bruit et par la rapidité violente de notre société.

SP : Si on devait diffuser un morceau musique pour illustrer cet entretien ça serait lequel ?

NE : Je dirais Glassworks de Philip Glass, les Mélodies Élégiaques d’Edvard Grieg et quelques titres du groupe de pop rock Nanook que j’ai découvert cet été lors d’un fabuleux concert au Groenland.

SP : Quels sont vos livres cultes ?

NE : J’ai découvert Jules Supervielle grâce à Christophe Bigot, mon professeur de lettres d’hypokhâgne. Son recueil de nouvelles L’Enfant de la haute mer est d’une rare poésie. Je trouve magnifique ses métaphores oniriques pour expliquer le monde. Il construit des systèmes internes cohérents, presque scientifiques, mais avec un décalage élégant. Il créé des associations prolifiques qui ne reposent sur aucune logique rationnelle, la beauté et le pouvoir de l’imagination devenant les seuls liens. Je ne crois pas beaucoup à la rationalité exclusive. Pour comprendre, l’émotion et l’intuition sont souvent plus utiles. Analyser créé un obstacle car ce qui nous entoure garde toujours sa part de mystère. Nous pouvons, sans mettre de mots, en ressentir des échos et tenter de les dépeindre. En ce qui concerne la littérature nordique, j’ai beaucoup appris sur la mentalité danoise avec Peter Høeg (L’Histoire des rêves danois) et Carsten Jensen (Nous les noyés). Les théâtres scandinaves et russes ont été également très importants pour moi. Dans les cours de théâtre, on dit souvent que chaque apprenti comédien vit une période de fascination pour Tchekhov, avant de prendre ses distances. Je suis apparemment resté figé à la première étape…

SP : Merci Nicolas Escach d’avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Interview de Théo FOUERE, étudiant

Rencontre avec Théo Fouéré étudiant en étudiant en langues nordiques à l’université de Caen

Sophie PEUGNEZ : Bonjour Théo Fouéré. Vous êtes étudiant en langues nordiques à l’université de Caen. Pouvez-vous nous présenter votre cursus ? Vous êtes combien en cours ? Comment avez-vous découvert ce cursus ?

Théo FOUERE : Le parcours études nordiques a pour cadre la filière LLCER (Littérature, Langues et Civilisations Étrangères et Régionales). Ce cursus, comme son intitulé l’indique, permet d’apprendre une langue principale, une seconde langue, la littérature et la civilisation des pays nordiques puis des options sont proposées par l’université. On peut choisir en première langue le finnois, le danois, le norvégien et depuis cette année l’islandais.

Nous sommes une quinzaine d’étudiants en troisième année de licence, on observe toutefois une hausse des effectifs chaque année. Environ quarante personnes étudient en première année de licence une langue nordique comme langue principale à l’université de Caen cette année, et le nombre d’étudiants et d’étudiantes choisissant une de ces langues en option croît également.

J’ai eu connaissance de ce cursus au lycée, mais ai souhaité m’orienter vers le droit en première année d’études supérieures, avant d’arrêter au bout de quelques mois. J’ai ensuite décidé de m’orienter vers les études nordiques. Je n’ai pas eu de découverte « romantique » des études nordiques : ce parcours m’intéressait mais surtout je ne savais pas quoi faire d’autre. Pourtant, j’estime aujourd’hui que je n’aurais pas pu faire un meilleur choix d’orientation en études supérieures.

SP : Quelle(s) est (sont) les disciplines que vous préférez ?

TF : Difficile à dire. À choisir, la civilisation. Cette matière possède une définition plus large que l’histoire – selon moi. Elle peut mêler la sociologie, les sciences politiques, la géographie, la géopolitique, l’histoire, la musique et bien d’autres domaines. J’ai compris dès le début de ma licence que les sociétés – j’insiste sur le pluriel – des pays nordiques à travers les âges et particulièrement l’époque contemporaine m’intéressaient. Je conçois mon projet d’avenir en fonction de ce thème principal. Je remarque par ailleurs que les cours qui nous sont dispensés sont très liés. Un cours de civilisation fera appel à un autre, idem pour la littérature, voire parfois ces deux matières feront appel à l’une ou à l’autre.

SP : À quand remonte votre passion pour les langues nordiques ?

TF : Avant que cela ne soit une passion, il a été question d’envie.

Ma rencontre avec les langues nordiques s’est faite au lycée, où j’ai commencé à étudier le suédois dès la seconde avec une enseignante qui mêlait dans son enseignement la langue suédoise et la société de ce pays, en raison de sa formation en sociologie – je crois comprendre en répondant à cette question que c’est parce qu’elle liait les deux que je ne conçois pas l’un sans l’autre, de là doit venir mon intérêt particulier pour les sociétés nordiques. J’ai arrêté d’étudier cette langue après le lycée pendant un an, avant de reprendre en débutant ma licence. Alors la passion est venue. L’idée d’apprendre une nouvelle langue, d’en connaître les ressorts, la grammaire, en la liant à ce pays qui m’intéresse tant qu’est la Suède – langue et société vont de pair selon moi – continue d’être la source de motivation principale pour moi dans ce cursus. Et ouvre continuellement de nouveaux centres d’intérêts.

SP : Lesquelles pratiquez-vous et pourquoi avez-vous choisi celles-ci ?

TF : Ma langue principale est le suédois, j’étudie également l’islandais, qui était obligatoire lorsque je me suis inscrit en licence si l’on étudiait une langue scandinave (danois, norvégien, suédois). L’islandais est d’une grande importance si l’on veut en savoir plus sur les origines des langues scandinaves, mais je n’en dirai pas trop par peur d’énoncer des erreurs – je ne m’y connais pas beaucoup en linguistique. Le choix du suédois s’est fait naturellement : j’avais certaines bases et avais assisté à certains cours en auditeur libre. Je pense ne pas m’être posé la question en m’inscrivant dans ce parcours du choix de la première langue. Aujourd’hui, j’aimerais apprendre le danois, je pense essayer par moi-même prochainement.

Université de Caen

SP : Savez-vous déjà la profession que vous voulez exercer ?

TF : Non. Je ne sais même pas encore vers quel master je souhaite me diriger. Je pense rester en études nordiques, je suis intéressé par l’enseignement et la recherche mais j’ai avant tout l’intention d’aller vivre quelques temps en Suède. Il y a tellement de moyens de mobilité aujourd’hui : Erasmus, les Services Volontaires Européens, les bourses, le wwoofing et j’en passe… Je pense qu’y partir influencera mes choix d’avenir, entre autres professionnels.

SP : Vous êtes vous déjà rendu dans un pays nordique ?

TF : À Copenhague avec ma famille quand j’étais au collège. Je garde un très bon souvenir de cette ville, que j’aimerais revisiter. Puis j’ai été en Suède par le biais du lycée, via un échange avec un établissement de Piteå, une petite commune au Nord. Je repense régulièrement à ce voyage, j’aimerais retourner plus longtemps dans cette partie du pays. Un matin, au réveil, un renne était dans le jardin enneigé. N’en ayant jamais vu physiquement auparavant, j’aurais dû être étonné, vouloir le prendre en photo. Mais j’ai compris que cela faisait partie de la vie quotidienne et de l’espace. Ce seul souvenir suffit à me donner envie d’y retourner. En juillet dernier, j’ai pu suivre des cours d’été dans une Folkhögskola, que l’on traduit en francais par « université populaire ». C’est très ancré dans les pays nordiques, cette institution est danoise à l’origine. J’étais au centre de la Suède, et ai suivi pendant trois semaines des cours en langue principalement, ainsi qu’en littérature et en civilisation. J’avais bénéficié d’une bourse via l’Institut Suédois. Puis j’ai vagabondé une semaine à Stockholm, ville magnifique dont je pourrais parler des heures.

SP : Avez-vous envie de vous installer dans un de ces pays ?

TF : Temporairement oui. J’ai vingt ans, l’idée d’être contraint de rester dans un espace sans pouvoir le quitter quand j’en ai envie m’angoisse. Je souhaite profiter de la mobilité qui nous est offerte aujourd’hui, dont je parlais précédemment. Puis plus tard la question de mon installation quelque part viendra, il y a beaucoup de choses à expérimenter et à construire avant.

SP : À Caen, le Festival Les Boréales consacré aux cultures nordiques célèbre sa 26 ème année. Avez-vous déjà participé à des concerts, des rencontres littéraires, des expos ou autres ? (il y a t-t-il un événement qui vous a marqué, où vous avez eu le sentiment de vivre un rêve éveillé ?)

TF : Je n’y avais jamais participé avant de commencer les études nordiques. Depuis, j’ai assisté à plusieurs conférences, spectacles et rencontres, autour de la littérature ou de sujets de société. Je me souviens des deux fois où j’ai vu la compagnie Cirkus Cirkör. Leur spectacle Limits l’an dernier particulièrement. J’avais été le voir une première fois mais un incident avait interrompu la représentation. Cela avait éveillé une petite appréhension en moi à l’idée de la voir, elle avait été repoussée. Finalement, j’avais été émerveillé, ému par Limits, qui mélangeait audace, réflexion et engageait chacun et chacune à essayer de trouver une place dans ce monde qui, trop souvent, nous effraie et où nous ressentons une impuissance totale. Cette année les Boréales semblent vouloir proposer plus d’expositions autour de la photographie, je pense que c’est une très bonne chose, en grand amateur de cet art. Je me permets juste de dire une chose : cet échange avec les pays nordiques se fait aussi en-dehors des Boréales. Toute l’année ont lieu des rencontres, des conférences (à la MRSH par exemple), des expositions (je pense à Fritz Thaulow sur lequel une exposition avait été faite durant l’été 2016) qui touchent au monde nordique, j’encourage vivement les gens intéressés à y aller.

SP : Préparez-vous avec d’autres étudiants un projet ou une manifestation pour l’année en cours ?

TF : Je suis un cours avec Nicolas Escach, professeur à Sciences Po qui a accepté de donner un cours à l’université. Il souhaite que nous organisions avec les étudiants et étudiantes de Sciences Po une rencontre autour d’un film puis que nous ayons des échanges, afin de se rencontrer. C’est un peu plus clos qu’une conférence par exemple, mais cela permettrait dans un premier temps que l’on se rencontre entre étudiants et étudiantes. Bien que de nombreuses personnes étudient autour de l’espace nordique à Caen, les échanges entre nous sont encore à développer. Pourtant il existe une énergie qui potentiellement pourrait aboutir à de beaux projets.

Jon Kalman STEFANSSON - Chronique familiale - 02 - A la mesure de univers

SP : Quels sont vos auteurs cultes ?

Jim Harrison et Romain Gary hors des pays nordiques, si je devais vraiment choisir. Parmi les auteurs nordiques : Vilhelm Moberg, Jón Kalman Stefansson (je n’ai lu qu’un roman de lui, mais son écriture relève du génie selon moi) et j’ai lu pour la première fois des pièces d’August Strindberg il y a peu, je suis très séduit par son écriture.

SP : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui a envie ou qui hésite à suivre le même cursus que vous ?

TF : Ne pas se laisser influencer par certaines personnes extérieures qui, trop souvent, ne verront aucun intérêt ou aucuns débouchés à ces études. Il y aura toujours de la place pour celles et ceux qui aiment les pays nordiques, des choses à étudier, des réflexions à mener sur des sujets très divers de l’ordre de l’histoire, des langues, de la géographie, des mythes… Mais quelques pré requis existent, de ce que j’ai pu observer. Aimer la littérature, s’intéresser aux civilisations et à l’histoire de ces pays, mener des réflexions constantes en-dehors des cours sur certains sujets. Peut-être que cela vaut pour tous les cursus cela dit.

SP : Un petit mot (une citation,  une expression) en langue nordique pour conclure cet entretien.

TF : Ha det bra !

SP : Un grand merci à vous

Interview du traducteur Jean-Christophe SALAUN

Sophie PEUGNEZ à eu l’occasion de rencontrer Jean-Christophe SALAUN pour son travail de traduction d’auteurs islandais.

