Audur Ava OLAFSDOTTIR : Rosa candida

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Islande

INFOS ÉDITEUR

Rosa candida - audur ava olafsdottir

Parution aux éditions Zulma en aout 2010

Parution aux éditions Points en 2012, aout 2016

Parution aux éditions Zulma Poche en mai 2015

Traduit par Catherine Eyjólfsson

Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C’est là qu’Arnljótur aura aimé Anna, une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.

Rosa Candida a été récompensé par le Prix Page des Libraires 2010 (Europe), le Prix des libraires du Québec (Roman hors Québec) et le Prix des Amis du Scribe 2011.

(Source : Zulma – Pages : 336 – ISBN : 9782843045219 – Prix : 20,30 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Audur Ava Olafsdottir est une romancière islandaise née en 1958 à Reykjavik. Elle est professeur d’histoire et d’art à l’université d’Islande, et directrice du Musée de la dite université. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences.

Rosa Candida est son troisième roman traduit en français par les éditions Zulma en 2010. Ecrit à la première personne, le récit est raconté par le narrateur et personnage principal, Arnljotur Thorir, surnommé Lobbi.

Le roman se construit autour des souvenirs qui se mêlent au présent, tissant la toile de la vie de Lobbi, au fur et à mesure du cheminement de ses pensées, de ses questionnements, des jours qui passent avec rencontres et petits tracas jusqu’à sa destination finale, lieu où tout commence, ce qui explique le rythme lent de la narration…Lent mais jamais ennuyeux !!. Avec disséminées çà et là de petites touches d’humour attendrissant, notamment ses éternelles questions par rapport à sa vie sexuelle.

L’auteur donne de nombreux détails concernant les vêtements des personnages et ce qu’ils mangent, notamment les recettes de cuisine de sa mère qui occupent une place assez importante, le tout raconté au présent, ce qui permet au lecteur de s’insérer aisément dans l’histoire de Lobbi; un peu comme si on cheminait à ses côtés, main dans la main, comme une sorte d’ange gardien…

Thèmes :

L’amour est le pivot de ce roman: en premier lieu, l’amour paternel sous différents aspects, mais aussi l’amour des plantes, des jardins, de la cuisine, avec l’amour maternel en filigrane.

La paternité :

Rosa Candida est avant tout un roman d’amour paternel selon deux points de vue différents: l’amour protecteur que le père de Lobbi, homme presque octogénaire, démontre à son fils: les nombreux conseils qu’il lui donne pour se nourrir, pour sa vie quotidienne ( notamment ses besoins d’argent qui semblent être une préoccupation majeure du vieil homme), comme s’il cherchait à remplacer la mère décédée quelques mois plus tôt. C’est un amour bienveillant, léger.

Puis il y a l’amour que Lobbi se surprend à éprouver pour sa petite fille âgée de quelques mois: il est aussi doux et prévenant qu’une mère; il l’habille, joue avec elle, la baigne, la promène avec une patience d’ange et beaucoup de tendresse. Il lui parle avec douceur ou fermeté, comme à une grande personne.

Mais il ne faut pas oublier l’amour maternel: la relation privilégiée que Lobbi entretenait avec sa mère: « Je ne nie pas que maman et toi, vous aviez votre univers, dont ni moi, ni Josef ne faisions partie. Peut-être qu’on n’était pas capable de le comprendre. » (Page 20). Malgré qu’elle soit décédée, la mère de Lobbi continue d’occuper la place privilégiée qui était la sienne au sein de son foyer, comme l’atteste cette phrase qui revient souvent dans le récit, un peu comme un refrain: « Ta mère n’aurait pas voulu entendre parler d’autre chose. » La messe est dite…

L’intrigue :

Arnljotur, jeune islandais surnommé Lobbi, quitte la maison familiale et sa terre natale de lave et de glace, son vieux père âgé de 77 ans et son frère jumeau autiste, pour se rendre sur le continent dans un endroit non précisé afin de reprendre en main la roseraie et le jardin d’un monastère renommé. Car Lobbi veut devenir horticulteur. Sa mère, avec laquelle il a passé de longues heures de son enfance dans sa serre,  lui a transmis son amour des plantes et du jardinage. Le jeune homme emporte dans ses bagages l’amour et la sollicitude bienveillante de son père, l’affection de son frère, le souvenir bien présent de sa mère disparue bien prématurément, une photo de sa petite fille âgée de quelques mois et trois boutures de Rosa Candida, nom d’une variété rare de rose à huit pétales.

