Arnar Már ARNGRIMSSON : Viré au vert

Sölvi, un adolescent solitaire et agressif, passe l’été chez sa grand-mère, dans une ferme reculée de l’Islande.

Islande
Arnar Mar ARNGRIMSSON - Vire au vert
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  • Éditions Thierry Magnier le 24 octobre 2018
  • Traduit par Jean-Christophe Salaün
  • Pages : 340
  • ISBN : 9791035202002
  • Prix : 16,90 €

Présentation de l'éditeur

Sölvi, un adolescent solitaire et agressif, passe l’été chez sa grand-mère, dans une ferme reculée de l’Islande. Peu à peu, il s’habitue à la vie à la campagne. (©Electre 2018)

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Arnaldur INDRIDASON : Les fils de la poussière

L’enquête est menée parallèlement par le frère de la victime et par une équipe de policiers parmi lesquels apparaît un certain Erlendur !

Islande
Arni THORARINSSON - Les fils de la poussiere
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  • Éditions Métailié le 4 octobre 2018
  • Traduit par Eric BOURY
  • Pages : 288
  • ISBN : 9791022608251
  • Prix : 21,00 €

Présentation de l'éditeur

Paru en 1997, Les Fils de la poussière, premier roman d’Arnaldur Indridason, a ouvert la voie au polar islandais en permettant à ce genre littéraire d’accéder enfin à la reconnaissance et d’acquérir ses lettres de noblesse en Islande.

Le récit s’ouvre sur le suicide de Daniel, quadragénaire interné dans un hôpital psychiatrique de Reykjavík. Au même moment, un vieil enseignant, qui a eu Daniel comme élève dans les années 60, meurt dans un incendie. Le frère de Daniel essaie de découvrir ce qui liait ces deux hommes et comprend graduellement que, dans les années 60, certains enfants ont servi de cobayes dans le cadre d’essais pharmaceutiques et génétiques qui ont déraillé…

L’enquête est menée parallèlement par le frère de Daniel et par une équipe de policiers parmi lesquels apparaît un certain Erlendur, accompagné du jeune Sigurdur Oli et d’Elinborg.

Dès ce premier roman, on trouve tous les éléments qui vont faire le succès international qu’on connaît.

Au moment où il écrit ce roman, après des études d’histoire, Arnaldur Indridason est journaliste chargé de la rubrique cinéma dans le principal journal de Reykjavík. Il est le fils d’un écrivain reconnu, ce qui est aussi un défi.

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Audur Ava OLAFSDOTTIR : Ör

Ör est le roman poétique et profond, drôle, délicat, d’un homme qui s’en va, en quête de réparation.

Islande
Audur Ava OLAFSDOTTIR : Ör
ÖR
  • Éditions Zulma le 5 octobre 2017
  • Traduit par Catherine Eyjólfsson
  • Pages : 240
  • ISBN : 9782843048067
  • Prix : 19,00 €

Présentation de l'éditeur

Se décrivant lui-même comme un « homme de quarante-neuf ans, divorcé, hétérosexuel, sans envergure, qui n’a pas tenu dans ses bras de corps féminin nu – en tout cas pas délibérément – depuis huit ans et cinq mois », Jónas Ebeneser n’a qu’une passion : restaurer, retaper, réparer. Mais le bricoleur est en crise et la crise est profonde. Et guère de réconfort à attendre des trois Guðrún de sa vie – son ex-femme, sa fille, spécialiste de l’écosystème des océans, un joli accident de jeunesse, et sa propre mère, ancienne prof de maths à l’esprit égaré, collectionneuse des données chiffrées de toutes les guerres du monde… Doit-il se faire tatouer une aile de rapace sur la poitrine ou carrément emprunter le fusil de chasse de son voisin pour en finir à la date de son choix ? Autant se mettre en route pour un voyage sans retour à destination d’un pays abîmé par la guerre, avec sa caisse à outils pour tout bagage et sa perceuse en bandoulière.

Ör est le roman poétique et profond, drôle, délicat, d’un homme qui s’en va, en quête de réparation.