J’ai eu l’occasion de rencontrer Jean-Christophe SALAUN pour son travail de traduction d’auteurs islandais.

Sophie PEUGNEZ : Jean-Christophe Salaün, quel est votre parcours et comment avez-vous découvert la langue islandaise ?

Jean-Christophe SALAUN : J’ai découvert la langue islandaise un peu par hasard une nuit d’insomnie lorsque j’avais 15-16 ans, grâce à un clip de Sigur Rós diffusé sur Arte. Il s’agit d’un groupe de rock qui a la particularité de chanter essentiellement en islandais. La sonorité de la langue m’a tout de suite interpellé, et poussé à en savoir plus sur ce pays lointain et mystérieux.

Jean-Christophe SALAUN

Arrivé à l’université de Caen, j’ai suivi un cursus d’anglais tout en assistant aux cours d’islandais proposés par le département nordique en auditeur libre. La bibliothèque universitaire m’a permis en outre de découvrir pas mal d’auteurs islandais contemporains, à l’époque très difficiles à trouver en librairie. L’université de Caen proposant un échange Erasmus avec l’université d’Islande, j’ai décidé de faire ma troisième année de licence d’anglais à Reykjavík. Je suis instantanément tombé amoureux du pays, et j’ai découvert sur place l’existence d’une bourse d’études pour les étudiants étrangers souhaitant apprendre l’islandais. J’ai alors décidé de rester en Islande, et de reprendre mon cursus à zéro, cette fois-ci en islandais.

Au terme d’une seconde licence, j’avais rencontré Eric Boury et commencé à m’intéresser à la traduction littéraire. Il faut dire que j’avais toujours aimé lire et écrire. Avec en plus mon amour des langues, cela paraissait une voie naturelle. Je me suis donc inscrit au master de traductologie de l’université d’Islande.

Deux ans plus tard, alors que je mettais la touche finale à mon mémoire de master, une amie m’a parlé d’un tweet d’une éditrice aux Presses de la Cité qui recherchait un traducteur d’islandais. J’ai pris contact avec Florence Noblet, la responsable des traductions de la maison d’édition, et, après m’avoir fait faire un petit essai, elle a accepté – avec courage ! – de me confier la traduction de La Femme à 1000° de Hallgrímur Helgason alors que j’étais tout débutant. Un travail long et assez difficile, l’auteur étant particulièrement friand de jeux de mots et de sonorités. Mais ce fut passionnant, et ce texte m’a permis de recevoir un an plus tard le prix Pierre-François Caillé de la traduction, donné par la Société Française des Traducteurs. Il garde donc doublement une place spéciale dans mon cœur : en tant que première traduction, et traduction primée.

Après ça, j’ai enchaîné cinq traductions aux Presses de la Cité avant de commencer à travailler également pour d’autres éditeurs : Zulma, Métailié, tout récemment les éditions Thierry Magnier, Passage(s)…

SP : A quoi ressemble votre univers de travail ?

JCS : J’aime autant que possible travailler chez moi, dans le silence. En général, je m’installe à mon bureau, où je garde tous mes dictionnaires et ouvrages de référence, même si la plupart de mes outils de travail sont sur Internet. J’ai également toujours un carnet à portée de main, pour noter les éventuelles questions que je voudrais poser à l’auteur, ou les problèmes auquel je devrais revenir plus tard.

Ceci dit, un ordinateur portable suffit souvent, donc il peut m’arriver de travailler dans des conditions assez variées : en voyage, dans le train ou en avion, dans des cafés, voire dans mon lit, les jours difficile ! On peut être très libre. Mais comme c’est un travail qui demande pas mal d’auto-discipline, j’aime bien me créer un petit espace qui y soit entièrement consacré, également pour pouvoir m’en déconnecter lorsque j’en ressens le besoin.

SP : Le processus de traduction : lisez-vous entièrement les livres avant de les traduire et êtes-vous en contact avec les auteurs ?

JCS : Je lis entièrement les livres avant de les traduire, oui. La seule exception a été La femme à 1000°, que j’avais commencé à traduire avant d’en terminer la lecture pour pouvoir envoyer mon essai de traduction le plus rapidement possible. Du coup, j’ai continué à traduire sans avoir lu la fin. J’avais juste toujours une petite longueur d’avance sur les chapitres que je traduisais. Je crois que cela m’a aussi permis de ne pas ressentir de lassitude au cours des neuf mois qu’a pris le travail sur ce roman.

Mais la plupart du temps, mes projets de traduction font suite à une fiche de lecture que j’ai faite pour présenter le roman à l’éditeur, donc tout naturellement je l’ai déjà lu en entier.

Pour ce qui est des auteurs, je prends en effet toujours contact avec eux, j’ai souvent quelques questions sur leur texte et nous échangeons beaucoup par mail. Au-delà de ça, c’est aussi l’aspect humain que je recherche. Je ne suis pas une machine, l’auteur n’est pas qu’un nom sur une couverture. J’aime qu’il se sente impliqué dans le processus – du moins, autant qu’il le souhaite. Et la plupart des auteurs ont montré beaucoup d’intérêt pour la traduction. C’est un peu cliché, mais après tout ils nous confient leur « bébé », ils veulent s’assurer qu’on saura bien s’en occuper ! Et on a toujours plus confiance en une personne qu’on connaît, ne serait-ce qu’un peu.

J’ai notamment tissé des liens très forts avec Hallgrímur Helgason et Soffía Bjarnadóttir au fil des années, et je les revois à chaque fois que je me rends en Islande.

SP : Vous avez traduit « Piégée » de Lilja Sigurdardottir aux Editions Métailié. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce texte et pouvez-vous nous dire quelques mots sur l’auteur ?

JCS : Difficile de parler de Piégée sans en dire trop, tant c’est un livre foisonnant. Je dirais que c’est un page turner avec beaucoup d’humain. Des personnages riches et complexes, beaucoup d’émotion, et en même temps un vrai suspense. Il est à l’image de son auteure : une femme d’une grande générosité, toujours souriante, mais aussi diablement intelligente, d’une extrême gentillesse, et très drôle ! Si nous ne nous sommes rencontrés qu’une fois pour l’instant, nous avons beaucoup correspondu pour parler de son livre (et d’autres choses, aussi), et c’est toujours un plaisir de discuter avec Lilja.

SP : Travaillez-vous sur un autre projet en même temps ?

JCS : Depuis fin 2015, je travaille à l’élaboration d’un futur dictionnaire islandais-français en ligne, une collaboration entre l’université d’Islande, la Sorbonne et l’université de Göteborg en Suède. Le projet s’appelle Lexia et vous pouvez suivre son évolution sur sa page Facebook (@lexia.is). Il faudra encore un peu de patience avant sa mise en ligne, mais c’est un projet qui me plaît beaucoup et qui me sera forcément d’une grande utilité en tant que traducteur littéraire, aussi !

SP : Vous arrive-t-il d’échanger avec d’autres traducteurs sur les passages complexes ou pour échanger tout simplement sur la beauté d’un texte ?

JCS : Je connais au final assez peu d’autres traducteurs. Je suis très ami avec Éric Boury, et il est vrai que le sujet de nos traductions revient souvent au cours de nos conversations téléphoniques : soit notre dernier coup de cœur, soit telle ou telle phrase qui pose problème. C’est agréable de pouvoir échanger à ce sujet de temps en temps, pour nous qui passons nos journées dans le silence.

SP : Quels sont selon vous les « indispensables » de la littérature islandaise ?

JCS : Parmi les auteurs traduits en français, outre les succès récents qu’ont connu Arnaldur Indriðason, Auður Ava Ólafsdóttir ou Jón Kalman Stefánsson, il y a évidemment le classique Halldór Laxness, Prix Nobel de littérature, auteur notamment de Gens indépendants ou La Cloche d’Islande (tous deux traduits par Régis Boyer), deux très grands romans. J’aime aussi beaucoup Svava Jakobsdóttir, dont les éditions Tusitala ont publié Un Locataire dans une traduction de Catherine Eyjólfsson. Une auteure atypique, qui pose un regard acerbe sur la société islandaise, mais d’une manière tout à fait surprenante. Je ne saurais que vous conseiller également le roman Je m’appelle Ísbjörg, je suis lion de Vigdís Grímsdóttir, traduit par François Émion aux Presses Universitaires de Caen, un très beau texte, noir mais d’une grande force.

SP : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait exercer votre profession ?

JCS : Être capable de s’auto-discipliner, aimer la solitude, être patient, avoir aussi un peu le goût du risque et… de la frustration. Être traducteur, c’est être tout le temps frustré. Parce qu’on ne trouvera jamais la manière parfaite de rendre justice à la plume d’un auteur. Tout ce dont on peut rêver, c’est d’en approcher le plus possible et de donner une expérience de lecture agréable au lecteur français. Pour cela, il faut aussi lire, lire, lire, en français ! Travailler sa propre langue, écrire dans sa propre langue. Ne pas se focaliser uniquement sur la langue que l’on traduit. Depuis que je suis traducteur, j’ai énormément appris sur la langue islandaise, mais aussi sur la langue française. Et pourtant, toutes les deux restent complètement mystérieuses et surprenantes pour moi. Mais peut-être que c’est aussi bien comme ça.

SP : Merci Jean-Christophe Salaün pour cette interview.

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Interview du traducteur Alex FOUILLET

Rencontre avec le traducteur Alex fouillet

alex-fouilletSophie PEUGNEZ : Bonjour Alex Fouillet, quel a été votre parcours ?

Alex FOUILLET : Atypique et imprévisible, comme ceux de beaucoup de mes collègues et de professionnels des langues et cultures scandinaves. À 20 ans, j’ai fait mon premier stage en tant que caissier (« conseiller commercial » !) dans une agence bancaire de la région parisienne, et c’est dans ce secteur que je pensais me former et travailler. Mais pas en France. Je ne sais plus très bien pourquoi, mais je voulais quitter l’Hexagone. Je m’intéressais à la culture et à la littérature norvégienne, c’est un pays qui m’attirait, alors j’ai commencé des études de scandinave à la Sorbonne pour pouvoir partir travailler là-bas. Et c’est en découvrant plus en détail la littérature norvégienne que l’envie est venue de la faire connaître. En particulier Gunnar Staalesen, dont les textes servaient souvent d’épreuve de version pour les partiels, dès la deuxième année de DEUG. Ça m’a donné envie d’en lire plus, il n’y avait que deux romans traduits en français, très difficiles à trouver. En désespoir de cause, j’en ai acheté un en V.O. dans une petite librairie du Marais qui n’existe plus aujourd’hui, et je me suis mis à le traduire. Pour moi, pour les copains, pour la famille ; pour que d’autres puissent en profiter. Au bout d’un moment, on m’a demandé pourquoi je ne le proposais pas à un éditeur français. Compte tenu de mes projets de l’époque, c’était délirant, mais j’ai quand même contacté Susanne Juul de chez Gaïa. La vague du policier nordique enflait, Gaïa prévoyait de lancer une collection de polars et avait Staalesen dans le collimateur. En 2001, on s’est donc rencontrés au Salon du Livre de Paris : Susanne Juul, mon amie et collègue Elisabeth Tangen, et moi. Nous avons fait ensemble les quatre premières traductions (Trois Staalesen et un Nesbø) avant que je quitte la région parisienne. Mais Elisabeth est toujours en filigrane derrière les traductions que je fais. Et depuis, je n’ai pas arrêté.

SP : Quelles sont les spécificités des langues norvégiennes et danoises ?

