Hakan OSTLUNDH : Meurtres à Götland

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Suede

INFOS ÉDITEUR

meurtre a gotland - Hakan OSTLUNDH

Parution aux éditions Prisma Noir en octobre 2013

Traduit du suédois par Rosine Longuet

Fredrik Broman, un policier las des grandes villes, a finalement concrétisé son rêve : installer sa petite famille à Gotland, une île suédoise belle et calme, surtout fréquentée l’été par les touristes. Le commissariat de Visby, la ville principale, n’a jusqu’à présent reçu qu’un appel signalant la découverte d’un agneau mort dans un abri à bateau.

Fredrik prend d’abord l’affaire pour une blague, jusqu’au moment où il voit l’animal, écorché, et dont les viscères ont été soigneusement étalées aux quatre coins du hangar. Quand un soir le vieux Gardelin l’appelle pour lui parler d’une voiture abandonnée, se plaignant de l’étrange odeur d’algues qui se dégage du coffre de toit, Fredrik se rend sur place et voit son rêve devenir cauchemar…

(Source : Prisma Noir – Pages : 432 – ISBN : 9782810404100 – Prix : 19,95 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Meurtres à Gotland, traduit du suédois par Rosine Longuet, a été publié en 2013 par les éditions Prisma , collection Prisma Noir.

La formation de journaliste de Hakan Ostlundh est palpable à plusieurs niveaux. Dans un premier temps, il raconte le déroulement d’une enquête criminelle dans un style sobre, clair et direct, ce qui la rend aussi accessible que dans un film ; le lecteur se sent impliqué comme s’il faisait partie de l’équipe. Il pousse le réalisme jusqu’à envisager les répercussions sur la presse, la population et les touristes.

Tous les faits et gestes des enquêteurs sont minutieusement rapportés, comme dans un reportage ; çà et là, de petits détails donnent de l’épaisseur au roman, sans pour autant alourdir le style où chaque mot a sa place :

“Fredrik appuya sur l’accélérateur de la Volvo pour monter jusqu’à 100 kilomètres à l’heure, passant entre les terrains sur lesquels étaient érigés le château d ‘eau et l’antenne-relais des opérateurs téléphoniques à droite. Celle qui refusait aléatoirement de couvrir leur zone, alors qu’ils pouvaient voir les émetteurs de la fenêtre de leur cuisine. Il avait déjà atteint la vitesse limite et ralentit. Sur l’aire de stationnement à gauche une Jaguar était garée. Sans doute un locataire pour l’été.” (Page 50)

Tout le roman est raconté à la troisième personne, du point de vue de Fredrik. Il alterne les passages en italique incarnant les pensées du tueur avec les passages racontant les faits et gestes de Ninni, intercalés avec les passages décrivant les différents aspects de l’enquête elle-même. Construction particulière dont le but est de faire monter peu à peu le lecteur en pression, qui s’attend au pire à chaque coin de page.

Le contexte suédois est admirablement mis en scène: le lecteur non scandinave pénètre dans un univers inconnu, avec son organisation particulière et ses règles, ce qui permet de mieux comprendre le déroulement des événements.

L’intrigue

L’action se passe en été, pendant la saison touristique, ce qui complique sacrément les choses pour les enquêteurs.

L’inspecteur Fredrick Broman, originaire de Stockolm, est installé depuis peu sur l’île “enchanteresse” de Gotland, où il pensait pouvoir mener une vie plus tranquille et moins exposée au stress, quand il est appelé pour enquêter sur un agneau retrouvé égorgé dans un hangar à bateaux. Tout près de là, le cadavre éventré d’un homme est retrouvé dans le coffre de toit d’une Volvo abandonnée depuis plusieurs semaines sur le parking de la plage, à Ronehamm. Finalement, l’équipe d’enquêteurs découvre que les deux morts ont un lien, mais lequel ?

Questions : “Fredrick avançait dans la nuit bleue, entrecoupée çà et là des lumières jaunes des réverbères des villages. Quelque chose lui échappait. Le meurtre sur lequel ils enquêtaient était extrêmement violent. Et cette violence avait été parfaitement mise en scène. Qui donc était sensé la voir ?” (Page 125).

Mais lorsque le cadavre d’un homme est retrouvé dans la forêt, sur un chemin de terre, également éventré, Goran et son équipe comprennent que leur enquête sera plus longue et beaucoup plus complexe qu’ils s’y attendaient. D’autant que la psychose s’empare de l’île où l’été bat son plein. Les touristes repartent, la presse fustige la police, incapable d’arrêter le meurtrier fou : une troisième victime retrouvée sur le parking de la plage et toujours aucune piste tangible, malgré quelques indices, bien maigres il faut le dire.