Notre Avis

Ör (mot signifiant « cicatrice » en islandais) en version originale éditée en 2016, traduit par Catherine Eyjolfsson, a été publié par les éditions Zulma en 2017. Il est le cinquième roman de l’auteure islandaise. Raconté à la première personne, il se compose de chapitres plus ou moins longs s’enchaînant au fil des pages sans autre transition que des titres souvent insolites, tel que « Le temps est plein de chats morts » ou que « Une cicatrice est une formation dermique anormale là où une plaie ou une lésion s’est refermée. »

Un rythme lent caractérisé par de nombreux passages introspectifs et de scènes minutieusement décrite : « Il enfile des maniques rouges, ouvre le four, tire avec précaution la grille et plonge le thermomètre à sonde dans le gâteau (…) Il verse de la crème dans un bol et branche le batteur. Il me tourne le dos, concentré sur sa tâche. Une fois la crème battue, il rince les pales et les met dans le lave-vaisselle. » (Page 40) =>Comme si le temps avait suspendu son vol afin de s’attarder un infime instant sur la destinée de Jonas, un homme banal qui se rend compte qu’il s’est perdu, noyé dans tout ce qui n’est pas essentiel.

Le style est moins fantaisiste, plus dense, plus essentiel que les romans précédents, tendance sans doute justifiée par le thème grave développé par Ör : la vie/la mort, le souvenir que l’on laisse derrière soi : « Vers la fin de la semaine prochaine, le monde tournera sans moi? Que disent les prévisions météo dans ce monde sans moi ? » (Page 77) ; mais aussi la guerre dans ce qu’elle a de plus absolu, dans cette vision plus cruciale des priorités de survie : « Il devait faire un geste au moment de recevoir une balle. Nous avons rejoué la scène six fois avec des litres de faux sang. Le soir venu, on s’est bien amusés. Tout n’était que bluff alors. Et puis tout est devenu réel et le film ne voulait plus rien dire. » (Page 145).

L’intrigue

Jonas vit seul depuis qu’il s’est séparé de sa femme Gudrun, huit ans plus tôt. Son quotidien se résume à son travail, les irruptions de son voisin Svanur qui ne comprend pas sa femme Aurore, sa fille Nymphéa qui n’est pas sa fille, sa mère Gudrun placée en maison de retraite et son ex-femme Gudrun qui s’inquiète pour lui. Conscient de la vacuité de cette existence qui ne lui apporte plus rien, il décide de se supprimer. Mais comme il ne veut pas infliger la découverte de son cadavre à sa fille, il décide de partir dans un pays en guerre où les chances de disparaître de la surface de la terre sans laisser de trace sont plus probables.

Une fois ses affaires en ordre, il quitte l’Islande avec pour tout bagage une petite caisse à outils et sa perceuse. Arrivé dans le pays qu’il a choisi, il s’installe dans un hôtel qui vient juste de rouvrir ses portes à la faveur d’un armistice signé entre les belligérants depuis peu. Entre ses souvenirs mêlés à des questions existentielles et ses errances dans une ville profondément marquée par les stigmates de la guerre, Jonas prend conscience de la non-légitimité de ses états d’âme comparé à ces gens pour qui chaque jour écoulé est une victoire sur la mort. Sa vison des choses va alors changer du tout au tout.

Les personnages

Des portraits esquissés finement, comme dans une aquarelle aux couleurs un peu passées, des personnages en quête de leur vérité dans un monde qu’il ne comprennent pas toujours. Le choix de prénoms identiques pour les trois générations de femmes qui gravitent autour de Jonas  symbolise l’impression d’enfermement qu’il ressent, justifiant son besoin d’évasion, de quête de soi…

• Jonas Ebeneser : narrateur ; un frère, divorcé, une fille de 25 ans ; a fait une année d’études philosophiques avant de reprendre l’entreprise familiale ; a encore tous ses cheveux coiffés en brosse.
• Gudrun Stella Jonasdottir Snaeland : mère de Jonas, ancien professeur de mathématiques et organiste ; vit en maison de retraite ; lui rend visite une fois par semaine.
• Gudrun : ex-femme de Jonas ; cheveux roux, teint rosé, taches de rousseur.
• Gudrun Nymphéa : fille de Jonas ; célibataire ; spécialiste en biologie marine.
• Svanur : voisin de Jonas; mécanicien ; porte des lunettes à verres épais ; ses deux sujets de préoccupation sont les véhicules à moteur et la condition des femmes dans le monde.
• Fifi : gérant de l’hôtel ; jeune homme d’une vingtaine d’années ; parle très bien anglais.
• May : soeur de Fifi avec lequel elle gère l’hôtel qui appartient à leur tante partie en exil ; veuve, un enfant.
• Adam : fils de May.

