Karin FOSSUM : Inspecteur Sejer et Skarre – 06 – Secondes Noires

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  • Éditions JC Lattes le 09 avril 2008
  • Éditions Points en mars 2012
  • Traduit par Jean-Baptiste COURSAUD
  • Pages : 352
  • ISBN : 9782757828137
  • Prix : 7,30 €

Présentation de l'éditeur

Helga Joner voit disparaître sa petite Ida. Sa soeur Ruth ne comprend pas pourquoi Tomme, son fils, devient soudain si mutique, si soucieux. Quant à Elsa Marie Mork, elle n’a cessé d’avoir du fil à retordre avec Emil, son fils autiste de cinquante – deux ans qui ne prononce que le mot « non ».

Enfin, Anne Oterhals a peut-être du souci à se faire pour Willy, un copain de Tomme, dont le casier judiciaire est loin d’être vierge. En l’espace de quelques secondes, leur vie bascule. Mais pourquoi Ida a-t-elle disparu ? Connaissons-nous vraiment nos enfants ?

Dans ce nouveau roman, la Norvégienne Karin Fossum excelle une fois encore dans l’art de sonder l’âme humaine.

Porté par une écriture ciselée, hautement littéraire, Secondes noires plonge le lecteur dans les frayeurs maternelles et dresse en creux le portrait de quatre mères, angoissées par l’avenir de leur enfant, toujours persuadées que le pire va leur arriver.

Notre Avis

Secondes noires, Svarte sekunder en version originale parue en 2002, publié en français en 2008 par les éditions Jean-Claude Lattès et en 2012 par les éditions Points Policiers est construit autour de la disparition d’un enfant, mettant en lumière l’angoisse et les ressentis de ceux qui attendent : « Elle ne se sentait pas fatiguée, gardant en permanence une oreille dressée en direction du téléphone au cas où il sonnerait, palpant l’angoisse qui la frapperait de plein fouet dans l’hypothèse où effectivement il sonnerait, pensant à cette seconde lorsqu’elle soulèverait le combiné et attendrait. » (Page 35).

Thriller psychologique plus que roman policier,  Secondes noires nous entraîne dans les méandres du moi intérieur, les peurs, les angoisses, les questions sans réponse, comme si on ouvrait le crâne d’Helga pour regarder ce qui s’y passe, conférant au récit, comme toujours avec la romancière norvégienne, un rythme faussement apathique.

L’intrigue

Septembre. Ida Jona, bientôt dix ans, partie faire une course en vélo, ne rentre pas chez elle à l’heure dite. La police organise alors une battue avec l’aide de volontaires, sur le trajet que la fillette emprunte habituellement entre sa maison et l’épicerie. Aucun résultat jusqu’au jour où Helga, mère de la fillette, retrouve le vélo jaune de sa fille en parfait état.

Mais l’enquête s’enlise : « Sejer n’avait pas avancé d’un pouce. Il venait de lire jusqu’à s’en abîmer les yeux l’ensemble des rapports qui formaient un joli tas bien épais sur son bureau. Il avait traqué le détail susceptible de leur avoir échappé, tenté de trouver un sens ou une cohérence, essayé de se forger une idée des circonstances du crime. » (Page 169). Mais il y a dans cette enquête quelque chose de bizarre qui empêche de reconnaître un quelconque parallèle avec d’autres affaires correspondantes.

Qu’est-il advenu d’Ida qui n’a toujours pas réapparu? De nombreuses pistes se font jour, une autre disparition… Quatre mères confrontées à l’inquiétude, l’angoisse face aux agissements de leurs enfants, une attente qui se dissout dans des secondes noires…

Les lieux

L’action se déroule dans le petit village de Glassverket, à 11 kilomètres de la ville, dans un paysage champêtre émaillé de champs et de fermes, récemment agrandi par des lotissements de toutes tailles. « Glassverket possédait son propre centre, avec une école, des magasins et une station-service. » Un décor somme toute banal, où tout le monde se connaît, rendant impensable  la présence du Mal blotti derrière un arbre ou un pylône électrique.

Quant à la maison d’Helga, son aspect accueillant et pimpant crée un  contraste avec l’angoisse pesante qui la dévore à petit feu : « …peinte en rouge, située dans le quartier des villas (…) une haie de cornouiller blanc de Sibérie hérissait ses branches menues en formant une bordure diffuse et impressionnante autour de la propriété. » (Page 21).

Mon avis

L’une des principales qualités de Secondes Noires est la capacité de son auteure à présenter les caractères de ses personnages avec beaucoup de finesse et de sensibilité, évoquant l’impact des événements sur leur vie personnelle, analysant avec beaucoup de pertinence leur psychologie, sans que cela ne freine le déroulement de l’intrigue.

Karin Fossum excelle à rendre ses personnages humains, leur conférant une réelle épaisseur, les rendant tellement vivants que, l’espace d’un moment, nous pourrions les identifier à des personnes que nous croisons chaque jour. C’est l’environnement social dans lequel ils évoluent, tissé de préjugés et de rumeurs, qui donne sa consistance au crime commis, dénaturant à jamais la banalité de leur quotidien : « Pourquoi avaient-ils consacré un peu moins de cinq minutes sur la personne chez qui, dans les faits, Ida se rendait ? Combien de détails de ce style, combien de constructions imaginaires, mais non moins mémorisées, parasitaient leurs recherches (…) Il ne leur avait pas effleuré l’esprit, ni à lui ni à Skarre, d’investir du côté de cette Laila Heggen. Si le propriétaire avait été un homme, si de surcroît il avait déjà été condamné (…) quel sale quart d’heure ne lui auraient-ils pas fait passer… » (Page 136).

L’angoisse: personnage à part entière qui déroule ses tentacules au fur et à mesure que le récit progresse, créant une atmosphère pesante de tristesse et de désespoir : « Elle sentit son cœur lui donner des coups aussi violents que douloureux. Elle entendit le tic-tac mécanique de l’horloge sur le mur. Les secondes, qu’elle s’était toujours représentées comme de petites piqûres métalliques -ces secondes s’écoulaient à présent, lourdes, pesantes; des gouttes noires, s’abattant une à une, dont elle ressentait à chaque fois l’impact (…) L’angoisse monta d’un cran, se transforma en hargne. » (Page 13)… « Le cauchemar se dilatait, tremblotait pas très loin, rassemblait ses forces. Il ne tarderait pas à se dresser et, telle une houle, à tout terrasser sur son passage. Helga le sentait dans son corps: une guerre s’y déroulait; le flux sanguin, le rythme cardiaque, le souffle -la perturbation était aussi forte que totale. » (Page 17).

Le + : la lenteur du récit jouant avec les nerfs du lecteur, le suspense savamment distillé, comme ce passage dans lequel Elsa Mork, la mère d’Emil, se rend chez son fils et « entra dans la pièce. Là, elle s’immobilisa, pétrifiée, incapable de dévier le regard. » (Page 88) => Il faudra attendre de nombreuses pages avant de découvrir à notre tour ce qu’elle a découvert de si horrible. Tout comme il faudra attendre la toute fin du roman pour enfin comprendre qui est le meurtrier et pourquoi.

Karin Fossum est, à mon sens, l’une des meilleures plumes du roman policier norvégien qui mériterait une plus grande notoriété hors de ses frontières.

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