Soudain, tout bascule ! Le récit qui, jusque-là, s’était contenté de raconter l’enquête menée par Goran et son équipe, ainsi que la vie privée de l’inspecteur Broman,  change de rythme avec l’implication directe de Ninni, l’épouse de Fredrick. Le suspense s’accélère, la tension devient palpable.

Le travail de la police

Comme souvent dans les polars nordiques, le roman est raconté du point de vue des enquêteurs, ce qui implique une reconstitution du travail de la police plus ou moins bien restituée. Dans Meurtres à Gotland, le lecteur suit l’évolution de l’enquête pas à pas, avec une profusion de détails et de précisions lui permettant de comprendre tous les aspects, routiniers et parfois ingrats, du travail d’investigation policière, à chaque étape.

“Ils aidèrent à sécuriser la zone. Fixèrent les rues-balises en plastique bleu clair sur les murs à l’entrée du parking et descendirent presque jusqu’à la plage. Puis Gustav laissa Fredrik seul sur le parking pour aller sécuriser la zone autour du hangar à bateaux de Gustavsson.” (Page 43)

“Nous espérons avoir des infos sur cet Allemand dans la journée. Nous entrerons en contact avec le propriétaire du véhicule, d’une manière ou d’une autre. C’est ce que nous avons de mieux pour l’instant.” (Page 53)

“Trouvez où Friberg a pu aller ce jour-là. Téléphonez aux auberges de jeunesse, terrains de camping, loueurs de bungalows, etc.” (Page 109).

“Toutes les pistes possibles devaient être explorées, même les plus invraisemblables. D’autant plus lorsqu’on en avait pas de vraisemblable…” (Page 255)

“C’était une réalité avec laquelle il fallait vivre. Tous les crimes n’étaient pas résolus (…) Dans une telle enquête, tout ce que l’on pouvait espérer était l’apparition d’u nouveau témoin, ou au moins d’une rumeur. Que l’auteur des faits se montre moins prudent avec le temps et révèle certains détails à une personne incapable de les garder pour elle.” (Page 322).

La presse

“Les quatre journaux titraient sur le meurtre à Gotland. Expressen et Aftonbladet avaient choisi de publier le dessin. “Gotland : le meurtrier a encore frappé” s’étalait en jaune sur fond blanc sur l’affiche d’Expressen. Alarmant mais factuel. Son concurrent avait décidé de frapper plus fort avec “Qui sera la prochaine VICTIME  du MEURTRIER? Les vacanciers fuient l’ILE DE LA TERREUR.” (Page 193).

“Le sujet avait été longuement traité, plus longuement encore que lors des précédents journaux, avec récapitulation des précédents meurtres et interviews de vacanciers terrorisés qui faisaient leurs bagages sur un terrain de camping. Une femme avec deux jeunes enfants sur les genoux racontait d’une voix mal assurée qu’ils ne pouvaient pas trouvé de place sur le ferry avant plusieurs jours.” (Page 315).

Répercussions sur la population

Comment peu à peu l’ambiance de suspicion, de panique prend de l’ampleur, au fur et à mesure de la succession des meurtres, plus violents les uns que les autres :

“Le village tout entier semblait avoir été réellement touché par ce qui était arrivé la veille. Les journaux étaient étalés sur les tables de la cuisine et les articles sur les meurtres avaient été étudiés, syllabe par syllabe. Les gens épiaient derrière les rideaux. Les regards étaient tournés vers la maison entre le presbytère et la maison du policier.” (Page 337).