Les lieux

L’hôtel où Jonas s’est réfugié pour se suicider est situé dans un pays en guerre dont le nom n’est pas révélé, anonymat attestant que la situation de pays dévasté par la guerre n’a malheureusement rien d’exceptionnel. Il est touchant de voir combien les deux jeunes gens qui gèrent l’hôtel, malgré leurs blessures et leurs souffrances, concentrent tous leurs efforts à tenter de se reconstruire une existence qui ait à nouveau un sens: Fifi restaure les mosaïques de la cave; May entreprend avec l’aide de Jonas de menues réparations en vue d’une éventuelle future saison touristique. L’hôtel Silence, ancienne destination touristique appréciée pour ses sites archéologiques et ses bains de boue réputés, est situé au bord de la mer, à une heure de route de l’aéroport.

En conclusion

Un peu déstabilisée par le style moins fantaisiste de ce cinquième roman, j’ai éprouvé quelques difficultés à pénétrer dans cette histoire, mais au final j’ai été bouleversée par ce récit pudique et profond qui a le mérite de faire réfléchir sur la valeur que l’on donne à la vie humaine avec beaucoup de délicatesse non dénuée de poésie. Comme à son habitude, Zudur Ava Olasfdottir nous propose avec Ör un très beau moment de lecture.

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Audur Ava OLAFSDOTTIR : Le rouge vif de la rhubarbe

Souvent aux beaux jours, Ágústína grimpe sur les hauteurs du village pour s’allonger dans le carré de rhubarbe sauvage, à méditer sur Dieu

Islande
Audur Ava OLAFSDOTTIR - Le rouge vif de la rhubarbe-poche
LE ROUGE VIF DE LA RHUBARBE

Présentation de l'éditeur

Souvent aux beaux jours, Ágústína grimpe sur les hauteurs du village pour s’allonger dans le carré de rhubarbe sauvage, à méditer sur Dieu, la beauté des nombres, le chaos du monde et ses jambes de coton. C’est là, dit-on, qu’elle fut conçue, avant d’être confiée aux bons soins de la chère Nína, experte en confiture de rhubarbe, boudin de mouton et autres délices.

Singulière, arrogante et tendre, Ágústína ignore avec une dignité de chat les contingences de la vie, collectionne les lettres de sa mère partie aux antipodes à la poursuite des oiseaux migrateurs, chante en solo dans un groupe de rock et se découvre ange ou sirène sous le regard amoureux de Salómon. Mais Ágústína fomente elle aussi un grand voyage : l’ascension de la « Montagne », huit cent quarante-quatre mètres dont elle compte bien venir à bout, armée de ses béquilles, pour enfin contempler le monde, vu d’en haut…

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Sigríður Hagalín BJÖRNSDOTTIR : L’ile

Faire face à la faim, dans un pays de volcans cerné par les eaux. Comme un piège qui se referme.

Islande
sigridur hagalin BJORNSDOTTIR - ile
L'île
  • Éditions Gaïa en février 2018
  • Traduit par Eric Boury
  • Pages : 272
  • ISBN : 9782847208153
  • Prix : 21,00 €

Présentation de l'éditeur

Il arrive que se produisent des choses qui rassemblent l’humanité tout entière, et chacun se rappelle l’endroit où il se trouvait quand il a appris la nouvelle. Le monde peut devenir si petit qu’il se résume à un seul être humain. A un homme minuscule dans un fjord abandonné d’Islande. Un homme qui se souvient : comment toute communication avec le monde extérieur fut soudain coupée, comment réagirent le gouvernement, les médias, la population. Comment il réagit lui- même, journaliste politique flirtant avec les sphères du pouvoir, en couple avec María, musicienne d’origine étrangère. Le pays, obsédé par son passé, croit pouvoir vivre en autarcie, rejette dangereusement tout ce qui n’est pas islandais, et réactive des peurs ancestrales. Faire face à la faim, dans un pays de volcans cerné par les eaux. Comme un piège qui se referme.