AF : Ce sont des langues germaniques qu’on pourrait un peu sommairement présenter comme un mélange d’anglais et d’allemand, bien que ce soit une description plus appropriée pour le néerlandais. Les grammaires sont relativement simples, la syntaxe est classique et le lexique rappelle beaucoup ceux de l’anglais (blod, gå, grønn) et de l’allemand (arbeid, forsiktig, oversette), parfois du français (balkong, enorm, informere). Ce sont en outre deux langues très proches puisque pendant près de cinq siècles, la langue officielle et administrative de la Norvège, alors possession danoise, a été le danois. Nous appelons d’ailleurs dano-norvégien l’une des deux langues officielles de Norvège, le bokmål en V.O. Alors en ayant appris le norvégien, quand on lit du danois, la différence est minime. On met parfois plusieurs phrases à se rendre compte qu’on ne lit pas du norvégien mais du danois ! À l’oral, c’est un peu différent, le contraste entre les langues est beaucoup plus net.

SP : Pouvez-vous nous décrire le « processus de traduction » ? êtes-vous en contact à un moment donné directement  avec l’auteur ?

AF : Une fois que tout l’administratif est validé et que le traducteur et l’éditeur se sont bien mis d’accord sur ce que devra être le produit fini, le traducteur est seul avec son manuscrit. Et tant mieux. On entend assez souvent des réactions du type « Ah, vous êtes traducteur… c’est courageux, c’est un métier solitaire, la traduction ! » Mais c’est bien pour ça qu’on fait ce métier. Il est extrêmement rare que l’éditeur compare le texte original et la traduction, sauf en cas d’erreur manifeste ou d’aberration dans le texte cible. Il n’a en principe rien à dire sur la façon de travailler, les horaires, la planification du travail. L’essentiel pour lui est d’avoir entre les mains, à la date convenue, un texte français qui se tienne et qui soit si possible pas trop éloigné de ce qu’on lui a dit de l’original. Quant à la relation avec l’auteur, c’est très variable, il n’y a aucun principe universel, même implicite. Ça dépend beaucoup de la personnalité de l’auteur et du rapport qu’il entretient avec son activité littéraire. Certains tiennent à voir ce que devient leur production dans les différents pays où elle est traduite, quitte à être un peu interventionnistes pour quelques-uns, tandis que d’autres s’en soucient comme d’une guigne. Ce qui apparaît clairement quand on a besoin de leur avis sur un point de détail (comme un personnage qui change de nom en cours de roman, une bizarrerie quelconque dans le manuscrit), c’est qu’ils ne sont pas payés pour baby-sitter les traducteurs. Ils renvoient systématiquement sur leur éditeur ou leur agent.

SP : Si c’est le cas, est-ce qu’un lien particulier peut se tisser avec l’auteur ? Je pense notamment à Gunnar Staalesen dont vous avez traduits de nombreux romans.

AF : Gunnar Staalesen est l’exemple parfait de l’auteur concerné par le devenir de ses romans à l’étranger, et pas seulement pour les revenus générés. Il apprécie beaucoup le contact et les échanges avec ses traducteurs, qui ont aussi une fonction de relecteurs en lui signalant des problèmes, des coquilles, des anomalies dans le roman original. Il me reproche même assez souvent (gentiment) de ne pas faire appel plus souvent à lui ; « Tu es sûr que tu n’as pas de problème dans le texte que tu traduis ? Tout est bien clair ? » etc. Malgré le succès – il est considérable en Norvège, pas seulement dans le genre policier puisqu’il a aussi écrit pour les jeunes adultes et pour le théâtre – c’est toujours quelqu’un de très simple et chaleureux, comme son épouse et ses enfants. Alors un rapport humain s’établit, oui, c’est inévitable, d’autant plus que lors de festivals ou de rencontres à l’étranger, l’auteur est souvent accompagné / assisté de son traducteur. Mais à ma connaissance, nous n’intervenons jamais dans la phase d’écriture de l’œuvre originale. Heureusement.

SP : Êtes-vous également sollicité pour traduire des documents ou des œuvres du français vers le danois ou le norvégien ?

AF : Non, pour deux raisons assez simples : la première est que ce sont des marchés assez modestes (5,2 millions d’habitants en Norvège, 5,7 au Danemark, très peu hors de ces pays ; en comparaison, les livres publiés en France trouvent un lectorat colossal à travers tous les pays francophones) pour lesquels il y a déjà assez de traducteurs littéraires bien établis. À cela s’ajoute la difficulté pour moi de traduire en thème (vers une langue qui n’est pas ma langue maternelle) et non plus en version (vers ma langue maternelle). Pour le résumer en une phrase, on ne me le demande jamais parce que d’autres le font beaucoup mieux que moi.

SP : Comment effectuez-vous vos recherches (livres, internet, appel à des spécialistes) ?

AF : En premier lieu dans les dictionnaires et usuels papier, qui sont quand même plus agréables à utiliser que l’informatique. Mais Internet est un outil inestimable et incontournable ; non seulement on trouve dessus des informations qui ont purement et simplement disparu des bibliothèques, mais il faut deux ou trois minutes pour trouver sur le net des informations auxquelles il aurait fallu consacrer au moins une demi-journée de recherches dans une bibliothèque, sans compter le temps pour s’y rendre !

Les spécialistes interviennent dans le cas très particulier où le traducteur voit parfaitement de quoi il est question dans le texte original, mais ne trouve pas le mot ou l’expression pour le rendre en français, tout simplement parce qu’il n’a pas les connaissances nécessaires. Et chaque fois que l’occasion s’est présentée, quand j’ai eu expliqué que j’étais traducteur et que mon texte original me parlait d’un bidule qui fait ceci ou cela, l’accueil a toujours été bon. Je crois que ces professionnels sont contents de pouvoir faire partager leurs connaissances dans un cadre qui dépasse celui de leur activité stricto sensu. Et comme on m’a toujours dit, à la fin des conversations, de rappeler en cas de besoin, j’ai dans mon carnet d’adresse un armurier, une orthophoniste, un artificier et une dentiste classés dans la rubrique « Traduction ».

SP : Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos derniers ouvrages traduits parus ou à paraître prochainement ? (leurs titres, auteur et leurs sujets)

AF : Le dernier en date est L’homme et le bois du Norvégien Lars Mytting (Gaïa éditions), un bel ouvrage plein de sensibilité et de connaissances sur le bois de chauffage, depuis l’arbre vivant et l’outillage jusqu’aux poêles et aux techniques de combustion.

Côté fiction, il y a eu un roman policier de Gert Nygårdshaug, Le sang de la terre, chez J’ai Lu, et un grand classique de la littérature norvégienne, Un fugitif recoupe ses traces, d’Aksel Sandemose, publié par les Presses universitaires de Caen.

SP : Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut exercer votre profession ?

AF : De suivre autant que possible son instinct et ses envies, et de ne jamais perdre l’envie de faire découvrir, de transmettre. Et de travailler à parts égales la ou les langues sources et la langue cible ; encore une fois, ce que l’éditeur veut avant tout, c’est un manuscrit qui lui coûtera le moins cher possible en relectures et corrections.

SP : Quels sont vos goûts de lecture ?

AF : Je lis très peu de fiction, mais des livres de genres très différents peuvent me plaire et me marquer ; policier, épouvante, vaudeville, science-fiction, témoignages et… BD, bien sûr !

SP : A quoi ressemble votre univers de travail, votre bureau ?

AF : C’est un très joli bazar d’une dizaine de mètres carrés, 2/3 bibliothèque, 1/3 atelier d’entretien et réparations diverses. Le bureau et l’établi sont pratiquement côte à côte, un rack à outils est fixé dans le montant d’une bibliothèque… L’essentiel est que ce soit un endroit où je me sens bien, chez moi, où je peux faire tranquillement ce que j’aime faire : traduire.

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SP : Vous enseignez depuis la rentrée à l’Université de Caen. Quelles matières ? Cela représente quoi pour vous l’enseignement ?

AF : On m’a d’abord confié deux petites heures de traduction du norvégien avec des étudiants de troisième année. J’ai heureusement pu choisir librement les textes sur lesquels on travaille, et l’idée première est de les libérer de quelques principes scolaires liés à la traduction. C’est avant tout une production littéraire, personnelle et unique ; il n’y a pas de « corrigé » pour une traduction, ce n’est pas un exercice d’algèbre. Il y a assez de façons d’exprimer en français une même idée, qu’ils choisissent celle qui leur plaît le plus, tant que ça reste correct et agréable à lire. C’est autant une façon de leur donner une autre approche du norvégien que de préciser certains fondamentaux du français.

Je me suis aussi vu confier le cours de linguistique historique scandinave, je dois donc expliquer de la façon la plus simple et concise possible comment on est passé de l’indo-européen parlé il y a cinq ou six mille ans aux langues scandinaves actuelles. C’est un gros casse-croûte, mais plein de choses passionnantes.

SP : Rêve de traducteur : y a-t-il un ouvrage que vous aimeriez ou que vous auriez aimé traduire ?

AF : Je suis un peu fatigué de la course à la nouveauté dictée par les éditeurs et je voudrais pouvoir faire connaître des essentiels qui n’ont jamais été publiés. C’était le cas d’un fugitif recoupe ses traces, d’Aksel Sandemose, une vache sacrée de la littérature scandinave qu’il était temps de traduire puisque la fameuse loi de Jante, largement développée dedans, n’était pas complètement inconnue en France. Les gens ne savaient simplement pas à quoi la rattacher. J’aimerais maintenant beaucoup que l’auteur norvégien Sigurd Hoel soit publié en France. Son roman Møte ved milepelen (Rencontre à la borne milliaire) de 1947 est une merveille, et ses nouvelles (Veien vi gaar, qu’on pourrait traduire par Où nous allons) de 1922 pourraient rencontrer un beau succès si l’édition française était moins frileuse vis-à-vis du genre « nouvelle ».

Interview du traducteur Eric BOURY

Le traducteur caennais Eric Boury a reçu le Grand Prix de la traduction de la Société des Gens De Lettres

France
eric boury

Le traducteur caennais Eric Boury a reçu le Grand Prix de la traduction de la Société des Gens De Lettres (SGDL) en mai 2016 pour l’ensemble de son oeuvre. Il a traduit entre autre Arni Thorarinsson, Jon Kalman Stefansson, Arnaldur Indridasson. J’avais eu le plaisir de l’interviewer lors de la rentrée littéraire 2015. Retour sur le parcours de cet homme brillant et humble.

Eric Boury, quelles sont les particularités de la langue islandaise ?

Il y a un système de déclinaisons et de conjugaison très complexes. Elle est restée très proche des langues nordiques d’origine. Quand on parle l’islandais moderne, on est capable avec quelques connaissances de comprendre l’Islandais du 12e siècle si il a été retranscris. Il y a plusieurs influences culturelles, les islandais ont toujours voyagé. Car il n’y avait pas d’université en Islande, il fallait aller au Danemark. Certains d’entre eux sont allés se former à l’étranger. Le pays était pauvre.

Quel est votre parcours ?

Mon déclic est arrivé à l’âge de 8 ans, j’ai entendu parlé allemand, j’étais à la fois fasciné et en même temps frustré de ne pas pouvoir échanger avec eux. Je vivais dans le Berry, l’étude des langues n’était pas évidente, impossible par exemple d’étudier le latin. Au collège j’ai donc appris l’anglais, l’allemand puis au lycée l’espagnol ainsi que l’italien en autodidacte. Le curé de mon village m’avait passé une revue avec des photos de l’Islande et j’ai découvert dans l’article que la langue était du vieux norvégien conservé. Dès l’adolescence, je me suis dit que j’irais un jour dans les pays nordiques.

Je suis allé à la Fac à Caen pour étudier les langues nordiques (norvégien, suédois et islandais). J’avais ce deug ainsi que celui d’anglais et j’ai décidé de m’immerger en Islande pour maitriser la langue. J’ai commencé par séjourner dans une ferme. Il avait peu d’étrangers à ce moment là.

J’ai en ma maitrise en 1990 à Caen. En 1992, j’ai été prof d’anglais et de français dans un lycée pro pendant plus de 20 ans. Dont 8 ans consacrés à la traduction à très haute dose notamment l’œuvre d’Indridason remarquée par le grand public et les médias à partir de la femme en vert. Ainsi que les romans de Thorarinsson, Deuil de Bergsson et bien d’autres.

