Karin FOSSUM : Inspecteur Sejer et Skarre – 09 – L’enfer commence maintenant

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Karin FOSSUM - Inspecteur Sejer et Skarre - 09 - enfer commence maintenant
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Présentation Éditeur

Un bébé dort paisiblement dans son landau, couvert d’un sang… qui n’est pas le sien. Une vieille dame découvre dans le journal local le faire-part de son propre décès. Un paralysé en fin de parcours voit débarquer chez lui les croque-morts, avec leur corbillard Daimler tout neuf.

Les plaisanteries d’un goût plus que douteux s’accumulent et finissent par ulcérer les habitants de cette paisible bourgade de Norvège, avec sa jolie vue sur le fjord au bout de la promenade en forêt.

Leur auteur, un pauvre bougre en marge de la communauté, adolescent maltraité par sa mère alcoolo-acariâtre, en est arrivé là car il ne sait comment crier son désarroi et sa révolte. Mais à le voir auprès de son grand-père impotent, on se demande s’il est vraiment le mal incarné.

Le commissaire Sejer, modèle de commisération et de probité, essaie de comprendre.

Jusqu’à l’incident suivant, qui fait tout basculer dans l’horreur. La vraie.

Origine norvege-flag
Éditions Seuil
Date 15 mars 2012
Traduction Eva SAUVEGRAIN
Pages 244
ISBN 9782021034875
Prix 18,80 €

L'avis de Cathie L.

L’Enfer commence maintenant, Varsleren en version originale parue en 2009, a été publié par les éditions du Seuil en mars 2012. Le style est fluide, le rythme volontairement ralenti, afin d’installer le lecteur dans un climat superficiellement serein qui se dégrade au fur et à mesure que l’on avance dans l’enquête.

Thèmes : l’alcoolisme, l’abandon, la perte d’un parent, la peur, la maladie, le racisme et le droit à la différence (thèmes récurrents chez la romancière norvégienne). La multiplicité des sujets traités atteste la profondeur et la richesse des intrigues développées par Karin Fossum, abordant des sujets intemporels, les mettant en scène sans jugement; elle se contente de radiographier la société : « Il n’est pas rare qu’elle soit déjà soûle à cette heure-là. Un jour, il l’a vue à sept heures du matin en train de boire de la vodka au goulot, se cramponnant à l’accoudoir d’un fauteuil de sa main libre. » (Page 66).

L’intrigue

Fin août. La canicule assomme la région. La petite Margrete, âgée de huit mois, dort paisiblement dans son landau, dans le jardin familial, tandis que Lily, sa mère, prépare le repas. Peu près, Lily retrouve sa fille bien vivante mais couverte d’un sang qui n’est pas le sien : « Skarre a punaisé une carte des environs sur un tableau… »C’est un acte soigneusement préparé…L’individu a dû surveiller la maison un bon bout de temps pour noter ce qui s’y passait. Il savait donc à quel moment de la journée l’enfant faisait sa sieste, et il savait peut-être même combien de temps elle dormait. Caché derrière un arbre en attendant que Lily sorte de la maison, il a dû éprouver une grande jouissance en voyant sa réaction. » (Page 19). Les mobiles sont multiples : jalousie ; vengeance ; un besoin de se faire remarquer ; maladie mentale ou méchanceté pure… Toutes les options sont envisagées par Sejer et son équipe mais l’enquête fait chou blanc.

Puis Sejer reçoit au courrier une carte postale représentant un glouton; au dos on peut lire « Prédateurs norvégiens. Glonton. Photographe Goran Jansson » avec un court message écrit dessous: L’enfer commence maintenant ». => Avertissement ? Plaisanterie douteuse ? Tandis que Gunilla Mork lit dans le journal l’annonce de son décès ; un mouton est tagué en orange dans un champ. Existe-t-il un lien entre ces incidents ressemblant à de mauvaises blagues ?