Après un voyage de plus de 2000 kilomètres, il arrive dans un coin perdu du continent où les gens parlent un patois inconnu, dans un village dont la moyenne d’âge est élevée, pour découvrir le jardin du monastère totalement à l’abandon depuis de nombreuses années. Mais Lobbi ne se décourage pas. Car il pense avoir trouvé son havre de paix où il pourra réfléchir en paix au sens qu’il veut donner à sa vie, dans une quête personnelle pour tenter de se mieux se comprendre et se connaître. C’est alors qu’il reçoit d’Anna, amante occasionnelle et mère de sa fille, une lettre qui va changer la donne…

Les personnages :

  • Arnljotur Thorir: surnommé Lobbi, jeune homme âgé de 22 ans, roux, teint pâle; né à 23 heures.
  • Le père de Lobbi: vieil homme âgé de 77 ans, veuf; électricien à la retraite. Bon, aimant, conseille son fils mais respecte ses choix, même s’il ne les approuve pas.
  • La mère: décédée mais très présente dans le récit, comme une fée bienveillante; beaucoup plus jeune que son mari.
  • Josef: frère jumeau de Lobbi, autiste; petit, teint mat, cheveux foncés, ne ressemble pas du tout à son frère; né deux heures après Lobbi, le lendemain à 1 heure du matin. Vit dans un institut mais passe tous les week-ends chez son père.
  • Anna: mère de sa fille; ils ne sont pas en couple. Fait des études de sciences.
  • Thorgunnur: amie de Lobbi chez laquelle il fait une halte de quelques jours après son opération de l’appendicite.
  • Frère Thomas: abbé du monastère où travaille Lobbi; homme un peu fantasque mais très gentil avec Lobbi qu’il prend sous son aile; cinéphile averti, possède plus de 2000 cassettes vidéo.

Les lieux, les ambiances :

Comme dans les contes, l’auteur ne donne aucun indice permettant de déterminer les endroits précis où les personnages évoluent. Ce qui ne l’empêche pas de jalonner le roman de détails concernant les différentes étapes du voyage de Lobbi.

• Le nouveau quartier où se trouve la maison familiale :

« c’était une zone dénudée avec des plaques de terre en friche et des rochers entourés de cailloutis érodés. Partout de nouveaux bâtiments ou des fondations à moitié remplis d’eau jaunâtre. Les buissons bas et clairsemés n’arrivèrent que bien plus tard. Le quartier donnait sur la mer, il y avait presque toujours du vent. »

• La route :

« la route serpente, méandre après méandre, des arbres des deux côtés » => Symbolique de la forêt, passage initiatique, comme dans les contes: « Les forêts peuvent être dangereuses aussi, elle abritent des ours et des loups et même des brigands; un crime est sans doute en train de se commettre dans les fourrés à deux pas, dont on lira le compte-rendu dans le journal régional du lendemain. Et puis les jeunes filles qui font du stop peuvent facilement être les complices de tout un gang de voleurs: une fois qu’on a arrêté la voiture, la bande surgit des buissons voisins. » (version moderne du Petit Chaperon Rouge).

• Le monastère :

« l’endroit n’est pas marqué sur la carte, mais il me semble que la route du pèlerin prend fin non loin de là. »… »Le village est construit sur une éminence rocheuse et j’aperçois tout de suite le monastère, au sommet du rocher. Cela paraît invraisemblable que l’on puisse trouver là-haut un jardin qui figure dans tous les manuels consacrés à la culture des roses depuis le Moyen-Age. » (Page 141).

• Le jardin :

« Le monastère est accessible à pied, tout en haut de la colline; un sentier assez raide y monte depuis le village. Qui aurait pu s’attendre à trouver une roseraie en un tel endroit, bien au-dessus du niveau de la mer et au sommet d’un rocher? Je ne vois pas le jardin aussitôt, car il est enfermé sur trois côtés par les murs du monastère, le seul côté ouvert donnant sur le village. En contrebas, il y a aussi des coteaux couverts de vignes qui assurent la production de vin des moines (…) La plus célèbre roseraie du monde n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était, comme frère Thomas me l’avait d’ailleurs répété trois fois. Dalles et sentiers sont ensevelis sous les mauvaises herbes, les rosiers des plate-bandes se sont emmêlés inextricablement. » (Pages 158-159).

Mon avis :

Rosa Candida est un hymne à la vie, à l’amour, à la bonté de l’homme; une vision un peu naïve mais tellement rafraîchissante. Ce conte moderne évoque la quête initiatique d’un jeune homme naïf et bon, mais également déterminé à découvrir qui il est, le sens de sa vie…Une bouffée d’air frais et pur dans un monde en pleine déliquescence dans lequel tous les repères auxquels se rattacher sont floutés. D’ailleurs, le mal qui ronge le monde n’est pas exempt de ce roman; simplement l’auteur propose une alternative différente, une autre façon de s’y faire une place, d’envisager sa propre destinée.

Envie de vous ressourcer, d’entreprendre un voyage initiatique plein d’imprévus, de rencontrer des personnages aimants, bienveillants et enclins à l’entraide, ou tout simplement de passer un très agréable moment de poésie et de douceur, je vous recommande très vivement la lecture de ce petit joyau…

Citations :

« J’ai tendance à croire que l’homme est, par nature et en gros, bon et honnête si les circonstances le permettent et que les gens s’efforcent généralement de faire de leur mieux. »

« Ceux qui arrivent à entrer un court instant dans la vie des autres peuvent avoir plus d’influence que ceux qui y sont installés depuis des années; j’ai déjà fait l’expérience de ce que le hasard peut être sournois et lourd de conséquences. » (Page 136)

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