Quel regard portez-vous sur ces livres ?

Je ne traduis que les livres que j’aime. Tous les textes te marquent car ils représentent une période de ta vie. Dans la littérature islandaise, il y a souvent l’espoir de la grâce et de la Rédemption liés à la religion protestante. Traduire c’est savoir négocier les pertes et les gains par rapport au texte original. J’aime la poésie de Stefansson. Et j’ai été subjugué par « Illska » c’est un texte époustouflant. Malgré ces 600 pages, je ne me suis jamais ennuyé un seul instant en le traduisant.

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Interview de l’auteur Viveca Sten

Interview de l’auteur suédoise Viveca Sten dans le cadre du festival Les Boréales 2014

viveca stenBonjour Viveca Sten, nous sommes réunies dans le cadre des 24 chrono du polar nordique du Festival Les Boréales 2014. Faisons connaissance. Quel est votre parcours ? Pouvez-vous nous parler de vos premiers écrits ?

J’ai travaillé comme avocat puis responsable juridique d’abord pour la compagnie d’aviation S.A.S puis pour la poste suédois-danoise. J’ai notamment dirigé un département de 35 personnes.

J’avais écrit quelques manuels juridiques. Vous savez lorsque vous achetez une entreprise, vous avez besoin de tous les articles de négociation, juridiques…

J’ai vraiment aimé toute cette période où j’étais juriste (j’ai fait 5 ans d’études dans le droit et l’économie, j’ai deux diplômes). En 2005, un éditeur m’a demandé un autre livre sur l’informatique et j’avoue que cela ne me tentait pas trop.

Et l’été 2005, alors que je me promenais sur la plage de Sandhamn, le ciel était magnifique, il y avait du soleil… et soudain j’ai eu la vision d’un cadavre dans un filet de pêche. Je suis rentrée à la maison et j’ai écrit le premier chapitre et le dernier chapitre. Tout est venu naturellement.

J’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs éditeurs, un mois après j’avais une réponse positive. Maintenant il y a 7 tomes en Suède.

En 2011, j’ai du prendre une décision difficile car je continuais à travailler tout en écrivant et je n’avais plus une minute à moi et encore moi à consacrer à mes proches. Or j’ai 3 enfants de 16, 19 et 22 ans. J’ai décidé de me consacrer totalement à l’écriture. J’avais pourtant adoré mon ancienne profession. Mais une fois que cette décision a été prise j’ai été heureuse et je ne le regrette pas.

Est-ce que le duo Thomas-Nora a été une évidence ou est-ce que vous avez créé un des personnages puis le second ?

Le personnage de Nora a été là en premier. C’était une évidence pour moi d’avoir une femme dans mon livre car déjà j’en suis une (petit rire). Elle est juriste, je pouvais donc utiliser mon savoir. Mais ce n’était pas assez, elle n’avait pas les connaissances nécessaires sur les techniques policières. C’était important d’avoir Thomas pour développer et exploiter cet aspect.

Concernant ce dernier, j’avais envie d’un héros différent de mes confrères nordiques dont les inspecteurs ou les détectives sont toujours alcooliques et divorcés. En créant Thomas, j’avais envie que l ‘on retrouve en lui un copain avec lequel on a envie de prendre un verre et vu les réactions des lectrices, ça marche (grand sourire).

J’écris des livres que j’aimerai lire. Je préfère l’esprit des romans d’Agatha Christie « Wodunit » (qui a fait ca ?). C’est toujours une histoire que l’on doit raconter. Si il y a trop de violence dans un roman, je ne veux pas le finir, cela me fait mal.

Savez-vous déjà comment ils vont évoluer ou avez-vous le sentiment qu’ils prennent vie tout seul ?

Il y aura au moins 10 tomes, j’ai des idées de ce qu’ils vont devenir. C’est l’héritage de l’ère juridique, je planifie, je sais où je vais. Par cela ne marche pas du tout, d’autres personnages arrivent dont je ne soupçonnais même pas l’existence. C’est très bizarre quand ce nouveau personnage arrive. C’est très intéressant, comme si j’avais un deuxième cerveau et que je voyais la scène de l’extérieur.

Une petite anecdote : alors que j’écrivais le tome 5 mon synopsis était très clair mais j’ai dû appeler mon éditrice pour lui annoncer deux nouvelles : la nouvelle positive, j’avais écrit comme folle donc mon roman était pratiquement fini ; la nouvelle négative, je n’avais aucun idée sur l’identité du meurtrier. J’avais cinq candidats possibles.

Le dernier week-end, il y a eu comme un signe divin, soudain j’ai su. On n’ a pas toujours toutes les cartes en main.

Pouvez-vous nous parler de la série TV ? Les scénarios sont-ils inédits ?

Tout se passe super bien. Je lis tous les manuscrits de la série TV. J‘ai fait partie des discussion autour du casting pour les personnages principaux. Je ne suis pas une actrice mais je fais une petite apparition à chaque épisode (comme Alfred Hitchcok dans ses films). Il y a une vraie complicité avec les acteurs.

C’est toujours tourné à Sandhamn (90%). Il y a une véritable fierté chez les habitants. Avec le succès des livres, il y a de plus en plus de touristes c’est une véritable économie pour l’île.

En 1917 lorsque mon grand-père a acheté la maison, il l’a eu une bouchée de pain. Les propriétés ont pris une véritable valeur.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez vu pour la première fois l’acteur qui incarne Thomas ? Avez-vous participé au casting ?

Le casting est très bon. Alexandra, l’actrice qui incarne Nora est très connue en Suède. Elle est très douée.

Mais j’arrive à garder en tête mes propres personnages tels que je les avais imaginé dès le départ.

Vous voyagez beaucoup pour la promotion de vos romans, peut-on imaginer une enquête de Thomas et Nora en dehors de la Suède ?

J’ai essayé un peu de faire découvrir au lecteur la vie à Stockholm dans le tome 6 où Nora découvre son métier d’avocate.

Le souci est que je ne peux pas tuer tous les habitants de Sandhamn, il n’y a que 89 personnes (petit rire).

Qu’est qui est le plus relaxant ? S’occuper de vos rosiers ou disperser des corps aux quatre coins de votre île dans vos romans ?

Je préfère faire de la pâtisserie. J’aime beaucoup le ski alpin c’est pourquoi j’ai passé à l’université de Grenoble lorsque j’avais 20 ans. J’ai étudié le français et l’histoire française. Et je pouvais surtout faire beaucoup de ski.

Viveca Sten, notre entretien touche à sa fin et je sais qu’en Suède, vous avez publié un livre de cuisine, pour conclure : quel plat aimeriez-vous préparer aux lectrices et aux lecteurs de Zonelivre.fr ?

Cela a été un plaisir total de faire ce livre. J’ai eu envie de faire quelque chose qui soit plus que des recettes : un ouvrage sur les petites histoires des habitants, les coutumes. Lorsque j’écris un roman mon éditrice me conseille souvent de couper ce genre de détail, là j’ai pu prendre le temps de raconter.

Il sera disponible dans 5 mois en Allemagne puis en anglais….

Ma recette favorite que j’ai envie de présenter aux lecteurs de zonelivre : la tarte aux myrtilles de ma grand-mère.

Il faut mettre 500 g de myrtilles dans un plat.

On fait une pâte au sucre = 150 g de farine + 100g de beurre + 200 g de sucre (dans le mixeur)

On met ça au four pendant 12 à 15 min (250°)

Cela fait un peu comme une crème brulée. Avec de la glace à la vanille, c’est super bon et c’est super facile à faire.

 Merci Viveca Sten de m’avoir accordé ce  bel échange qui a lieu à Caen dans le cadre du Festival Les Boréales en novembre 2014.

Interview de l’auteur Jussi Adler Olsen

Rencontre avec Jussi Adler Olsen au cours du Festival Les Boréales en novembre 2014

Danemark

jussi adler olsen Vous avez écrit plusieurs thrillers avant la  série Département V. Comment est-elle née ? Est-ce différent d’écrire un roman ou une série ?

Retour en 2005, le cinéaste danois Rumle Hammerich m’a suggéré d’écrire une série se déroulant au Danemark avec un détective. A l’époque, cela ne m’intéressait pas. Je n’avais pas envie de faire quelque chose que tant d’autres avaient fait avant moi donc j’ai rejeté cette idée mais c’est resté dans un coin de mon esprit. Je voulais être libre d’écrire sur tous les sujets et sans un lieu précis or généralement on ne peut pas le faire car la police a des domaines de compétences clairement définis. Puis il m’est venu l’idée d’un personnage qui en avait marre de son travail et qui serait content d’être viré. Pour se débarrasser de lui, il serait placé tout seul dans un département avec des « cold cases ». Ainsi il pourrait faire ce qu’il veut sans se soucier des conséquences.

Lorsqu’on écrit un roman sans restriction, on peut le développer comme on veut. Ecrire use série impose de nombreuses contraintes sur l’écriture. Mais en même temps, cela peut être amusant. Surtout quand cela signifie qu’à chaque fois que vous commencez un nouveau roman de la série, vous vous retrouvez avec de vieux amis, parce que c’est ce que Carl, Assad et Rose sont devenus pour moi.

Savez-vous déjà comment les personnages de Mork et Assad vont évoluer ? Vous avez écrit 6 tomes, il y en – t-il d’autres à venir ?

Oh oui, avant d’avoir commencé à travailler sur le premier opus, j’ai commencé par écrire un synopsis complet de la série qui sera en dix tomes. J’ai esquissé l’histoire de chacun des personnages, parce que je savais que je voulais parsemer des indices sur leur personnalité tout au long de la série, et tout sera complètement révélé lorsque la série sera finie. Bien entendu pendant la phase d’écriture, j’ai développé davantage leurs histoires personnelles mais au fond je savais déjà tout sur chacun lorsque j’ai commencé.

« Misericorde » a été adapté en film et les autres livres ?

Faire des films revient souvent à couper des choses dans l’histoire, et honnêtement j’ai un peu de mal à reconnaitre mon travail dans les deux films qui ont été fait.

Donc je suis vraiment très fier que le scénariste et producteur américain Scott Frank (connu pour Minority Report, Little Man Tate, etc.) soit actuellement en train d’écrire une série TV basée sur mes livres. Chacun roman sera raconté en une saison. Je suis très excité par ce projet car maintenant je sais que chacun de mes personnages aura la chance d’être développé davantage. L’idée est que chacun de mes dix roman ait sa propre saison TV.

Vous avez grandi dans différents hôpitaux psychiatriques où votre père était médecin, comment cela a influencé votre carrière en tant qu’auteur ?

Habiter parmi des personnes instables mentalement et parfois en plein délire a bien entendu eu une grande influence sur ma vie et sur mon écriture. Grâce à mon excitante et très heureuse enfance, j’ai appris la dualité du genre humain : le mal et le bien peuvent co-exister dans une même personne et surtout comment la société peut influencer la partie de l’être humain qui prendra le dessus lors de ses actes au quotidien. Je pense, personnellement, que la psychologie joue une part important dans le roman policier ou dans le thriller. Sans réelle empathie et sans prendre compte des interactions psychologiques entre les individus, la littérature est bien fade.

Est-ce que le Centre Sprogo décrit dans « Dossier 64 » existe vraiment ?

Oh oui, en effet. Lorsque j’étais enfant, j’ai grandi dans la partie nord du Jutland et plusieurs fois par an nous devions nous rendre à Zealand pour voir notre famille. A chaque fois que le ferry passait devant Sprogø mon père mentionnait les pauvres femmes qui vivaient là-bas. En tant que jeune interne mon père a travaillé dans un endroit où ces femmes ont été « recrutées » et il ne les a jamais oublié ainsi que l’injustice et l’abus il avait été témoin en tant que médecin. Au fond, mon père était gêné pour la profession médicale qu’une telle institution existe.

Je voulais vous parler du personnage de « Curt Wad ». Est-ce que c’est important pour vous de dénoncer ce genre d’homme politique ?