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Einar Már GUDMUNDSSON : Les Rois d’Islande

L’histoire mirifique des Knudsen, de ses représentants et de tous ceux qui passaient par là – la saga contemporaine d’une famille exubérante et totalement déjantée.

Islande
Einar Mar GUDMUNDSSON - Les Rois Islande
Les Rois d'Islande
  • Éditions Zulma en février 2018
  • Traduit par Eric Boury
  • Pages : 336
  • ISBN : 9782843048128
  • Prix : 21,00 €

Présentation de l'éditeur

Le clan Knudsen règne depuis plus de deux siècles sur Tangavík – petit port de pêche battu par les vents ou fief d’armateurs, question de point de vue.

Chez les Knudsen, on est potentiellement marin de père en fils, sauf à faire carrière à la caisse d’épargne. On compte dans la famille de grands hommes, des hôtesses de l’air et de gentils simplets. Ils ont été ministres, bandits, avocats, ivrognes patentés et parfois tout cela en même temps.Les Knudsen ont bâti des empires et les ont perdus avec le même panache. Ils ont monté des conserveries de harengs, composé des symphonies, roulé en belle américaine et sacrément magouillé. Ils ont été portés au pinacle et mis au pilori. Toujours persuadés, de génération en génération, d’être les rois d’Islande.

L’histoire mirifique des Knudsen, de ses représentants et de tous ceux qui passaient par là est, on l’aura compris, un tourbillon de portraits hautement réjouissants – la saga contemporaine d’une famille exubérante et totalement déjantée.

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Audur Ava OLAFSDOTTIR : L’embellie

Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, le roman de Audur Ava OLAFSDOTTIR ne cesse de nous enchanter

Islande

INFOS ÉDITEUR

l embellie - Audur Ava OLAFSDOTTIR

Parution aux éditions Zulma en aout 2012

Parution au éditions Points en avril 2014

Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson

En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu’à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.

Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l’Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les fugaces, burlesques et parfois dramatiques péripéties de la vie, et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l’on se glisse dans l’Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d’exultation complice qui ne nous quitte plus.

(Source : Zulma – Pages : 400 – ISBN : 9782843045899 – Prix : 22,00 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

Audur Ava Olafsdottir est une romancière islandaise née en 1958 à Reykjavik. Elle a fait ses études d’histoire de l’art à Paris. Elle est professeur d’histoire de l’art à l’université d’Islande ; directrice de son Musée,  Audur Ava Olafsdottir est très active dans la promotion de l’art. A ce titre, elle a donné de nombreuses conférences et organise régulièrement des expositions.

Le roman

L’embellie, Rigning i november (littéralement Pluie de novembre) en version originale parue en 2004, traduit par Catherine Eyjolfsson, a été publié par les éditions Zulma en 2012, puis réédité par les édition Points en 2014.

L’embellie, second roman de la romancière islandaise, continue son exploration des relations humaines, amorcée dans Le rouge vif de la rhubarbe, en abordant les thèmes de l’amitié, de la maternité et du couple, mais aussi de la différence, de l’handicap vécu non pas comme une catastrophe mais comme une richesse, sur un ton toujours aussi fantaisiste et enjoué, avec beaucoup d’humour :

« les gens n’aiment pas recevoir de la visite dans les odeurs de cuisine, ils n’apprécient guère de discuter en chaussettes ou même pieds nus face à une inconnue, au milieu d’un amoncellement de chaussures dans une entrée étroite, avec autour d’eux des gosses énervés -d’après moi, ce sont les conditions idéales pour que la facture soit réglée sur-le-champ… » (Pages 14-15).