Les personnages

  • Edwin Gardelin : habitant de Hemse, à la retraite. Signale la voiture garée depuis plusieurs semaines sur le parking de la plage.
  • Gunilla Borg : inspectrice de police au commissariat de Vilby.
  • Fredrick Broman : inspecteur de police du commissariat de Vilby. Vient de s’installer sur l’île avec sa femme et leurs deux fils. “Ce qui était arrivé hier était un défi qui le sortait de la routine, lui comme les autres. Il était évident qu’il se sentait motivé. Le soldat ressentait un regain d’énergie en temps de guerre, le pompier dans un incendie. Mais content, non.” (Page 48)… “C’est simplement qu’il voulait être de la partie. Il ne voulait pas manquer quelque chose d’essentiel. Son travail était très important pour lui. Il aspirait simplement à être bon dans ce qu’il faisait, aussi bon qu’il le pouvait. Il ne voulait pas être un policier comme un autre, complètement interchangeable”. (Page 230).
  • Gustav Wallin : inspecteur de police; trois ans plus jeune que Fredrick ; très brun, porte un bouc. “Gustav avait toujours eu un bon contact avec les gens, ce qui se vérifiait encore maintenant. C’était quelqu’un de foncièrement gentil et attentionné. Il savait également en tirer partie, se présenter comme quelqu’un de simple et d’un peu naïf, obligeant les autres à baisser la garde.” (Page 59).
  • Eva Karlen : technicien scientifique.
  • Goran Eide : chef de la Criminelle; 55 ans.
  • Ninni Broman : épouse de Fredrick; professeur de suédois et d’anglais au collège de Hemse. “Ninni n’était pas craintive. Elle était courageuse, elle ne craignait ni les autorités, ni les défis, mais elle vit peur du noir. Une peur enfantine. Mais il ne pensait pas qu’elle était idiote”. (Page 132).
  • Karin : voisine et amie de Ninni.
  • Joakim et Simon : fils de Fredrick et Ninni.
  • Eskil Hulting : voisin de Fredrick et Ninni.
  • Britt : femme d’Eskil.
  • Bengt Gustavsson : grand, athlétique, peau tannée par le soleil.
  • Carina : policière au poste de Vilby.
  • Ove Gahnstrom : policier ; cheveux bruns en bataille, cernes profonds, corps imposant ; âgé de 45 ans.
  • Lennart Svenson : policier ; 55 ans ; grand, mince, le teins halé, cheveux poivre et sel.
  • Annika Persson : possède un hangar à bateaux près du lieu du crime.
  • Hans Wedell : propriétaire de l’agneau égorgé.
  • Jonas Friberg : propriétaire de la Volvo incriminée ; casier judiciaire.
  • Henryk Gosz : co-propriétaire du restaurant “La Tomate” avec Friberg; polonais.
  • Olle : fils d’Eskil.
  • Nils-Olof Stenstrom : seconde victime.
  • Hans : frère de Ninni ; producteur dans une importante maison de disques ; 8 ans plus jeune que Ninni et 10 que Fredrick ; éternel adolescent “qui pouvait passer dix heures le samedi devant la Playstation.” (Page 245).
  • Ann-Sofie : petite amie de Hans ; journaliste dans l’équipe de rédaction d’une émission de radio matinale.
  • Agneta Wilhelmsson : chef de la police.
  • Peter Klint : procureur.

Les lieux, les ambiances

L’essentiel de l’enquête se déroule sur l’île de Gotland, une île située en mer Baltique, à 90 kilomètres à l’est de la côte suédoise, connue pour la grande diversité de sa faune et de sa flore, notamment les orchidées ; un lieu insolite et franchement méconnu pour nous lecteurs français et européens du sud. Allons à sa découverte:

“Comme toujours tout était plat. Le regard portait loin. Des villages et des fermes isolées parmi les champs et les prés. De grandes et massives maisons en pierre, abritant plusieurs générations de secrets de famille, mélangées au modernisme des années 1950 et à l’eldorado des toitures en Eternit. Ce matériau bon marché, fantastique et inusable qui obligeait à présent les gens à s’habiller comme des travailleurs du nucléaire pour changer une plaque de toit. De hautes tours, qui se découpaient sur l’horizon. Elles étaient là, comme des machines à remonter le temps, se remémorant les vieux souvenirs. C’était la campagne.” (Page 20).

“Hus était un grand village de pêcheurs, avec des hangars bien entretenus qui auraient plutôt mérité le nom de petits bungalows. Ils faisaient penser à un lotissement, avec très peu de terrain autour. Dans la partie la plus ancienne, les hangars avaient été rassemblés pour former des rangées de maisons crépies, mais là, elles étaient séparées, et la plupart étaient en bois.” (Page 22).

Mon avis

Meurtres à Gotland est un polar efficace, bien écrit, bien construit, qui nous emmène dans une partie méconnue de la Suède, l’île touristique de Gotland. Une île paradisiaque où il fait bon vire et passer ses vacances d’été… Sauf quand un meurtrier particulièrement barbare sévit, égorge ses victimes sans que la police ne parvienne à l’arrêter. Dès lors, l’ambiance tourne vite au vinaigre ce que Hakon Ostlund restitue avec beaucoup de précision et de savoir-faire.

Les personnages sont bien campés et il est intéressant de suivre leurs questionnements, leurs angoisses aussi, leur vie quotidienne sans que cela ne nuise à l’intrigue, bien ficelée, avec beaucoup de suspense et une action qui monte crescendo pour se terminer en course-poursuite échevelée. Le déroulement de l’enquête est particulièrement soigné: les tâtonnements des enquêteurs qui disposent de peu d’indices, qui doivent affronter la presse, la panique des habitants et des touristes, tout en poursuivant un meurtrier qui laisse peu de traces; le lecteur vit tous ses épisodes comme s’il faisait partie de l’équipe, vivant avec elle les moments de découragement mais aussi les moments plus euphoriques quand on sent que le dénouement est proche. Du bon polar…

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