Ce qui compte pour moi c’est de montrer les abus de pouvoir. En fait, on pourrait dire qu’il y a un thème commun à tous mes livres, c’est celui-ci. Chaque roman nous expose une forme d’abus de pouvoir et comment stopper ça.

Quelle musique écoutez-vous lorsque vous écrivez ? Avez-vous encore le temps de jouer de la guitare ?

J’aime tous les genres de musique du moment où c’est particulièrement bien. Cela peut être de la musique classique ou des B.O de films mais pas forcément. Je ne pourrais pas vivre sans musique surtout lorsque j’écris. En écoutant de la belle musique, j’essaie de mettre mon écriture sur le même niveau. Si je sens que je n’arrive pas à faire ça, je recommence encore.

Et oui, je continue à jouer de la guitare quelques fois, mais lorsque je suis seul, car je ne suis plus aussi bon que je l’ai été.

Interview de l’auteur et journaliste Olivier TRUC

Olivier Truc, auteur français est spécialiste des pays baltes, il est aussi documentariste pour la radio et la télévision.

France

olivier trucOlivier Truc est journaliste depuis 1986, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde et du Point, après avoir travaillé à Libération.

Spécialiste des pays baltes, il est aussi documentariste pour la radio et la télévision.

Bonjour Olivier Truc, pouvez-vous nous décrire en quelques mots votre parcours ?

Je suis originaire du sud de la France, j’ai grandi en région parisienne et je suis retourné dans le sud à Montpellier quand j’ai commencé à travailler comme journaliste. J’ai croisé la route d’une Suédoise, je suis monté voir là-haut à quoi ça ressemblait, ignorant tout de ce grand nord que je continue à explorer depuis une vingtaine d’années.

Vous êtes auteur mais également journaliste. Comment vous est venue l’envie de passer de la rédaction d’articles et de reportages à celle d’un roman ? Le travail d’écriture est-il le même ?

L’envie d’écrire long, que j’avais depuis longtemps, même si ce n’était au départ pas nécessairement avec l’idée de roman. L’envie de retrouver des personnages, des situations et des histoires croisées et fantasmées au cours de ces nombreux voyages.

Le travail est différent bien sûr. Après 25 ans de journalisme où le fait est sacré et vous mène par le bout du nez, j’ai découvert la liberté de jouer avec les citations, de manipuler les descriptions de lieu, de chambouler les chronologies, de voir les personnages m’obéir presque tout le temps.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait exercer votre profession de journaliste ?

Etre sacrément motivé, n’en faire qu’à sa tête, ne pas écouter les conseils des briseurs de rêves, des cyniques qui pullulent dans ce métier, être prêt à partir là où les autres ne vont pas, bosser, bosser, bosser, aller sur le terrain, prendre le temps d’écouter les gens. C’est un bon début.

Comment arrivez-vous à gérer vos différentes activités ? Et quel est votre modus operandi d’écriture.

Cela dépend des périodes et des demandes des journaux, principalement Le Monde. Pour l’instant, la priorité va toujours au journal. Quand je travaille le synopsis, je travaille encore de façon chaotique car c’est un processus haché et bancal qui nécessite des retours en arrière, des hésitations, des creux. Quant à l’écrire elle-même, je tente de me discipliner en me dégageant des périodes de plusieurs semaines où je m’impose des objectifs quotidiens d’écriture, seule façon pour moi d’avancer. Et je le dis à mon entourage, pour m’obliger à avancer. C’est horrible, mais pour moi, ça marche! Quant à la fin ,j’essaye d’en avoir une idée plus ou moins précise. Pour le dernier Lapon, je l’avais en grande partie écrite, y compris les éléments de dialogue, en démarrant l’écriture.

Quelle est la genèse de votre roman « Le dernier Lapon » (Editions Métailié) ?

Elle démarre autour d’une bière dans un bar de Tromso, dans le grand nord norvégien. Je rencontrais un historien et politicien lapon pour un article que je faisais pour Libération. Il m’a le premier parlé de cette police des rennes. Des années plus tard, je suis allé faire un reportage sur cette brigade pour une série d’été dans Libération. Puis un producteur parisien m’a demandé si je ne voulais pas en faire un documentaire. C’est aussi devenu un 52’ diffusé sur France 5. Je me suis retrouvé avec une matière très riche. Et de fil en aiguille, le dernier Lapon est né.

Le parcours a-t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ? Comment s’est passée votre rencontre avec les éditions Métailié ?

L’écriture a été trop longue à mon goût car j’ai un travail prenant à côté. Mais quand j’ai fini par me décider à venir à bout du manuscrit, je me suis isolé durant plusieurs périodes consacrées à l’écriture, et là, ça allait plutôt vite. J’ai eu la chance d’être soutenu par des agents littéraires très engagés et la rencontre avec les éditions Métailié a été un coup de coeur pour moi, non seulement parce qu’Anne-Marie Métailié est une éditrice avec un tempérament de feu et un enthousiasme irrésistible mais parce que toute son équipe est très impliquée.

Les personnages de Klemet et Nina sont-ils inspirés de personnages que vous avez croisé pendant vos recherches ou lors de votre travail ? Avez-vous rencontré La Police des Rennes ?

Klemet et Nina sont des personnages qui m’ont été inspirés en partie par des gens que j’ai croisé au fil des ans, dans la police des rennes ou ailleurs, même s’ils sont quitté cette brigade depuis longtemps. J’ai passé de nombreuses semaines à vivre avec eux, à les suivre en patrouille par tous les temps, en scooter des neiges pendant plusieurs semaines, par grand froid en hiver ou dans la boue en automne, à dormir dans les mêmes abris qu’eux, à partager leurs repas et leurs pauses, et parfois leurs confidences.

Il y a des sujets très profonds dans votre roman notamment la conservation de la culture sami (ou lapone) ? Pensez-vous qu’elle va perdurer ou est-elle en train de s’effriter au profit du développement économique ? Les deux sont-ils compatibles ?

La culture sami est menacée car la langue sami est de moins en moins parlée et parce qu’elle assimilée pour une grande part au monde du renne, or l’élevage du renne tel qu’on le connait aujourd’hui est lui aussi menacé par le développement des industries et par le réchauffement climatique. Face à ces menaces, les aides dont bénéficient les Sami pèsent finalement assez peu.

« Le dernier Lapon » évoque également la présence toujours menaçante de l’extrême droite dans les pays nordiques. Avez-vous le sentiment que cette (/ces) mouvance(s) soit croissante ?

J’ai eu l’occasion de mesurer l’impact réel de l’extrême droite dans ces pays depuis longtemps, en Norvège notamment avec les attentats commis par Breivik et en Suède par exemple avec l’entrée au parlement d’une extrême-droite issue du néo-nazisme et qui considère de fait les Sami comme des gêneurs qui revendiquent à tort des droits spécifiques au prétexte, selon l’extrême-droite, qu’il auraient été là avant. Le racisme anti-sami est régulièrement utilisé par l’extrême-droite, il suffit de lire les quotidiens régionaux du grand nord dans ces pays.

Vous vivez depuis 1994 à Stockholm où vous êtes correspondant du Monde et du Point. Quand est née cette passion pour les pays nordiques ? Il y a t-il d’autres pays où vous aimeriez être correspondant ?

Je n’avais aucune envie de partir dans ces pays-là dont j’ignorais tout. Et puis j’ai croisé une Suédoise. C’était en 1992. A cette époque, j’envisageais de m’installer au Liban. Cela reste un pays qui m’est très cher. J’ai récemment découvert le Brésil qui m’a beaucoup séduit.

Quels sont vos projets littéraires ?

D’autres polars polaires suivront. Certains avec Klemet et Nina. J’ai des projets de thrillers dans d’autres régions également, Europe du Nord mais ailleurs aussi. J’ai des dizaines de carnets de reportages remplis de personnages, d’idées, qui m’ont donné envie d’explorer certains univers. J’ai aussi des idées de livres de reportages.

Quel est votre premier souvenir de lecture ?

ça pourrait bien être des petits livrets de catéchisme sur la vie de Jésus. A moins que je confonde avec Oui Oui?

Quels sont vos livres cultes ?

Des livres cultes, je ne pense pas en avoir, car d’une façon générale je suis rétif à la vénération.

Avez-vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma) ? En dehors de vos métiers, avez-vous une autre facette cachée ?

La musique ne me passionne pas (je ne pratique pas) mais elle me fascine quand un compositeur est capable de vous transporter dans un monde qui vous prend aux tripes en 4 minutes.

J’ai sûrement des facettes cachées, et elles le resteront.

Avez-vous un site internet ou un blog où les lecteurs peuvent laisser un message ?

J’y travaille.

Merci à Olivier TRUC de nous avoir accordé cette interview. Retrouvez la chronique de son livre ici : Le dernier lapon

Interview de Guillaume PATARD-LEGENDRE, Conseiller technique du festival Les Boreales

Guillaume PATARD-LEGENDRE est conseiller technique du Festival Les Boréales. Il est notamment très impliqué dans l’organisation des 24 heures chrono du polar nordique.

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Guillaume PATARD-LEGENDRE
Guillaume PATARD-LEGENDRE

Guillaume PATARD-LEGENDRE est conseiller technique du Festival Les Boréales. Il est notamment très impliqué dans l’organisation des 24 heures chrono du polar nordique. (Guillaume PATARD-LEGENDRE est parti vers de nouvelles aventures professionnelles en 2015. Il a été remplacé par Marion CAZY)

Découvrez son métier, son parcours et ses conseils pour les personnes attirées par sa profession. Plongez dans l’univers des Boréales.

Du 15 au 30 novembre 2013, le festival LES BOREALES a rendu hommage à la littérature nordique pour sa XXII ème année. L’Islande et la Lituanie étaient les invitées d’honneur. Rendez-vous littéraires, concerts, expositions, cirque, danse, ateliers….

Et Henning MANKELL a obtenu reçu le Prix obtenu Prix d’honneur Boréales / Région Basse-Normandie du polar nordique.

Bonjour Guillaume, en novembre 2013 a eu lieu la troisième édition des 24 heures chrono du polar nordique, comment est né ce projet ?

Je sais qu’il n’aime pas qu’on le présente comme ça, mais c’est une idée lumineuse de Guillaume Lebeau. Le polar nordique connait un énorme succès depuis de très nombreuses années et les ventes record de la trilogie Millenium en ont fait un véritable phénomène de société. Il nous semblait alors normal de mettre en avant une littérature que Les Boréales défendent depuis toujours. Guillaume Lebeau nous a donc soufflé ce concept de 24h chrono… En gros, si vous mettez une semaine à vous remettre de cette nuit blanche, vous connaissez le fautif.

Après Indridason en 2011, Camilla Läckberg en 2012, cette année, vous avez réussi à faire venir Henning Mankell, comment se prépare une telle venue ?

Il y a plusieurs facteurs qui permettent de faire venir de tels noms au festival. Le premier, et pas des moindres, c’est la notoriété du festival dans les pays nordiques. Caen est incontestablement devenu une étape obligée pour tout écrivain nordique. Je crois également que le caractère chaleureux et convivial du festival y joue pour beaucoup. Nous essayons autant que possible d’être au plus proche des écrivains, qu’ils se sentent bien chez nous. Nous cherchons également à créer une certaine intimité lors des rencontres entre les auteurs et le public. Si un écrivain repart content d’un festival, ses autres amis écrivains le sauront. Le milieu littéraire nordique est finalement assez réduit, les auteurs se connaissent, il ne faut en aucun cas négliger ce point ! Enfin, la persévérance est la dernière clé ! Camilla Läckberg, Indridason ou Mankell ont tellement de sollicitations qu’ils ne pourraient plus jamais écrire s’ils donnaient suite à toutes. Il faut donc s’armer de patience, entretenir des liens réguliers avec les agents et les auteurs et s’y prendre très tôt. Nous nous penchons déjà sur novembre 2014…

Quelles sont les dernières séries TV et les derniers auteurs qui vous ont marqué dans l’univers nordique ?

