Lilja SIGURDARDOTTIR : La cage

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Femmes puissantes, fraudes massives, amour et dynamite : le final explosif de la trilogie Reykjavík Noir, par une étoile montante du polar islandais de plus en plus sûre de ses moyens.

Lilja SIGURDARDOTTIR - La cage
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INFORMATIONS EDITEUR

Agla travaille dans la finance, accusée d’évasion de capitaux, elle a été emprisonnée et se languit d’amour pour Sonia qui l’a abandonnée. À bout, elle tente de se suicider. C’est le moment que choisit un industriel qui connaît son habileté et son flair pour lui proposer une enquête sur le stockage de l’aluminium. Agla ne peut pas résister au challenge et choisit Maria, journaliste d’investigation complexée qui est à l’origine de sa propre condamnation, pour aller sur le terrain. Apparaît alors dans la cellule voisine une très jeune femme qui sort de désintoxication et essaye d’attirer son attention.

Pendant ce temps un adolescent amoureux prépare une action d’éclat pour séduire sa petite amie. Il est aussi le fils d’un homme d’affaires mafieux ennemi intime d’Agla.

En un tour de main, sur un rythme déconcertant et séduisant, Lilja Sigurdardóttir nous initie aux trafics des matières premières et aux dessous du transport de la drogue en Islande, nous fait assister à la naissance improbable d’une histoire d’amour et nous prouve qu’une femme sexy et sûre de son intelligence retombe toujours sur ses pieds.

Un grand feu d’artifice habile et intelligent.

OrigineIslande
ÉditionsMétailié
Date7 mars 2019
EditionsPoints Seuil
Date12 mars 2020
TraductionJean-Christophe Salaün
Pages360
ISBN9782757881019
Prix7,50 €

L’AVIS DE SOPHIE PEUGNEZ

Agla est en prison suite à toutes les malversations financières qu’elle a pu commettre. Le plus douloureux pour elle n’est peut-être pas l’enfermement mais plutôt d’être privée de Sonja. Cette dernière a tiré un trait sur leur histoire sans véritable explication et elle s’est volatilisée.

Agla doit se plier aux règles, à ce rythme de vie si particulier et surtout une proximité subie avec les autres détenues. Et il y a Elísa, jeune et troublante. Doit-elle abattre tous les murs qu’elle s’est forgée mentalement ? Son esprit est toujours aiguisé et ce n’est pas le fait derrière les barreaux qui va l’empêcher d’agir.

Elle va contacter la journaliste d’investigation María, elle va lui proposer de mener des recherches sur le stockage de l’aluminium et surtout pour à qui cela apporte des bénéfices. Elle a confiance en ses compétences c’est notamment à cause d’elle qu’elle est maintenant une détenue.

Anton est un garçon de 16 ans amoureux. Il est prêt à tout pour sa douce. C’est bientôt son anniversaire et il lui prépare une surprise explosive. Eux qui passent des heures allongés sur le lit sans se toucher à écouter la radio Edda : un prof, un journaliste qui témoignent sur la présence des fondamentalistes musulmans installés sur le sol islandais… Il faut agir.

Le roman La Cage de l’islandaise Lilja Sigurdardóttir publié aux Editions Métailié clôt avec brio la trilogie Reykjavík Noir. Agla, qui était un personnage plus en retenue dans le tome 1, se montre sous tous ses aspects. Elle fait preuve d’une grande force et en même temps d’une véritable sensibilité. On sent qu’elle peut encore avoir peur du regard de la société quand le trouble amoureux pour une autre femme l’envahie. Elle fait preuve d’une véritable résilience en prison et elle met toute l’énergie possible pour repartir de l’avant.

Un portrait de femme très touchant car on sent qu’elle a pris conscience du poids de ses erreurs et des conséquences sur autrui. Elle reste néanmoins une femme d’affaire avec une vraie soif d’aller de l’avant (une fois passé le cap du flirt avec l’auto-destruction).

Ce que j’aime avec Lilja Sigurdardóttir c’est que le traitement de ses personnages n’est pas tout blanc ou tout noir. C’est nuancé, cela montre la richesse et la complexité de l’être humain. Et aussi que l’on peut changer au fil des années. C’est quelque chose de rare mais elle a réussit en une trilogie a vraiment transformer le sentiment du lecteur vis-à-vis de ses héros. Je me demande si ses propres sentiments en tant qu’auteur n’ont pas changés vis-à-vis de Sonja et Agla. J’avais une grande empathie dans le tome 1 pour Sonja et Agla était une connaissance plus lointaine et maintenant c’est l’inverse. J’aime ce tour de force car il est original. Le récit reste crédible est captivant.

C’est aussi une réflexion sur les richesses géologiques de l’Islande, sur la part que les financiers ont pu prendre dans ce pays dont le visage semble avoir beaucoup changé depuis la crise financière de 2008 et tout n’est pas fini. Et ses rapports avec le reste du monde.

L’addiction est un thème fort : que ce soit la drogue, l’argent, le pouvoir… Peut-on réellement mettre un jour ses vieux démons de côté ou cherche-t-on toujours un coupable pour se dédouaner ?

Le rapport à l’autre est primordial. Cette peur, cette haine de la différence. Et toutes ces paroles qui n’ont pas été dites. Des silences qui se voulaient complices mais qui sont destructeurs.

La destinée des personnages de Lilja est un peu comme ses traces laissées par les avions dans le ciel. Lorsqu’on a les regarde rapidement on a l’impression qu’elles se touchent, qu’elles se croisent alors qu’en vérité elles ne sont même pas effleurées et elles ont pris des directions complètements différentes.

Une des très belles voix de la littérature policière contemporaine qui nous fait réfléchir avec douceur et profondeur sur le monde qui nous entoure.

Elle est traduite de l’islandais par Jean-Christophe Salaün. Une grande complicité et un profond respect lient l’auteur et son traducteur.

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