Erik Axl SUND : Les visages de Victoria Bergman

2
4233
Suede

visages-victoria-bergman-erik-axl-sund-

Sous ce nom de plume se trouve le duo Jekker Eriksson et Hakan Axlander Sundquist.

Acclamés par la presse suédoise, vendus dans plus de trente pays, les trois volumes de Visages de Victoria Bergman s’imposent comme la nouvelle référence du polar scandinave.

Erik Axl Sund entame une plongée vertigineuse dans les tréfonds du psychisme humain et signe un polar brut et rageur qui remet l’urgence au coeur du genre.


Tome 1 – Persona

visages_de_Victoria_Bergman_01_persona

Parution aux éditions Actes Sud collection Actes noirs en octobre 2013

Parution aux éditions Babel le 12 novembre 2014

Traduit par Rémi Cassaigne

(Source : Actes Sud – Pages : 480 – ISBN : 9782330032777 – Prix : 8,90 €)

L’AVIS DE MARIE H.

Persona est le premier volet d’une trilogie intitulé « Les visages de Victoria Bergman » dont la lecture est tout aussi addictive que le fut en son temps celle de Millenium par Stieg Larsson. Il sera suivi par Trauma et Catharsis, publiés en 2014, chez Actes Sud.

Ce premier tome campe deux personnages féminins forts : Jeanette Kihlberg, une femme flic qui voit sa vie de couple s’effondrer et la troubalnte Sofia Ztterlund, psychothérapeute qui traite deux patients qui présentent des signes de personnalités multiples, Victoria Bergman et Samuel Bay, un enfant soldat de Sierra Leone. Ces deux femmes vont se rencontrer dans le cadre d’une série de meurtres alors que l’enquête piétine : de jeunes garçons sont sauvagement mutilés, émasculés et momifiés dans la ville de Stockholm.

Le titre n’est pas sans évoquer le célèbre film éponyme d’Ingmar Bergamn qui mettait face à face Elizebeth Volger et son infirmière dans une troublante relation. Mais au silence d’Elizabeth, les auteurs du livre préfèrent la logorrhée de Victoria Bergman, la patiente de Sofia, qui souffre de troubles liés à un profond traumatisme subi pendant son enfance : « Combien de souffrance un être humain peut-il infliger aux autres avant de cesser lui-même d’être un être humain et de devenir un monstre ? »

D’origine latine, le mot persona signifie « parler à travers » : le titre prend, en effet, tout son sans dans le face à face entre Sofia et Victoria. Qui est véritablement Victoria Bergman ? Qui parle à travers elle ?

Marie H.


Tome 2 – Trauma

Erik Axl SUND : Les visages de Victoria Bergman - 2 - TraumaParution aux éditions Actes Sud collection Actes noirs en février 2014

Parution aux éditions Babel Noir en mai 2015

Traduit par Rémi CASSAIGNE

(Source : Actes Sud – Pages : 472 – ISBN : 9782330027728 – Prix : 23,00 €)

L’AVIS DE MARIE H.

Les morts s’accumulent dans Trauma, le second volet de la trilogie d’Erik Axl Sund, dans des mises en scène toujours aussi impressionnantes. La commissaire Jeannette Kihlberg, tout juste séparée de son mari, peine à se remettre de l’étrange disparition de son fils. Ce dernier ne se souvient de rien.

Chargée des meurtres qui se succèdent et malgré les ordres de sa hiérarchie, elle n’abandonne pas ses recherches sur les sans-papiers assassinés (Persona). Affectivement, elle se rapproche de la psychothérapeute Sofia Ztterlund à qui elle demande d’établir un profil du meurtrier des jeunes garçons. De son côté, Sofia poursuit son auto-analyse afin de reprendre le contrôle sur elle-même alors que ses absences sont de plus en plus nombreuses.

« Avant ces blancs étaient une part d’elle-même si évidente que son cerveau ne les enregistrait même pas. Ils n’existaient pas. A présent, ils sont là, trous noirs et inquiétants dans sa vie. Elle comprend qu’il faut apprendre à faire avec. Réapprendre à vivre. » (p198)

Pendant ce temps, Victoria Bergman tue et son mystère s’épaissit. Et Sofia ne cesse de la poursuivre. « Pendant plus de trente ans, les souvenirs de son ancien moi sont restés profondément enfouis en elle comme des tessons coupants – mes morceaux brisés d’un autre temps, en un autre lieu. Elle se remet en marche, hâte le pas, cours jusqu’au coin de la rue, mais la femme a disparu. » (p438)

Ce deuxième tome pourrait s’appeler en paraphrasant plusieurs films « voyage au bout de l’enfer dans la peau d’une personne aux personnalités multiples ». Les auteurs donnent à lire toute l’horreur et les traumatismes de l’inceste dans toute sa noirceur.

On attend avec impatience le dernier tome et qu’enfin le voile se lève sur Victoria.

Marie H.


Tome 3 – Catharsis

Erik Axl SUND : Les visages de Victoria Bergman - 3 - CatharsisParution aux éditions Actes Sud collection Actes noirs en mai 2014

Traduit par Rémi CASSAIGNE

(Source : Actes Sud – Pages : 437 – ISBN : 9782330031930 – Prix : 23,00 €)

L’AVIS DE MARIE H.