Je risque d’en faire hurler plus d’un mais je ne suis pas du tout série TV… Je sais que les pays nordiques, et notamment le Danemark, ont une production de qualité, mais je n’arrive pas à m’y mettre. En 2014 peut être. En polar, Jussi Adler Olsen est pour moi un véritable coup de cœur. Un auteur à découvrir absolument pour ceux qui ne le connaissent pas encore. Dans les auteurs accueillis cette année et qui n’écrivent pas de romans policiers (ça arrive), j’ai beaucoup aimé le dernier livre de Katrina Kalda, Arithmétique des dieux. La lettre à Helga de Bergsvein Birgisson est également une très belle découverte.

Quel auteur nordique de romans policiers n’est pas encore venu au festival et que vous aimeriez recevoir ?

Il y en a plusieurs et heureusement. Jussi Adler Olsen dont je parlais précédemment. Lars Kepler, Roslund et Hellström, Jo Nesbo, qui est déjà venu au festival mais avant que je n’y travaille.

Quand avez-vous rejoint « l’aventure Les Boréales » ?

En 2007, par un stage. Je finissais mes études de cinéma et démarrais une thèse autour du cinéaste Aki Kaurismäki. J’ai frappé à la porte du CRL, ils m’ont laissé entrer, et je ne suis pas reparti !

Pouvez-vous nous présenter votre journée type ?

La journée type n’existe pas car elle est fonction de la période de l’année dans laquelle je me trouve. Pour schématiser, de janvier à juin, nous sommes dans la mise en place de la programmation, des partenariats, l’invitation des écrivains, l’élaboration de la tournée des écrivains en région… Juin, juillet, nous démarrons la communication, élaborons les dossiers de presse, etc… A partir de fin aout commence une lutte permanente contre le calendrier. Le public ne s’en rend pas toujours compte, mais les échéances arrivent très vite. Enfin, novembre est une sorte de tourbillon dans lequel on se retrouve embarqué – évidemment la période la plus exaltante de l’année. Et décembre…je dors.

Quel est votre parcours professionnel ?

Le festival est me première expérience professionnelle J’ai fait des études de cinéma à l’Université de Caen et travaillé sur le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki à cette occasion. Comme je l’expliquais précédemment, je suis entré en stage au CRL Basse-Normandie.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait exercer votre métier ?

Avant tout de la persévérance et de l’acharnement. Ce n’est un secret pour personne mais le milieu culturel n’est pas le plus grand pourvoyeur d’emploi. C’est une donnée qu’il faut impérativement connaître avant de se lancer dans cette branche. Ensuite, il est essentiel de multiplier les expériences : stages, bénévolats, etc… Le réseau est primordial dans ce milieu et il n’y a pas meilleure façon pour s’en constituer un.

Quels étaient pour vous les temps forts de l’édition 2013 du Festival Les Boréales ?

La venue de Mankell restera pour moi un des grands moments de cette édition. Le débat autour de la traduction, proposé à l’IMEC était également très riche. Enfin, le concert d’Epic Rain à la Maison de l’étudiant : une grosse claque !

Et pour clore cette interview, quels sont vos livres cultes ?

C’est toujours difficile de répondre à cette question, aussi bien pour les livres, les films que la musique…
Si on doit rester dans l’univers nordique, j’ai une affection particulière pour L’empereur du Portugal de Selma Lagerlöf. C’est le premier livre que j’ai lu en arrivant aux Boréales – j’en garde un souvenir vraiment fort

Interview de Jérôme REMY, Directeur Artistique du Festivales Les Boréales

Jérôme REMY est Directeur artistique du Festival Les Boréales. Découvrez son métier, son parcours et ses conseils pour les personnes attirées par sa profession. Plongez dans l’univers des Boréales.

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Crédit photo : (c) Raphaël HALFAOUI

Jérôme REMY est Directeur artistique du Festival Les Boréales.

Découvrez son métier, son parcours et ses conseils pour les personnes attirées par sa profession. Plongez dans l’univers des Boréales.

Du 15 au 30 novembre 2013, le festival LES BOREALES rendra hommage à la littérature nordique pour sa XXII ème année. L’Islande et la Lituanie seront les invitées d’honneur. Rendez-vous littéraires, concerts, expositions, cirque, danse, ateliers….

Bonjour Jérôme Rémy, comment est né le Festival Les Boréales ?

Le festival est né à l’Université de Caen de la volonté de deux enseignants en langue nordique : Lena Christensen et Eric Eydoux. Depuis 1999, il est organisé par le Centre Régional des lettres de Basse-Normandie.

Cette année c’est la XXII édition, quelles ont été ses évolutions depuis le début ?

Dès 1994, le festival est devenu pluridisciplinaire tout en gardant une identité littéraire forte. Aujourd’hui, on peut dire que Les Boréales s’attachent à défendre toutes les formes d’écriture : romanesques, chorégraphiques, photographiques, etc…

Les artistes viennent maintenant de tous les univers : musique, cirque … comment faites-vous pour les « dénicher » ?

Dénicher des artistes, c’est un travail de chercheur d’or. On tamise… Beaucoup, longtemps. On tente de suivre très tôt les personnalités fortes qui se dégagent de la scène nordique. Ensuite, on les accompagne, on leur fait confiance. Mais tout cela nécessite de voyager, de se tenir informé. C’est un travail de veille permanente.

Comment choisissez vous le (ou les) pays à l’honneur ?

Le pays à l’honneur correspond à l’actualité du moment. La Lituanie assure la présidence tournante de l’UE depuis juin et jusqu’à fin 2013. C’était donc une évidence. C’est un immense pays de théâtre et de photographie. Lui associer l’Islande permettait une vraie complémentarité puisque ce petit pays de 330.000 habitants regorge de musiciens et d’écrivains. En outre, l’Islande est incontestablement le pays qui fait le plus rêver nos spectateurs. Depuis les romans de Jules Verne, cette terre de feu et de glace déclenche un imaginaire incroyable.

Quand avez-vous rejoint « l’aventure Les Boréales » ?

Pour ma part, j’organise le festival depuis 1994. Cette 22 ème édition sera le 20 ème festival que je porte. Les années passent… Après des études de lettres, théâtre et cinéma à l’Université de Caen, j’ai eu la chance de plonger dans le bain bouillonnant de la culture nordique. A l’époque, on connaissait mal ces cultures. Björk et la palme d’or à Cannes pour Lars Von Trier au milieu des années 90 ont donné une large visibilité à ces pays.

Vous êtes directeur artistique du Festival Les Boréales, comment pourriez-vous définir votre métier?

Définir mon métier ? C’est à la fois simple et compliqué. La direction artistique implique d’assumer les choix de programmation du festival chaque année. C’est ma responsabilité. En même temps, je suis heureux de la partager avec nos partenaires culturels qui accompagnent le festival et lui ouvrent leurs portes.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui aimerait exercer votre métier ?

Il faut quelques qualités pour devenir directeur artistique d’une manifestation culturelle. Mais la principale et plus importante est évidemment la curiosité. Il faut garder toujours et encore l’envie de découvrir, la soif de se confronter à ce qu’on ne connait pas. C’est toujours ce qui doit guider le travail afin de garder le regard aiguisé.

Quels événements attendez-vous avec impatience pour l’édition 2013 ?

Pour cette édition 2013, j’attends beaucoup du ciné-concert Les Vikings car j’adore ce film kitch et génial. Le concert d’Alina Orlova avec 25 musiciens sur scène sera aussi un temps fort que j’ai hâte de découvrir. Il s’agit là aussi d’une création. Le concert de FM Belfast sera aussi une fête incroyable. Le groupe islandais est une machine à faire danser et à rendre heureux. Enfin, la venue d’Henning Mankell est forcément l’événement le plus attendu de cette édition. Ses dernières participations aux Boréales remontent à 1994 et 1997.

Et pour clore cette interview, quels sont vos livres cultes ?

Ah mes livres cultes… En fait, je pense spontanément à deux romans finlandais qui ont eu sur moi un effet incroyable. Le rameur de Ilka Pitkanen et Lettres à Trinidad d’Annika Idstrom. Des livres immenses auxquels je songe sans cesse depuis 20 ans ou presque…

Merci à Jérôme REMY de nous avoir accordé cette interview.

Retrouvez les informations concernant Le Festival Les Boréales sur le site du CRLBN et sur la page facebook du festival.

Interview de l’auteur Camilla LACKBERG

Camilla Lackberg a accordé une interview exclusive à l’équipe de zonelivre pendant le festival Les Boréales 2012. Elle est l’auteur de La princesse des glaces et d’autres romans policiers publiés chez Actes noirs et Babel Noir.

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Photo : Zonelivre.fr

Née le 30 aout 1974, Camilla Läckberg est l’auteur suédoise d’une série de romans policiers – tous parus ou à paraître chez Actes Sud – mettant en scène le personnage d’Erica Falck et de son compagnon le commissaire Patrik Hedström.

L’intrigue se situe toujours à Fjällbacka, ancien port de pêche de la côte ouest en Suède, reconverti en station balnéaire, qui sous des apparences tranquilles cache de sordides relations humaines. Fjallbacka est le lieu ou elle a grandit.

Camilla est venue en France à l’occasion du Festival Les Boréales. Plusieurs temps forts ont eu lieu pendant les 24 HEURES CHRONO DU POLAR NORDIQUE. Le vendredi 31 novembre, elle était à la Bibliothèque d’Hérouville Saint Clair pour le débat littéraire intitulé « 1 h avec Camilla Läckberg » animée par Guillaume Lebeau. Puis le lendemain pour un autre débat intitulé « Les reines du polar suédois » en compagnie Maj Sjöwall animé par Yann Nicole (cela a été très émouvant de voir ces deux reines de générations différentes réunies). Il y a également eu deux séances de dédicaces.

Genèse de ma rencontre avec Camilla Läckberg.

Entre les conférences des Boréales, il y a également une des moments très festifs pour échanger de manière décontracté tout en dégustant les verrines au Café Pouchkine. C’est là-bas que j’ai appris une nouvelle qui m’a profondément surprise et émue. L’équipe des Boréales m’avait annoncé que j’allais pouvoir rencontrer Camilla Läckberg pour une interview. J’imaginai participer à une conférence de presse. Mais lorsque Nathalie Colleville, la chargée de communication, m’a annoncé que j’allais avoir une demi-heure en tête en tête avec Camilla Läckberg pour une interview exclusive pour zonelivre, je l’avoue je n’en revenais pas. Seule Nathalie pourrait vous décrire ma tête à cet instant précis…

Le samedi ma matinée est passée très vite en librairie. A 12h00, j’ai sauté dans le tram direction Hérouville. Arrivée sur place j’ai salué mon confrère Pierre Thomine de la librairie Eureka Street qui tenait la librairie éphémère des Boréales ainsi que la team des Boréales.

J’ai ensuite profité du soleil pour travailler sur un banc et peaufiner mon interview. La veille, j’avais assisté à la conférence menée par Guillaume Lebeau, il avait déjà posé beaucoup de questions intéressantes, de même que les lecteurs. J’ai décidé de construire une interview qui soit vraiment complémentaire pour que l’auteur n’ait pas toujours l’impression de répondre aux mêmes interrogations. Un des axes sur lesquels j’ai travaillé : comment cette jeune femme est devenue en quelques années une des « reines du crime ».

Il est un peu plus de 14h00, je me rapproche de la bibliothèque et je vois Camilla Läckberg passer avec l’équipe de france 3 et je sent une drôle de petite boule dans mon ventre. 14h30, alors que je discute avec la directrice de l’établissement et Blandine qui gère la communication, Camilla et sa traductrice Lena Grumbach arrivent.

