Ann ROSMAN : La fille du gardien de phare

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Suede
Ann ROSMAN - La fille du gardien de phare-
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  • Éditions Balland en septembre 2011
  • Éditions Le Livre de Poche le 14 novembre 2012
  • Traduit par
  • Pages : 432
  • ISBN : 9782253161486
  • Prix : 7,60 €

Présentation de l'éditeur

Les cloches de l’église de Marstrand appelaient à l’office dominical de dix heures trente, mais on ne les entendait pas sur Hamneskär où deux maçons polonais venaient de se mettre au travail. Ils s’échinaient à réparer une cloison dans l’ancien cellier lorsque, soudain, elle s’effondra. On aurait dit que le mortier n’avait plus la force de porter le lourd secret que la bâtisse gardait depuis si longtemps. Le mur éventré révéla une autre pièce ayant jadis appartenu à la famille du gardien de phare. Dans la pénombre gisait un corps humain. Son visage était tourné vers ses visiteurs comme s’il les avait attendus. Les Polonais poussèrent un cri avant de se signer en toute hâte.

Notre Avis

La fille du gardien de phare, Fyrmästarens Dotter en version originale parue en 2009, a été publié en 2011 par les éditions Balland, collection « Littérature étrangère ». Le style est fluide, dans un langage courant sans effet particulier, car seule compte l’histoire racontée.

La construction du récit se fait sur deux niveaux chronologiques: flashs-back revenant sur certains événements de la vie de Siri survenus en 1962-1963 enchâssés dans le présent, printemps 2009, sous forme d’allers-retours.

Le thème principal évoque la position de la Suède pendant la Seconde Guerre Mondiale.

L’intrigue

Au cours de travaux de réfection de l’ancien phare, les ouvriers découvrent un corps dissimulé dans une pièce scellée dans la cave, sur l’île de Hamneskar. Malgré le silence imposé par le conducteur des travaux, les deux hommes informent la police de leur trouvaille.

Carsten Heed confie l’enquête à Karin Adler, jeune recrue arrivée depuis peu dans les services de la Crim après avoir travaillé quelques années à Police Secours. Dès lors, les difficultés s’annoncent: ce week-end de printemps ayant été violent, le cadavre découvert n’est pas une priorité pour le service médico-légal de l’hôpital, mais Karin sait se faire entendre.

Finalement, il s’avère que l’homme retrouvé a été tué une quarantaine d’années plus tôt, en 1962, voire 1963. Mais pourquoi l’avoir emmuré ? Pourquoi ne pas l’avoir jeté à la mer ? Malgré la mise au jour d’un début de piste en la personne de Putte, capitaine de bateau, à qui son ami de jadis Karl-Axel a laissé une énigme sous forme d’une sorte de chasse au trésor découverte dans un vieux manuscrit, le commissaire clôture l’enquête, estimant qu’ils ont des affaires plus urgentes à traiter que cette vieille histoire. Mais les événements vont donner raison à l’opiniâtreté de Karin.

Les lieux

L’action se déroule sur deux lieux principaux: la petite ville de Marstrand, bien connue de l’auteure car elle y réside. C’est une habitude assez courante chez les auteurs scandinaves, particulièrement suédois, que de situer l’action de leurs romans dans leur lieu de vie : plus de réalisme, d’ancrage dans la réalité qui donne à ces romans des allures de chroniques de presse.

Ainsi, Marstrand, petite ville « aux maisons de bois aux teintes pastel alignées le long du quai constitué de gros rochers », abandonnées pendant l’hiver, prend l’apparence d’une ville fantôme, avec ses ruelles sombres, posant un décor très « cinéma » d’ambiance. « Depuis la rue pavée Langgatan jusqu’à la place du peuplier argenté, on voyait non seulement la mairie, mais aussi l’arrière du bâtiment du Club et, immédiatement sur la droite, la mer et le port septentrional. Quand on tournait le dos à la place, on pouvait, en penchant la tête et en levant les yeux, voir la colline sur laquelle trônait la forteresse de Carlsten. »

Îlot de Paster Noster où le cadavre a été découvert: petite île à quelques encablures de Marstrand, inhabité depuis que le phare n’est plus en service. En fait, c’est le phare qui s’appelle Paster Noster, le nom de l’îlot étant Hamneskar, ne mesurant guère plus de deux cent cinquante mètres de long sur cinquante mètres de large. « L’îlot était petit et aride, les criques emplies de rochers polis. Près du port, à l’abri de l’habitation du gardien de phare, quelqu’un avait érigé un muret de pierres rondes, à l’intérieur duquel se trouvait le seul lopin de terre de l’îlot. Chaque fissure était soigneusement colmatée pour retenir la précieuse terre qui devait avoir été apportée par bateau. »

Cette particularité géographique implique des conséquences directes sur l’enquête dans la mesure où, pour se rendre sur les lieux où le cadavre été découvert, Karin et les policiers de la police scientifique doivent emprunter le ferry, compliquant singulièrement leur tâche.
Ambiance: La fille du gardien de phare est d’abord un roman d’ambiance dont les nombreux détails donnent le ton :

« Les événements de la matinée les avaient tous les deux secoués. Lentement, ils firent le tour de l’église aux murs blancs crépis pour se dégourdir les jambes. Les hirondelles effectuaient des manœuvres périlleuses autour du clocher. Le gravier soigneusement ratissé crissait sous les semelles usées de leurs chaussures de travail. » (Page 15).

Comme souvent dans les polars scandinaves, le climat participe pleinement à la mise en oeuvre du décor dans lequel évoluent les enquêteurs et autres personnages, rendant les choses plus difficiles pour les uns, plus faciles pour les autres :

« C’était une pluie typique de Göteborg avec de fines gouttes froides qui se rapprochaient davantage du brouillard que de l’averse. Ces gouttelettes s’infiltraient partout et vous glaçaient jusqu’aux os. » (Page 27).

En conclusion

D’emblée, dès les premières pages, je me suis laissée séduire par la plume subtile d’Ann Rosman, forte et délicate à la fois, imprimant au récit un souffle parfois épique, un rythme soutenu grâce auquel on ne s’ennuie pas une seconde, malgré les quatre cent trente pages. Les quelques scènes d’action, le suspense, les lieux confèrent à ce roman une personnalité attachante.

Le + : les détails nombreux, disséminés çà et là, dans les recoins les plus reculés du récit, lui donnent l’authenticité de la banalité des petites choses de la vie quotidienne, formant un écrin pour la situation exceptionnelle que constitue la découverte d’un cadavre emmuré depuis plus de quarante années. La psychologie des personnages permet au lecteur de suivre les pensées, les doutes, les questionnements des différents protagonistes, les rendant plus humains, plus accessibles.

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