Avec Catharsis se clôt la trilogie des auteurs suédois. L’acharnement de la commissaire Jeanette Kihlberg à résoudre les meurtres des jeunes sans papiers (Persona) malgré les réticences du procureur sera enfin récompensé mais cela ne se fera pas sans une vraie descente aux enfers.

Le profil psychologique qu’élabore Sofia Zetterlund se précise. Elle le présente désormais comme un criminel artiste : « au lieu de peindre avec des couleurs, l’artiste utilise le formol et les fluides d’embaumement – comme je l’ai dit plus tôt, c’est justement un autoportrait, mais pas seulement sur le thème de la honte. Le motif central est la perte de l’appartenance sexuelle. » (p. 223) et elle cite Ed Gein pour renforcer son hypothèse. Le désir du sérial killer américain était de changer de sexe et de se transformer en sa propre mère ; avec des cadavres déterrés, il cherchait à se fabriquer un costume pour devenir une femme. On peut rappeler qu’Ed Gein devint Norman Bates sous la plume de Robert Bloch en 1954 (Psychose est réédité en Point Seuil en 2013) et porté magistralement à l’écran par Hitchcock en 1960.

Jamais – à ma connaissance de lectrice de polars nordiques et autres – un polar n’aura autant interrogé la question de l’identité pour arriver à ce paradoxe. Carolina Glantz, l’actrice de porno, un temps patiente de Sofia, gagne sa vie grâce à la célébrité ; elle vend sa personne, remodèle son corps par la chirurgie esthétique :

« La façon d’être de Carolina Glantz a sa logique, une logique instinctive qui vient aussi de son cœur. Elle sait par quels biais montrer qui elle est.

Pas comme moi, pense Sofia.

En elle se déroule un bal masqué dont les figures ont des caractéristiques si différentes et diamétralement opposées qu’elles ne peuvent pas, toutes ensemble, constituer une personne unique. Aussi curieux que cela puisse sembler, Carolina Glantz, avec son apparence construite de toute pièce, est plus authentique et cohérente qu’elle-même ne le sera jamais.

Je n’existe pas comme sujet. » (p. 115)

Exister comme sujet : telle est la question pour toute victime d’abus sexuels, ne plus être l’objet de l’autre mais le sujet de sa propre vie.

Question que se pose Madeleine qui fut aussi victime d’abus sexuels. Notons que les auteurs lui donnent le nom de Duchamp : l’artiste français se travestit en femme en 1920 et prend le nom de « Rrose Sélavy ». Le jeu de mot phonique laisse entendre « Eros, c’est la vie ». Mais la libido dont les auteurs Erik Axl Sund font état est essentiellement morbide, déviante :

« Madeleine songe aux hommes qui sont venus la nuit dans sa chambre. Se souvient de la douleur et de la honte. Cette petite bille dure au fond d’elle qui s’est peu à peu pétrifiée jusqu’à faire corps avec sa chair. » (p. 126) C’est cette même douleur qui est à l’origine des personnalités multiples de Victoria. La dissociation de personnalité est alors un mécanisme de défense :

« Je suis une invention de Victoria.

Rien n’a commencé avec moi, j’étais juste une alternative pour survivre, être normale. Être comme tout le monde, supporter les souvenirs des abus sexuels en les refoulant. » (p. 139)

Survivre aux camps de concentration ? Survivre à l’horreur des enfants soldats (Persona) ? Survivre aux abus sexuels subis dans l’enfance ? Les auteurs n’auront cessé de poser cette question : « La vengeance peut-elle vraiment être un processus de purification ? » (p. 278). Est-ce que la haine disparaîtra après la mort de l’agresseur ? Pourra-t-on vivre en paix avec soi-même, avec les autres, après un abus sexuel ?

Cette trilogie se vit comme une véritable expérience de lecture, expérience de la folie, expérience du Mal. Ce dernier tome est d’une noirceur absolue qui me rappelle celle des romans de l’anglais

Robin Cook mort en 1994 (Comment vivent les morts, J’étais Dora Suarez, Le mort à Vif, tous ces livres sont publiés chez Rivage) : hommes et femmes des prédateurs redoutables en puissance, l’histoire familiale comme une répétition de l’horreur qui ne laisse la place qu’à une relation manquée : « Tu es comme moi. Pas de passé et pas d’avenir. Comme la première page d’un livre qui n’a pas été écrit. » (p. 363). Ainsi s’adresse Madeleine à sa mère…

Marie H.

2 Commentaires

  1. Bonjour,
    J’ai pris le tome 1 à la médiathèque et je n’ai pas résisté à l’ouvrir.. juste pour voir… j’en suis déjà à la page 1 … La je tente de bosser un peu pour ma prochaine rentrée, mais je me mets en récompense ma poursuite de lecture de ce livre!!!!!!!!!!!!!!!

LAISSER UN COMMENTAIRE

Veuillez entrer votre commentaire
Veuillez entrer votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.