Nous nous installons dans une salle privative. Et j’ai beau savoir que les auteurs sont des gens comme les autres, je suis un petit peu intimidée. Et ma première phrase sortira de ma gorge avec un son un peu bizarre… Mais l’ambiance est détendue, Camilla est vraiment très agréable et très pro. Elle est passionnée de romans policiers depuis l’enfance mais c’est une enfant des années 70 qui ne renie pas sa culture TV. Elle aime écrire mais elle assume la partie marketing de son travail.

J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire cette interview que j’ai eu à la réaliser. Et pur que vous puissiez vivre l’expérience comme si vous aviez été sur place, je vous ai joint également l’intégralité de la conférence de Guillaume Lebeau.

Un immense merci à toute l’équipe des Boréales sans qui ce superbe moment n’aurait pas été possible : Jérôme Rémy, Guillaume Patard-Legendre, Nathalie Colleville, Alice de Gouville et Titouan André. J’en profite pour remercier et féliciter également l’équipe de la Bibliothèque d’Hérouville pour la chaleur de leur accueil et la qualité de leur travail. Certains diront oui mais c’est leur travail mais je répondrai que tous les gens que je viens de citer le font avec passion et humilité et je trouvai cela important de le souligner. Grâce à des gens comme eux, le monde du livre à encore des belles heures devant lui.

Bonne lecture à toutes et tous.

Interview exclusive de Camilla Läckberg pour Zonelivre.fr – Bibliothèque d’Hérouville Saint Clair le samedi 01 décembre 2013

Traductrice : Lena Grumbach

Camilla Läckberg, le parcours a-t-il était long et difficile entre l’écriture de votre roman « La Princesse des glaces » et le moment où vous avez rencontré votre éditeur ?

Mon parcours est assez inhabituel. Le 03 août 2003, j’ai envoyé mon manuscrit à trois maisons d’éditions : une petite, une moyenne et une grande. 5 jours après la petite maison m’a recontacté et j’ai signé chez eux. J’ai aimé travailler avec cette maison mais le succès grandissant, j’ai dû faire appel à un agent. Et signer dans une plus grande maison. Cela m’a fait mal au coeur, j’aime être loyale mais c’était une nécessité. Ce fait peut choquer des gens qui ne connaissent pas le monde de l’édition mais l’auteur entretient toujours une « relation boiteuse » avec son éditeur. Si les ventes baissent, ce peut être l’éditeur qui abandonne son auteur.

Vous êtes de plus en plus sollicitées. Comment gérez vous vos livres et leurs promotions ?

Pendant le travail d’écriture, je ne pense qu’à l’écriture. Après vient l’aspect commercial. Il ne faut pas oublier que j’ai une formation d’économiste et de marketing et que j’ai travaillé dans ce domaine. Il y a 10 ans c’était mal vu de parler de marketing maintenant on parle plus librement. Et j’assume totalement cet aspect de ma personnalité.

Vous êtes très présente sur les réseaux sociaux, j’ai pu lire beaucoup d’informations sur votre page facebook. Que représentent pour vous ces nouveaux modes de communication ?

(rires) Twitter, je suis fan de twitter. (sa traductrice rit elle aussi : elle n’arrête pas de twitter, toute la journée, entre deux rendez-vous. Prendre des photos, les envoyer) Oui, je n’arrête pas. J’aime partager avec mes lecteurs « la vie d’un auteur ». Montrer comment se déroulent les différents festivals où ils ne peuvent pas être présents mais également ce que je mange, mes compagnons de table…. J’aime les inclure dans mon quotidien. Nous sommes des gens comme les autres. Mais si je suis consciente d’être comme « star », j’ai la possibilité d’en profiter. Donc je le fais, je m’éclate.

En Suède, vous avez participé à l’émission « Let’s dance » (Danse avec les stars, en français). Comment êtes-vous arrivée dans cette émission ? Etiez-vous déjà une danseuse ?

Non, je n’avais jamais dansé auparavant. Ils sont venus me proposer et j’ai trouvé cela plutôt fun. Je me suis entrainée, j’ai travaillé. J’avais déjà l’image dune « bad girl » dans le milieu du roman policier, je me suis dit que mes confrères allaient penser que c’était fini, qu’ils n’y avaient plus d’espoirs pour moi. (rires) Et non, j’ai même été très surprise et très émue car lors d’un salon du livre un des plus grands suédois est venu me voir qu’il me regardait tous les vendredi soirs avec sa femme et qu’il m’encourageait devant la TV.

Votre roman « L’oiseau de mauvais augure » parle des dangers de la télé-réalité (les personnages participent à l’émission « Fucking Tanum »). Pourriez-vous être une guest star dans l’émission « Big Brother » ?

C’est une émission que je peux regarder pour me détendre mais je n’ai aucune envie d’y participer. dans le même esprit, j’aime aussi regarder des « doc-téléréalistés » où l’on suit des « housewifes » (la vie au jour au jour de femmes célèbres, de people) comme « L’incroyable famille Kardashian ».

Et mon mari Martin, qui est policier, est également le premier gagnant de l’émission « Robinson » (équivalent de Koh Lanta en France).

Pour en revenir à des sujets plus sérieux. Les thèmes de l’enfant délaissé, volé à sa mère, adopté, la non-communication entre parents et enfants semblent vous tenir à coeur ?

Je suis une maman tout simplement. Je suis très inquiète de ce qui pourrait leur arriver. Cela permet d’extérioriser.

J’ai vu que vous participez activement à la lutte contre le cancer (Swedish Children Cancer Fondation). Ce combat est important pour vous ?

Oui, là encore, je suis une maman. Et c’est important de les aider. Je collabore a « make a wish fondation ». (Cette fondation aide les enfants gravement malades à réaliser leur rêve)

Les remarques de vos lecteurs sont-elles importantes pour vous ?

J’écris pour que les gens puissent se distraire. Cela me fait plaisir t’entendre que les personnes aiment lire mes histoires (Je venais de souligner le plaisir que j’avais à retrouver ses personnages, le sentiment d’être le voisin invisible qui aime retrouver les personnages, les voir grandir, évoluer. L’effet évasion et détente, j’ai lu ses romans pendant un moment difficile et lorsque je les ouvrais, je partais directement pour la Suède et j’oubliais tout le reste). J’aime faire des portraits, décrire atmosphère de la ville. En Espagne, j’ai rencontré une journaliste très enthousiaste. Elle habitait un petit village espagnol et elle avait l’impression que mes romans se déroulaient chez elle, elle retrouvait tous les codes d’une petite ville où tout le monde se connait, avec son port.

Je pense que ce qui plait dans mes romans c’est ce mélange d’exotisme (pour vous) et les codes de « la vie de monsieur et madame tout le monde ».

Quel but poursuivez-vous dans vos romans ?

J’essaye d’expliquer pour quoi les choses se passent. C’est intéressant de montrer la psychologie des gens qui sont bons mais qui peuvent en même temps avoir une partie sombre chez elle. J’essaie de savoir d’où cela peut venir.

Vos romans sont adaptés en série TV, quelles sont vos séries TV préférées ?

Esprits Criminels. CSI. La loi et l’ordre. Morse.

Pour finir plus en légèreté, vous êtes l’égérie de la marque de joaillerie Sahara Silver, pouvez-vous nous en dire plus ?

C’est un de mes meilleurs amis qui a créé la société. Et j’aime les belles choses et j’ai la grande chance de pouvoir en profiter. Alors pourquoi m’en priver ? (Camilla portait justement ces bijoux et j’ai pu les admirer de plus près. Très sympa. C’était la minute girly)

Une demi heure cela passe très vite. Mais j’avais vraiment eu le sentiment d’avoir vécu un moment privilégié. J’ai pris Camilla Läckberg en photo pour illustrer cet article. Et chose rare je l’avoue, j’ai posé à côté d’elle pour marquer ce beau moment. Lorsque j’ai descendu les marches et que j’étais dans le même état qu’après un excellent concert, un peu groggy. J’ai posé mes affaires et je me suis retrouvée face à face avec quelqu’un dont le visage m’était loin d’être inconnu. Et je me suis donc retrouvée à parler des Boréales et de Camilla Läckberg avec… Rodolphe Thomas, le maire d’Hérouville ! (lieu où se déroulait cette manifestation). Avant qu’il ne parte à son tour échanger quelques mots avec elle. Pour résumer, une journée merveilleuse et hallucinante et j’espère avoir pu vous transmettre un peu de la joie que j’ai eu à vivre cet instant.

Merci à Camilla Läckberg de nous avoir accordé cette interview. Merci à Lena Grumbach d’avoir traduit nos propos. Et merci à toute la merveilleuse team des Boréales de m’avoir permis de vivre un tel moment et d’avoir eu envie que les lecteurs de zonelivre puissent avoir une interview exclusive de cette auteur.

Retrouvez la chronique de son premier roman La Princesse des glaces :  Tome 1 d’Erica Falck

1H AVEC CAMILLA LACKBERG – Débat littéraire animé par Guillaume LEBEAU à la Bibliothèque d’Hérouville Saint clair le vendredi 31 novembre 2012 à 22h03.

Traductrice : Lena GRUMBACH

Guillaume LEBEAU rappelle que Camilla LACKBERG est l’auteur suédoise la plus lue au monde avant même Henning Mankell. Malgré un monopole anglo-saxon, le roman policier séduit de plus en plus de lecteurs. Ses romans sont également adaptés en série TV.

Camilla Läckberg, comment avez-vous commencé à écrire ?

(Quelques mots en français qu’elle a appris il y a 20 ans). J’ai toujours rêvé de devenir écrivain. Mais je ne pensais pas que cela pouvait devenir une réalité. Au lieu de ça, je suis devenue économiste. J’ai fait un cours d’écriture en 1998, j’ai eu une sorte de déclic, j’ai écrit ce qui allait devenir « La princesse des glaces ». J’ai passé deux ans à écrire en parallèle de mon métier d’économiste.

Le père noël a-t-il vraiment tué sa femme ?

J’ai toujours rêvé d’être écrivain. A quatre ans, mon père écrivait et je faisais des dessins. J’ai toujours eu un côté morbide en moi.

Policier. Un genre qui vous convenait ?

J’ai toujours aimé cette littérature. Si je voulais devenir écrivain c’est pour écrire des polars. En Suède, les écrivains de polars devaient avoir un message social. Mais pour moi celan’a jamais été primordial. Le plus important à mes yeux est de donner du divertissement aux lecteurs. Il y a forcément un peu de mes opinions dans mes écrits.

Erica Falck, c’est vous ou c’est une autre ?

Au début je ne voulais pas du tout qu’elle me ressemble c’est pourquoi je l’ai faite grande, blonde. Mais au fur et à mesure, je me suis aperçue que c’était plus intéressant d’être avec des choses que je connaissais.

Mon premier mari était économiste. Le second est policier. J’ai donc un expert à la maison. Je suis amie avec d’autres auteurs de romans policiers. Elles me disent que c’est pas loin du dopage. Je leur répond « il faut ce qu’il faut pour écrire de bons romans policiers. Vous pouvez vous procurer le vôtre » (rires)

Avez-vous déjà été impliquée dans une affaire criminelle ?

Non, non, je reste toujours dans le cadre de la loi. Je ne conduis jamais trop vite. J’ai très peur de la police.

Avoir autant de succès si jeune, effrayant, excitant ?

Avoir du succès c’est fantastique tout simplement. Grâce à ce succès j’ai pu passer des moments inoubliables. J’ai pu voyager, j’ai partagé à l’émission « Let’s dance ». Je me suis entrainée pendant 15 semaines à raison de 7 heures par jour.

Pouvez-vous m’apprendre à danser le mambo ?

Plus tard (rires)

Avez-vous une explication vis à vis du succès du roman policier suédois.

Tout a commencé avec Martin Beck dans les années 1960, le héros de Sjöwall et Wahlöö. Ils ont mis la barre bien haut. Je compare cette chose avec le tennis : Björn Borg a été un grand joueur. Beaucoup de suédois se sont mis au tennis. Et nous avons eu d’autres grands joueurs.

Quels sont les ingrédients d’un bon roman policier ?

