Vidar SUNDSTOL : Minnesota – Tome 1 – La terre des rêves

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INFOS ÉDITEUR

Vidar SUNDSTOL : Minnesota - Tome 1 - La terre des rêves
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Parution aux éditions Grasset le 03 mars 2011

Traduit du norvégien par Hélène HERVIEU et Eva SAUVEGRAIN

Tome 1 de la trilogie du Minnesota

Deux frères, deux meurtres, une légende qui les unit…

Au cours d’une de ses rondes, Lance Hansen, un policier des Eaux et Forêts, découvre sur les rives du lac Supérieur un homme nu et prostré. Le FBI se charge de l’enquête, mais Lance Hansen veut en avoir le cœur net. Est-ce vraiment le premier crime dans la région ?

Passionné par l’histoire des premiers colons, il mène ses propres recherches et découvre, en fouillant les archives, qu’un autre meurtre a été commis au même endroit, cent ans plus tôt, et que sa famille, d’origine norvégienne, n’y est pas étrangère… Mais si Lance Hansen parle, tout son univers ne risque-t-il pas de s’effondrer ?

Un roman envoûtant sur la solitude et le poids du passé.

(Sources : Grasset, Points Policier– Pages : 408 – ISBN : 9782757832080 – Prix : 7,60 €)

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Le sang a coulé sur la terre des ancêtres…

Lance Hansen policier au USA Forest Service (« flic des forêts ») dans la Minnessota a été informé d’un campement illicite près du grand lac. Quand il s’approche de la croix en pierre, il voit une jambe nue qui dépasse. Et quand il est encore plus prêt, il voit avec stupeur un homme complètement nu, le corps couvert de sang avec juste une basket à un pied. Il parle à l’individu pour savoir si il est encore en vie. Et celui-ci lui marmonne quelque chose en norvégien. Un échange à peu décousu à lieu entre les deux hommes.

Lance décide d’emmener ce touriste hagard à sa voiture, il lui remet une chaussure qu’il a trouvé en venant. Ils ont parcouru quelques mètres quand l’individu complètement nu s’enfuie à travers les fourrés. Le surpoids et l’aridité du terrain empêchent notre policier de le rattraper. Et au détour d’un buisson, c’est le choc un autre homme est étendu là sur le sol et son crâne a été complètement défoncé.

Il doit faire appel à des renforts. Les hommes arrivent des quatre coins car dans ces vastes étendues chacun travaille de manière isolée. Un agent du FBI est dépêché sur les lieux mais également un policier norvégien. Car la victime et le fuyard viennent du « vieux continent ».

Le meurtre violent touche de manière viscérale cette petite ville tranquille. La population du Minnessota descend surtout des Scandinaves (et des Allemands) et dans notre communauté tout particulièrement des Norvégiens. Et notre brave policier est le garant de ce passé. Il a en sa possession les archives (documents, lettres, photos…). Le généalogiste amateur en tire en grande fierté mais il irrite bon nombre de concitoyens en brisant régulièrement des mythologies familiales en apportant son éclairage historique…

Les grands espaces verts qui bordent la ville abrite également une communauté indienne, les Ojibwe. Ce peuple connait les mêmes difficultés que les autres peuples amérindiens : tentative de garder l’équilibre entre modernité et tradition, le désœuvrement, l’alcool… Le fils de Lance et son ex-femme vivent au coeur de la tribu.

Notre brave Lance n’est pas directement chargé de l’enquête mais il reste pour tous celui qui a découvert le corps. Or il y a un fait qu’il préfère taire : son propre frère aurait été sur les lieux au moment de l’agression. Son sommeil va être de plus en plus agité. Et d’étranges rêves vont de plus en plus lui faire perdre pied… Doit-il parler ?

« La terre des rêves » est le tome 1 de la trilogie du Minnesota. C’est un texte sublime que je découvre à l’occasion des Boréales et j’en suis vraiment très heureuse. Dès les premières lignes, je me suis évadée, j’ai eu l’impression d’arpenter ces vastes étendues dans les sous-bois, et d’avoir fait de la randonnée le long du Lac. L’écriture de l’auteur permet une véritable immersion au coeur de la communauté. Tout semble figé dans le temps. Les habitants sont nés là-bas, ils ont grandis à l’ombre des mêmes maisons, des mêmes commerces… Protection, étouffement ? Le café coule, toujours la même serveuse, les habitués se posent… Même le flux des touristes ne semble pas perturber cette routine.

Cette ville a ses codes. Des racines profondément ancrées dans son histoire : chacun connait l’histoire de son ancêtre norvégien. Comment il est arrivé, où il s’est implanté… Tout a été et doit rester identique. La différence ne semble pas avoir sa place. Et dire que certains commencent à dire que les deux touristes étaient homosexuels… ce n’est pas possible… Deux hommes ne peuvent qu’amis…

J’ai été très touchée par le portrait de cette ville où le temps s’est arrêté mais derrière ces sourires de façade se cachent certainement de lourds secrets et une intolérance très forte pas toujours évidente à déceler au premier regard. Comme si chacun connaissait par coeur sa place dans la pièce de théâtre que joue perpétuellement la ville. Ouvrir ce livre c’est comme ouvrir une vielle malle au fond d’un grenier et découvrir peu à peu les souvenirs que beaucoup auraient préféré laisser enfouie.

Ce livre aurait pu paraitre aux éditions Gallmeister où le « Nature Writing » est souvent à l’honneur. La nature étant un des éléments clef du roman. J’ai également beaucoup apprécié l’aspect ethnologique. J’avoue que je n’avais réalisé l’importance des migrants scandinaves dans cette partie des Etats-Unis. Et il y a toute cette découverte de la culture Ojibwe. C’était passionnant d’avancer presque pas à pas dans leur tribu et dans leurs légendes. Et je n’ai pu m’empêcher de penser au roman d’Olivier Truc « Le dernier Lapon »qui est aussi un texte sublime. Avec un vrai questionnement sur la possibilité pour un peuple ancestral de préserver ses coutumes, sa langue, sa religion tout en s’intégrant dans la modernité de la civilisation contemporaine.

Ce premier volet s’inscrit dans une trilogie qui monte en puissance à chaque volume et qui en même temps se savoure à chaque instant, à chaque page…

Bon voyage à vous aussi.

Sophie PEUGNEZ
Sophie PEUGNEZ
Co-fondatrice de Zonelivre.fr. Sophie PEUGNEZ est libraire, chroniqueuse littéraire pour le journal "Coté Caen" et modératrice de débat.
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