Karin FOSSUM : Inspecteur Sejer et Skarre – 05 – Le diable tient la chandelle

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INFOS ÉDITEUR

Karin FOSSUM - Inspecteur Sejer et Skarre - 05 - Le diable tient la chandelle

Parution aux éditions JC Lattès en février 2006

Parution aux éditions J’ai Lu en avril 2007

Traduit du norvégien par Alex FOUILLET

La visite d’Irma, alors qu’il s’apprête à quitter le commissariat, laisse perplexe l’inspecteur Skarre. Que signifie cet avertissement :  » Il n’en a plus pour longtemps.  » ? De qui parle-t-elle ? Est-elle folle ? Finalement, il préfère oublier. D’autant que les affaires ne manquent pas : une ado abattue à coup de carabine, un nourrisson victime de l’agression dont sa mère était la cible, un jeune homme disparu sans laisser de traces… Il aurait fallu à Skarre toute la sagacité de son chef, Konrad Sejer, pour établir un lien entre ces faits et sa visiteuse… Heureusement, Sejer est là.

(Source : J’ai Lu – Pages : 311 – ISBN : 9782290355411 – Prix : .. €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Le Diable tient la Chandelle, paru en Norvège en 1998 sous le titre Djevelen holder lyset, a été publié en français en 2006 par les éditions J.P. Lattès et en 2007 aux éditions J’ai Lu Policier.

C’est un roman policier très atypique: pas de meurtre, juste une disparition. La police apparaît très peu. Les chapitres enchaînent les passages du carnet d’Irma raconté à la première personne ( on ne sait pas à qui elle s’adresse) avec les passages qui racontent les faits et gestes d’Andréas et de son copain Zipp, avec la sensation que ces deux récits avancent en parallèle jusqu’au moment où ils se rejoindront à leur point de convergence. Ce que le lecteur attend tout au long du roman…

Pas de véritable enquête mais plutôt une réflexion sur le crime, sa nature : « Mais que dire du crime en lui-même ? L’impulsion, d’où vient-elle ? Quand le meurtre naît-il ? A cet endroit, à cet instant ? » (Pages 18/19).. Encore une fois, ce roman ressemble plus à un thriller psychologique. Seuls les deux rebondissements des dernières pages lui donnent une allure plus « polar ».

Le titre :

Dans le premier chapitre, l’auteur donne son sens au titre : « Cet être hideux et mauvais que l’on devient quand le diable tient la chandelle. » => Sens que le lecteur comprendra au fur et à mesure que l’histoire se déroule. « -Tu ne peux pas faire porter le chapeau au diable, observa Sejer avec un sourire. -Ah non ? – Il n’a pas été officiellement exclu de l’Eglise norvégienne ? Pour la raison qu’il n’existait pas ? -C’est la plus grosse boulette que les hommes ont faites, répondit pensivement Skarre. -Pourquoi ? voulut savoir Sara. -Si nous ne croyons pas en lui, nous ne le reconnaîtrons pas quand il apparaîtra sans prévenir. » (Page 88).

Les thèmes :

Comme toujours avec Karin Fossum, Le Diable tient la Chandelle attire notre attention sur des faits sociaux malheureusement propres à toutes les sociétés d’hier et d’aujourd’hui, modernes ou non : le racisme; le regard des autres sur l’homosexualité : « Andréas homo? Ce qui signifiait qu’absolument n’importe qui pouvait l’être, ça ne se voyait pas de l’extérieur. D’autres personnes qu’il connaissait, des gens comme les autres. Des filles même. » (Page 85); la misère, la condition des femmes: « Les femmes sont étranges, se dit Andréas. Elles le sentent, quand il se trame quelque chose. Ou elles envisagent les événements d’une toute autre façon que les hommes. Parce qu’elle ont plus d’ennemis, peut-être. Etre une femme. Devoir tout le temps faire attention. Ce que ce doit être usant! » (Page 51). La solitude, la détresse humaine.

L’intrigue :

Irma se présente au commissariat pour signaler une disparition. C’est l’inspecteur Skarre qui prend sa déposition mais les propos pour le moins décousus de la femme sous forme d’avertissement laissent le jeune inspecteur sceptique: « Il n’en a plus pour longtemps. » De qui parle-t-elle ? De son mari ? Est-il mort ? Ne serait-elle pas un peu dérangée ? Mystère… Finalement, Skarre décide d’oublier cet intermède parmi les nombreuses affaires qui leur tombent dessus: une adolescente abattue à coup de fusil; un nourrisson victime de l’agression qui visait sa mère; un jeune homme qui se volatilise carrément sans laisser aucune trace. Disparition mystérieuse qui ravive dans la mémoire de l’inspecteur Skarre la visite d’Irma quelques jours plus tôt.

Les personnages :

  • Jacob Skarre : inspecteur de police; yeux très bleus, blond
  • Konrad Sejer : policier,chef de Jacob
  • Irma : femme âgée de presque 60 ans; narratrice
  • Sivert Skorpe : blond, gai, enjoué, surnommé « Zipp »; toujours une expression de curiosité sur son visage; nez en trompette, fossette au menton, petite tête, yeux luisants.
  • Andréas : seul copain de Zipp; stylé, élégance naturelle
  • Matteus : 7 ans ; peau couleur du café, cheveux noirs, drus et bouclés; Somalien, fils adoptif de la fille de Sejer
  • Anna fehn : artiste peintre, amante occasionnelle d’Andréas
  • Runi : amie d’Irma, mère d’Andréas
  • Ingemar : fils d’Irma
  • Ingrid : fille de Sejer
  • Sara : amie de Konrad, psychiatre dans un hôpital
  • Duo Andréas/Zipp : « Bien que Zipp fût sans emploi et qu’il lui tapât sans cesse de l’argent, il appréciait sa compagnie et le fait qu’il possédait une voiture.(…)Ils n’avaient pas grand chose à se donner l’un l’autre. Ils étaient pourtant toujours ensemble, c’était toujours mieux que d’être seul.(…) Il y avait de petites sources de conflits, mais qui ne dégénéraient jamais en dispute. Ils étaient d’accord sur presque tout, Andréas réussissait toujours à désamorcer le conflit en sa faveur, avec une telle habileté que Zipp ne s’en rendait jamais compte. » (Pages 26/27)

Mon avis :

Le Diable tient la chandelle est un roman policier épuré : pas de meurtre, pas de véritable enquête, police peu présente. Pourtant, le lecteur se prend au jeu de ses deux jeunes adultes, Zipp et Andréas, à les suivre dans leur errance, dans leurs délires et leurs « coups »de plus en plus foireux. Il se prend également au jeu de suivre les élucubrations d’Irma jusqu’à l’explosion finale.

Roman très intimiste donc, qui fait la part belle à la psychologie des personnages, car, finalement, ce qui compte pour qu’un policier fasse son travail le mieux possible, avec des résultats probants, est de se mettre à la place du criminel, et pour ça, il faut le comprendre. Pas l’excuser, bien sûr que non, mais comprendre pourquoi et comment de tels actes peuvent devenir possible afin d’agir en amont. Des questions qui nous amènent à nous interroger sur la nature même du crime. Quelle est la frontière entre les pulsions et leur réalisation ??

Je recommande la lecture de ce roman à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la psychologie en général, et celle du criminel en particulier…Fascinant !!

Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

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