C’est difficile. Mes livres par exemple n’ont rien à voir avec ceux de Stieg Larsson. Quelques petits tuyaux : il faut un livre où on ne peut pas s’arrêter de tourner les pages. Il faut aimer ses personnages.

Pourquoi avoir choisi Fjällbacka comme décor ? Je suis allé la-bas et ce lieu ressemble à un Saint Tropez suédois avec sa jeunesse dorée. Bien loin des crimes.

Fjällbacka est ma ville natale, j’y ai grandi. Ma mère y habite encore. C’est tout petit 1000 habitants. Comme j’aime beaucoup les contrastes, j’ai mis des crimes dans cette ville si accueillante. Et puis par feignantise, je connais bien la ville, c’était facile de la décrire.

J’étais inquiète de la réaction des habitants. J’avais peur d’être roulée dans le groudron et les plumes (rires). Les gens sont très contents, ils me demandent de mettre un cadavre dans leur jardin.

Vos romans ont été adaptés en films pour la TV qu’en pensez-vous ?

Les 4 premiers ont été adaptés mais je ne suis pas tellement satisfaite.

Une nouvelle adaptation est en train d’être faite et je suis très contente. On va tourner 10 longs métrages pour la TV inédits avec Erica et Patrick. Plus 2 films pour le cinéma dont « L’enfant allemand ». Grâce à eux, j’ai été invitée deux fois au festival de Cannes. Les stars sont superbes.

Où sont-ils tournés ?

Je suis très fière, ils sont tournés dans les studios Läckberg. (Il n’y avait que Mankell à avoir ses propres studios). J’ai pu faire une apparition à la Hitchcock.

Des lecteurs ont-ils des questions à poser à Camilla ?

Lectrice : Les studios sont-ils suédois ou internationaux ?

Les tournage sont suédois mais il y a une collaboration avec des sociétés internationales.

J’aimerai beaucoup Georges Clooney dans le rôle de Patrik (rires) ou pourquoi pas Gérard Depardieu (rires)

Lecteur : Etes-vous en train d’écrire un prochain roman ?

Le prochain va sortir en Suède en 2014. Il s’intitulera « Le dompteur de lion ». Je trouve d’abord mes titres, les histoires viennent ensuite.

Le tome 7 sortira en France en juin 2013 et il s’intitulera « Le gardien de phare »

Lecteur : Actes Noirs a été créé pour Millenium ? Il y a juste des romans policiers nordiques ?

Réponse de Guillaume Lebeau : Non (Désolée, j’ai écouté l’explication de Guillaume mais je n’ai pas pris de notes à ce moment là. Début de crampe dans la main car c’était la troisième conférence à laquelle j’assistai tout en prenant des notes, vous verriez mon écriture dans mon carnet …)

Lectrice : Quels acteurs choisiriez-vous pour interpréter vos personnages dans une version hollywoodienne ?

George Clooney pour le personnage Patrik avec bien entendue il y aura une scène où une figurante devra le draguer : moi (rires)

Renée Zellweger (qui a joué Bridget Jones) pour le personnage d’ Erica

Intervention du directeur de la collection Actes Noirs.

Les couvertures de la collection Actes Noirs ont été faites en hommage à la Série Noire de Gallimard (médaillons jaunes.)

Lecteur : Quel est votre processus d’écriture ?

Chaque livre est écrit dans un ordre chronologique et exact. Je découvre l’histoire au fur et à mesure de l’écriture. Je ne connais que 2% de l’histoire en commençant le roman. Ce qui m’amuse beaucoup, c’est d’entrer dans la peau du personnage.

Lectrice : Pourquoi faire des livres d’enfants éloignés de l’univers d’Erica et de Patrik ?

Le Livre est né un peu avec mon petit dernier Charlie. Il a 4 grands frères et soeurs (j’ai eu deux enfants lors de mon premier mariage et mon époux a eu aussi deux enfants). Pour qu’il soit bien armé pour affronter les plus grands, j’ai raconté aux ainés que ce n’était pas un bébé habituel, qu’il avait de supers pouvoirs. Je pense qu’il faut que je garde l’argent des livres pour permettre à Charlie de suivre une thérapie plus tard (rires).

Lecteur : Comment vont évoluer les personnages ?

Tant que ça m’amuse d’écrire sur ces personnages, je continuerai. Personnellement j’ai du mal à comprendre les auteurs qui savent combien ils écriront de livres. Je sais juste ce qu’il va arriver dans les livres. Mes meilleurs amis sont des personnages de romans et j’aime passer du temps avec eux. Lorsque j’ai divorcé en Suède, les lecteurs demandaient qu’Erica et Patrik ne divorcent pas. Et je me suis engagée à respecter cette promesse.

Lecteur : Comment avez-vous le titre sans connaitre le contenu du roman ?

Pratiquement je trouve le titre et il m’amène l’histoire. C’est assez inhabituel mais je n’arrive pas à travailler autrement.

Lecteur : Pourquoi sur le tome 1 La Princesse des glaces, il y a une photo d’une blonde et d’une brune ? J’ai cru qu’Erica était brune comme vous.

Je n’ai pas un mot à dire sur les couvertures. Je les découvre, parfois je ne comprends pas trop. J’aime beaucoup les couvertures d’Actes Sud.

Lecteur : Est-ce que c’est vous qui écrirez aussi les scénarios des téléfilms ? Est-ce plus agréables à écrire ?

Je ne les écris pas mais je les suis. J’ai mon mot à dire. Ce que j’aime beaucoup la vie quotidienne de Patrik et d’Ercia.

Il y a parfois des éléments qui surprennent les distributeurs étrangers : « mais qui c’est, cet(te) espèce de nounou ? » en parlant de Patrik. En effet le congé parental partagé entre le père et la mère est très courant en Suède, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays.

Lecteur : Avez-vous une autre série qui se cache quelque part ?

Pour l’instant j’ai tellement de plaisir à écrire les histoires d’Erica et de Patrik. Quitte à les accompagner jusqu’à la maison de retraite (rires). J’ai également écrit en parallèle deux livres pour enfants (un tome publié en France pour l’instant), et deux livres de cuisine (un vient de sortir en France en octobre 2012)

FIN DE LA CONFERENCE. Le public se lève pour se rendre à la dédicace.

Interview des auteurs Lotte et Soren HAMMER

Lotte et Søren Hammer sont frère et sœur. Phénomène au Danemark, déjà vendu dans quinze pays, Morte la bête est leur premier roman policier, et le début d’une série centrée sur l’inspecteur Konrad Simonsen et son équipe. Il est publié en France dans la collection Actes Noir.

Lotte et Soren HAMMER

Lotte et Søren Hammer sont frère et sœur. Phénomène au Danemark, déjà vendu dans quinze pays, Morte la bête est leur premier roman policier, et le début d’une série centrée sur l’inspecteur Konrad Simonsen et son équipe. Il est publié en France dans la collection Actes Noir.

Quelle est la genèse de votre roman ? Est-ce basé sur un fait divers qui a un lieu au Danemark (envoi de mails massifs concernant la pédophilie) ?

Non, ce livre n’est pas né d’un fait divers. Il est né de notre envie conjointe de parler d’un thème fort l’auto-justice versus une société de droit. Avec le crime qui leur paraissait le plus cruel : la pédophilie (Soren précise que le génocide est également un crime d’une cruauté sans nom).

En filigrane dans le roman, on peut voir apparaitre les personnages de la mythologie greco-romaine Les Erinnyes (ou  » Euménides ou Furies : Ce sont les divinités infernales chargées d’exécuter sur les coupables la sentence des juges. Elles doivent leur nom à la fureur qu’elles inspirent. Ministres de la vengeance des dieux, elles ont dû exister dès l’origine du monde : elles sont vieilles comme le crime qu’elles persécutent, comme l’innocence qu’elles s’efforcent de venger… Les plus connues des Furies, les plus souvent citées par les poètes sont Tisiphone, Mégère et Alecton. »*)

Le clin d’oeil apparait clairement à la page 289 :  » Elle était enfant et jouait au ballon, et c’était important. Karen, Maren, Mette boum, Anni, Anne, Anette boum, Kylle, Pylle, Rylle boum, Bente boum. Les comptines étaient faciles, même la nouvelle, ALECTO, MEGERE, TISIPHONE boum, Némésis boum…. ». Ces indications ont du être données au traducteur pour surtout ne pas effacer ce film presque invisible mais tellement important aux yeux de Lotte et Soren.

Soren, Lotte, vous êtres frère et soeur, est-ce que lorsque vous étiez enfants vous avez imaginé ensemble des histoires ?

Non, pas du tout. La vie nous a séparé. Et ce sont nos retrouvailles il y a 7 ans qui ont donné naissance à ce roman…

Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

Au début c’était juste un projet rigolo qui est né lorsque Soren est venu s’installer dans la maison familiale. Il s’est installé au deuxième étage. Et à l’occasion de « ses retrouvailles », nous avons imaginé une histoire. Et c’est poussé par nos filles que nous avons décidé de le proposer à un éditeur. Cela a été un peu difficile au début. L’éditeur chez lequel nous sommes maintenant reçoit plus de 6000 manuscrits par an et il ne publie que 1 à 2 débutant(s) par an. Le texte initial faisait plus de 1000 pages avec toutes les erreurs possibles que peuvent commettre des débutants (rires), mais on nous l’a retourné avec des notifications constructives. Nous avons travaillé sur ce manuscrit à plusieurs reprises. Et c’est lors de l’entretien avec l’éditeur que « l’essai » a été concluant. Et maintenant nous sommes publiés dans plus de 15 pays.

« Morte la bête » est écrit à quatre mains, comment avez- vous procédé ?

Nous avons beaucoup parlé. Nous avons préparé une intrigue détaillée. Chacun a écrit des scènes particulières et à la fin c’est Soren qui a repris tout le texte pour que le roman ait toujours le même ton.

Il y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ?

Lotte : L’inspecteur Konrad tient beaucoup de mon mari même si il n’aime pas m’entendre dire cela (rires) : il a vraiment tendance à trop manger, trop fumer… et peut-être également de Soren, côté fumeur… (rires)

Quels lecteurs êtes-vous ?

Lotte :  » Je suis infirmière et je lis des romans policiers. Soren est instituteur, il lit de la « bonne littérature » (rires du frère et de la soeur), c’est à dire de la littérature blanche.

Soren : « Je suis fan de Gunter Grass »

Lotte et Soren : « Nous sommes tous les deux des grands admirateurs de Sjöwall et Wahlöo, les deux pères fondateurs du roman policier suédois)

Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Nous avons été très touché suite à la sortie de notre roman car nous avons reçu beaucoup de courriers, de témoignages, de poèmes de personnes qui avaient été victimes de pédophiles.

Quels sont vos projets ?

Nous sommes en cours d’écriture d’un nouvel opus de la série (le cinquième)

Merci d’avoir pris le temps de répondre à ces questions pour Zonelivre

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Interview réalisée le 17 novembre 2011 à la FNAC de CAEN à l’occasion de la venue des auteurs dans le cadre du festival LES BOREALES. Merci à Lotte et Soren HAMMER pour leur gentillesse et leur disponibilité pour cet entretien qui s’est déroulé en anglais, en danois et en français. Très sympathique, ces passages d’une langue à l’autre car parfois même les émotions passent même si on a pas encore compris le sens des mots. Et j’en profite pour remercier également Anne-Charlotte STRUVE pour son travail de traductrice.

Remerciements également pour Jérôme Rémy, directeur artistique du festival Les Boréales pour sa présence malgré un programme des Boréales très chargé et pour Nadine Phelippe, chargée de communication de la FNAC de Caen, qui m’a permis profiter pleinement de cet événement.

* la notification sur les Erinnyes est extraite de l’excellent guide de mythologie grecque et romaine de COMMELIN (à avoir dans votre bibliothèque. Il m’accompagne depuis l’enfance, m’a était très utile pendant toutes mes études notamment universitaires. Et c’est encore mon guide de référence aujourd’hui)