Mais quand le jeune Theo, huit ans, est retrouvé dans la forêt, le cors déchiqueté par une meute de chiens échappés de leur chenil, l’affaire prend une tournure autrement plus dramatique. Sejer et son équipe se retrouvent plongés au cœur d’une enquête difficile, côtoyant chaque minute le Mal à l’état pur…

La police: ce qu’on en pense joue un rôle important dans cette histoire car, bien que les enquêteurs soient des êtres humains comme les autres, leur mission consistant à aider les autres en cas de gros pépin leur confère un statut particulier. D’où l’énorme pression exercée par les personnes lambda qui en attend beaucoup, peut-être trop : pour Karsten, les policiers sont des « gens balourds et simplets se baladant en grosses chaussures noires à lacets et affublés de casquettes ridicules sur la tête… Des gens immatures et incultes, qui ne connaissent pas grand chose aux subtilités de la vie… étant donné leur manque d’organisation légendaire, pas étonnant si les policiers n’arrivent pas tout de suite. » (Pages 15-16) => Le moins qu’on puisse dire est que Karin Fossum ne privilégie pas le culte du héros pour camper ses personnages enquêteurs!!

La peur : personnage principal de ce roman, la peur symbolise la mince frontière qui sépare le climat de confiance de l’angoisse. Elle s’insinue partout, imprime son empreinte indélébile sur gens et choses. Désormais, chacun de leurs pas comporte un risque, le monde en dehors de leur maison est devenu un danger permanent : « Mais d’autres pensées l’assaillent, auxquelles elle n’est pas préparée. Pourquoi ici ? Dans notre quartier ? Pourquoi nous, notre jardin, notre enfant ? » (Page 35)… « Il comprend que Lily a peur en permanence, que cette peur l’empêche de vivre, perturbe son sommeil. Tout ce qui était si simple avant est chamboulé. » (Page 59).

Les lieux dans lesquels se déroulent l’intrigue, par leur apparence anodine et ordinaire, donnent une fausse impression d’ambiance paisible, contrastant avec l’atmosphère de peur répandue par le « petit plaisantin »:

Bjerketun : lotissement construit au début des années 90, « avec de jolies maisons bien entretenues, entourées de jardins, possédant un double garage et une terrasse spacieuse à côté de l’entrée. Situé à quatre kilomètres du centre de Bjerkas, l’ensemble comprend une soixantaine de maisons dont certaines comportent une extension. » (Page 21)

Askeland : de l’autre côté du bois qui sépare la maison des Sundelin à Bjerketun, un autre lotissement, plus ancien et plus grand, composé de maisons ressemblant à des nichoirs à poules, ternes et délabrées, dont certaines sont utilisées par la municipalité pour loger des personnes en difficulté, constitue comme un avertissement. Attention, tout n’est pas rose comme semble l’affirmer le lotissement de Bjerketun. Une sombre menace plane sur vos têtes… « C’est la fin de l’été, tout le monde vit dehors, dans les jardins. Il voit des gamins sur des trampolines, des femmes qui jardinent, des hommes qui lavent leurs voitures. Un monsieur accroupi qui repeint son portail, une dame ramassant son linge sec dans un panier… Tous ces gens vivent au bord d’un gouffre, et il veut les faire basculer. » (Page 73).

En conclusion

Karin Fossum, grande prêtresse de la mise en scène et du suspense, sème des indices un peu partout dans le déroulement du récit : un « suspect » qui roule en scooter » ; Karsten qui ce jour-là a entendu le bruit d’un scooter… Sans jamais nous dire de qui il s’agit: le petit plaisantin qui terrorise la ville; Johnny qui se rend chez son grand-père…Elle sait comme personne installer un climat de peur insidieuse qui, peu à peu, s’insinue dans nos esprits, dans nos veines, nous mettant sur des charbons ardents… Jusqu’à ce que la découverte du corps de Theo nous fasse basculer dans l’horreur. Ce à quoi on s’attend depuis le début a fini par arriver.

L’enfer commence maintenant, septième et dernier roman traduit en français, est un véritable bijou d’intrigue policière: une intrigue menée de main de maître ; des personnages intéressants ; une atmosphère délicieusement délétère ; une enquête policière qui n’occupe pas le devant de la scène, laissant place à l’aspect psychologique de l’histoire : comprendre pourquoi de tels actes sont possibles. Là réside tout l’intérêt des romans de Karin Fossum. Tous les ingrédients qui vont vous faire adorer sa plume…

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Ecrivain de romans historiques, chroniqueuse et blogueuse, passionnée de culture nordique et de littérature policière, thrillers, horreur, etc...

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