Steinunn SIGURDARDOTTIR : Maîtresses femmes

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Islande
Steinunn SIGURDARDOTTIR - Maitresses femmes-
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  • Éditions Héloïse d’Ormesson le 18 mai 2017
  • Traduit par Catherine EYJOLFSSON
  • Pages : 224
  • ISBN : 9782350874098
  • Prix : 19,00 €

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Lors d’un voyage en France, Maria Holm, volcanologue islandaise à la réputation internationale, croise Gemma. Contre toute attente, la belle Italienne lui fait des avances. Résolument hétérosexuelle, Maria l’éconduit. Pourtant, quelques jours plus tard, Gemma surgit à la terrasse du café parisien où Maria prend son petit-déjeuner. La poursuit-elle ? Maria va-t-elle se laisser séduire ? S’ensuit alors un enchaînement de péripéties inattendues…

À la croisée de la comédie dramatique et de l’humour noir, Maîtresses femmes propose une exploration cocasse du rôle des femmes dans nos sociétés. Amours d’enfance, maternité, pouvoir… Steinunn Sigurdardóttir, poétique et narquoise, manie son sujet avec une audace virevoltante et une insolence mutine.

NOTRE AVIS

Maîtresses Femmes, Gaeoakonur en version originale parue en 2014, traduit par Catherine Eyjolfsson, a été publié par les éditions Héloïse d’Ormesson en 2017. Le roman commence par un prologue écrit en italique faisant référence à un grave accident de la route subi par la narratrice, comme un point d’ancrage entre passé et futur.

Toute l’histoire, racontée par la narratrice Maria, est écrite à la première personne, mais un détail intriguant : parfois, sans aucune transition, elle parle d’elle à la troisième personne, comme si elle prenait du recul par rapport à elle-même, dans un souci de dédramatisation : « Maria Holm est le dernier maillon dans la chaîne de froid de ses ancêtres. Ça a commencé tôt, au travail dans les champs, à la campagne, quand j’étais enfant et adolescente, aux foins, au rassemblement des moutons -une enfance islandaise d’autrefois à cent pour cent. » (Page 178).

Aucune présentation de la situation de départ ou des personnages : le récit se déroule de suite. Le style de l’auteur oscille entre réalisme très pragmatique et douceur poétique, créant ainsi une atmosphère particulière, parfois drôle, parfois surréaliste, parfois insolente.

Maîtresse Femmes explore le rôle des femmes dans la société moderne, posant des questions telle que féminisme radical, homosexualité, compatibilité entre maternité et vie sociale et professionnelle, pouvoir réel ou supposé. L’auteur ne propose aucune solution mais nous incite à réfléchir à cette question au coeur de l’actualité : quelle peut être la place des femmes dans une société moderne en pleine mutation, déchirée entre traditions et modernisme, dont les codes et les repères ont complètement changé depuis à peine trois générations ?

L’intrigue

Maria Holm, volcanologue passionnée et très réputée, se rend en France pour un  déplacement professionnel. Au cours du vol aller, elle croise la route de Gemma, une belle et mystérieuse Italienne qui, contre toute attente, lui fait des avances à peine voilées. Gemma lui soumet un projet totalement abracadabrant dans lequel elle veut l’impliquer. Maria l’éconduit poliment mais fermement.

Elle avait oublié l’incident lorsque, quelques jours plus tard, Gemma se trouve à la terrasse du café parisien dans lequel Maria prend son petit déjeuner. La coïncidence est trop improbable pour que Maria y croit. Alors, Gemma la suit-elle? Si oui, pourquoi? Maria va-t-elle se laisser séduire par la mystérieuse jeune femme? Commence une incroyable suite d’événements qui mèneront Maria au bout d’elle-même, jusqu’au pied du Hekla, l’un des volcans les plus actifs d’Islande, culminant à 1488 mètres, situé dans le sud du pays.

Les lieux

Avec Maîtresse Femmes, nous suivons Maria dans ses pérégrinations dans un premier temps dans la capitale française, puis dans son île natale, à la rencontre de paysages tout aussi surprenants qu’insolites : fjords, glaciers, volcans, terres de lave, un monde inconnu pour nous et fascinant. Un beau voyage au cœur de l’Islande. Pourtant l’auteur, dans un souci de réalisme, nous en donne un tableau loin de notre vision ajustée au prisme de la supposée société idéale :

« Beaucoup de médecins exercent aussi à l’étranger pour se maintenir à flot et leur confrérie ne se renouvelle pas. Notre nation minuscule pouvait pourtant s’enorgueillir de toutes sortes de prouesses dans le domaine de la santé. En dehors de tout cela, des milliers de familles de ce pays peu peuplé ont perdu leur foyer, suite à la crise de 2008. Des milliers. Ceux qui possèdent encore quelque chose n’ont pas les moyens d’habiter chez eux et louent leur maison ou leur appartement aux touristes. » (Pages 156-157)

En conclusion

Maîtresses Femmes est un roman tout à fait surprenant : certes, les thèmes abordés sont classiques, au cœur de la réflexion qui anime nombre de débats et conflits, mais Steinunn Sigurdardottir en parle d’une façon innovante et parfois attendrissante en créant le personnage de Maria, femme en proie à ses doutes, ses valeurs et ses désirs, nous faisant partager son intimité. Un roman qui se lit d’une traite, dessinant parfois sur nos lèvres un sourire de connivence, faisant couler sur nos joues des larmes d’émotion, suscitant en nous questions et réflexions.

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