Interview de l’auteur Viveca Sten

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viveca stenBonjour Viveca Sten, nous sommes réunies dans le cadre des 24 chrono du polar nordique du Festival Les Boréales 2014. Faisons connaissance. Quel est votre parcours ? Pouvez-vous nous parler de vos premiers écrits ?

J’ai travaillé comme avocat puis responsable juridique d’abord pour la compagnie d’aviation S.A.S puis pour la poste suédois-danoise. J’ai notamment dirigé un département de 35 personnes.

J’avais écrit quelques manuels juridiques. Vous savez lorsque vous achetez une entreprise, vous avez besoin de tous les articles de négociation, juridiques…

J’ai vraiment aimé toute cette période où j’étais juriste (j’ai fait 5 ans d’études dans le droit et l’économie, j’ai deux diplômes). En 2005, un éditeur m’a demandé un autre livre sur l’informatique et j’avoue que cela ne me tentait pas trop.

Et l’été 2005, alors que je me promenais sur la plage de Sandhamn, le ciel était magnifique, il y avait du soleil… et soudain j’ai eu la vision d’un cadavre dans un filet de pêche. Je suis rentrée à la maison et j’ai écrit le premier chapitre et le dernier chapitre. Tout est venu naturellement.

J’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs éditeurs, un mois après j’avais une réponse positive. Maintenant il y a 7 tomes en Suède.

En 2011, j’ai du prendre une décision difficile car je continuais à travailler tout en écrivant et je n’avais plus une minute à moi et encore moi à consacrer à mes proches. Or j’ai 3 enfants de 16, 19 et 22 ans. J’ai décidé de me consacrer totalement à l’écriture. J’avais pourtant adoré mon ancienne profession. Mais une fois que cette décision a été prise j’ai été heureuse et je ne le regrette pas.

Est-ce que le duo Thomas-Nora a été une évidence ou est-ce que vous avez créé un des personnages puis le second ?

Le personnage de Nora a été là en premier. C’était une évidence pour moi d’avoir une femme dans mon livre car déjà j’en suis une (petit rire). Elle est juriste, je pouvais donc utiliser mon savoir. Mais ce n’était pas assez, elle n’avait pas les connaissances nécessaires sur les techniques policières. C’était important d’avoir Thomas pour développer et exploiter cet aspect.

Concernant ce dernier, j’avais envie d’un héros différent de mes confrères nordiques dont les inspecteurs ou les détectives sont toujours alcooliques et divorcés. En créant Thomas, j’avais envie que l ‘on retrouve en lui un copain avec lequel on a envie de prendre un verre et vu les réactions des lectrices, ça marche (grand sourire).

J’écris des livres que j’aimerai lire. Je préfère l’esprit des romans d’Agatha Christie « Wodunit » (qui a fait ca ?). C’est toujours une histoire que l’on doit raconter. Si il y a trop de violence dans un roman, je ne veux pas le finir, cela me fait mal.

Savez-vous déjà comment ils vont évoluer ou avez-vous le sentiment qu’ils prennent vie tout seul ?

Il y aura au moins 10 tomes, j’ai des idées de ce qu’ils vont devenir. C’est l’héritage de l’ère juridique, je planifie, je sais où je vais. Par cela ne marche pas du tout, d’autres personnages arrivent dont je ne soupçonnais même pas l’existence. C’est très bizarre quand ce nouveau personnage arrive. C’est très intéressant, comme si j’avais un deuxième cerveau et que je voyais la scène de l’extérieur.

Une petite anecdote : alors que j’écrivais le tome 5 mon synopsis était très clair mais j’ai dû appeler mon éditrice pour lui annoncer deux nouvelles : la nouvelle positive, j’avais écrit comme folle donc mon roman était pratiquement fini ; la nouvelle négative, je n’avais aucun idée sur l’identité du meurtrier. J’avais cinq candidats possibles.

Le dernier week-end, il y a eu comme un signe divin, soudain j’ai su. On n’ a pas toujours toutes les cartes en main.

Pouvez-vous nous parler de la série TV ? Les scénarios sont-ils inédits ?

Tout se passe super bien. Je lis tous les manuscrits de la série TV. J‘ai fait partie des discussion autour du casting pour les personnages principaux. Je ne suis pas une actrice mais je fais une petite apparition à chaque épisode (comme Alfred Hitchcok dans ses films). Il y a une vraie complicité avec les acteurs.

C’est toujours tourné à Sandhamn (90%). Il y a une véritable fierté chez les habitants. Avec le succès des livres, il y a de plus en plus de touristes c’est une véritable économie pour l’île.

En 1917 lorsque mon grand-père a acheté la maison, il l’a eu une bouchée de pain. Les propriétés ont pris une véritable valeur.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez vu pour la première fois l’acteur qui incarne Thomas ? Avez-vous participé au casting ?

Le casting est très bon. Alexandra, l’actrice qui incarne Nora est très connue en Suède. Elle est très douée.

Mais j’arrive à garder en tête mes propres personnages tels que je les avais imaginé dès le départ.

Vous voyagez beaucoup pour la promotion de vos romans, peut-on imaginer une enquête de Thomas et Nora en dehors de la Suède ?

J’ai essayé un peu de faire découvrir au lecteur la vie à Stockholm dans le tome 6 où Nora découvre son métier d’avocate.

Le souci est que je ne peux pas tuer tous les habitants de Sandhamn, il n’y a que 89 personnes (petit rire).

Qu’est qui est le plus relaxant ? S’occuper de vos rosiers ou disperser des corps aux quatre coins de votre île dans vos romans ?

Je préfère faire de la pâtisserie. J’aime beaucoup le ski alpin c’est pourquoi j’ai passé à l’université de Grenoble lorsque j’avais 20 ans. J’ai étudié le français et l’histoire française. Et je pouvais surtout faire beaucoup de ski.

Viveca Sten, notre entretien touche à sa fin et je sais qu’en Suède, vous avez publié un livre de cuisine, pour conclure : quel plat aimeriez-vous préparer aux lectrices et aux lecteurs de Zonelivre.fr ?

Cela a été un plaisir total de faire ce livre. J’ai eu envie de faire quelque chose qui soit plus que des recettes : un ouvrage sur les petites histoires des habitants, les coutumes. Lorsque j’écris un roman mon éditrice me conseille souvent de couper ce genre de détail, là j’ai pu prendre le temps de raconter.

Il sera disponible dans 5 mois en Allemagne puis en anglais….

Ma recette favorite que j’ai envie de présenter aux lecteurs de zonelivre : la tarte aux myrtilles de ma grand-mère.

Il faut mettre 500 g de myrtilles dans un plat.

On fait une pâte au sucre = 150 g de farine + 100g de beurre + 200 g de sucre (dans le mixeur)

On met ça au four pendant 12 à 15 min (250°)

Cela fait un peu comme une crème brulée. Avec de la glace à la vanille, c’est super bon et c’est super facile à faire.

 Merci Viveca Sten de m’avoir accordé ce  bel échange qui a lieu à Caen dans le cadre du Festival Les Boréales en novembre 2014.

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Co-fondatrice de Zonelivre.fr. Sophie PEUGNEZ est libraire, chroniqueuse littéraire pour le journal "Coté Caen" et modératrice de débat.

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