La question cruciale à laquelle Audur Ava Olafsdottir tente de répondre à chacun de ses romans est comment vivre en harmonie avec ses proches sans nous trahir nous-mêmes…Un certain détachement, comme la narratrice qui semble prendre le départ de son mari plus comme une péripétie dans son sens premier (événement soudain qui change la situation des personnages et opère une révolution dans l’action) et s’y conforme parce que « c’est comme ça et pas autrement », serait-il un début de solution ?

Le roman comprend deux parties : la première, la plus courte, raconte comment la vie de la narratrice va se trouver bouleversée par deux événements aucunement liés entre eux ; la seconde nous entraîne dans un road-movie plutôt animé…

L’intrigue

La narratrice, traductrice à son compte, voit sa vie bouleversée : son mari, qui éprouve des difficultés à vivre avec une femme si peu conventionnelle, sans habitudes ni routines, incapable de lui donner des repères auxquels il puisse se rattacher, la quitte pour une autre; quelques jours plus tard, Audur,sa meilleure amie, mère célibataire enceinte de six mois, se foule la cheville; hospitalisée jusqu’à l’accouchement, elle lui confie la garde de son petit garçon, Tumi, presque sourd et portant des lunettes très épaisses.

Ayant gagné un chalet d’été qu’elle veut installer dans son village natal situé sur la côté est de l’Islande, elle décide d’emmener le petit garçon avec elle. Les voilà partis, la boîte à gant remplie de billets de 1000 couronnes et le coffre plein de choses aussi hétéroclites qu’un bocal à poissons rouges, sacs de couchage, marmite de boulettes de poissons, sur la Nationale 1 qui fait le tour de l’île, en direction de l’est. Mais, comme dans les contes de fées, les deux nouveaux amis font des rencontres aussi inattendues que constructives, car n’oublions pas que la jeune femme est avant tout à la recherche d’elle-même…

Les personnages

Les personnages de L’embellie sont peu nombreux mais chacun remplit un rôle bien particulier sur le parcours de la narratrice. Comme dans les contes de fées, les aventures du personnage dominant (ici la narratrice) constituent le coeur même du récit où il s’agit de régler une affaire de famille : fraîchement séparée de son mari et en charge d’un enfant qui n’est pas le sien, comment va-t-elle gérer cette situation sans compromettre ni son équilibre personnel, ni celui de l’enfant ?

Tumi est un enfant très particulier : âgé de quatre ans, il porte des prothèses auditives et d’énormes lunettes ; grand prématuré à sa naissance, il est nettement plus petit que les autres enfants de son âge. Pourtant, il se révèle un petit être tout à fait étonnant et tellement mûr : il ne sait pas vraiment lire mais il sait écrire certains mots ; bien qu’il ne puisse pas vraiment parler, il est tout à fait capable de faire comprendre ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas. Il apprend même à sa maman de substitution le langage des signes. Il s’adapte facilement aux nouvelles conditions de vie qui lui sont imposées mais sait, le moment venu, obtenir ce dont il a envie ou agir selon sa volonté propre, comme dans la scène finale.

Tous les autres personnages sont mis sur sa route afin de l’aider dans sa quête, chacun à son niveau : les chasseurs, l’homme déguisé en père Noël, les fermiers à qui appartient la brebis écrasée, son amie Audur, le jeune homme qui gère la plate-forme de saut à l’élastique, les chanteurs estoniens…

Les lieux

Dans tous les romans d’Audur Ava Olafsdottir, les lieux revêtent une certaine importance, en tout cas aux yeux du lecteur non scandinave qui bénéficie d’un total dépaysement. Ceci est d’autant plus vrai pour L’embellie dont l’action se déroule principalement sur la route, la Nationale 1 qui n’a de nationale que le nom…: « Nous avons déjà franchi une rivière et il y en a une autre à venir, soit deux ponts à voie unique et la route qui se resserre encore, ma parole! Les nids-de-poule se multiplient et deviennent de plus en plus profonds. La route poursuit ses méandres… » (Page 201) => Telle cette route sinueuse, la narratrice poursuit son chemin qui, coûte que coûte, la mènera à destination, quelle que soit cette dernière.

Dans les contes de fées, la symbolique de la route, du chemin est très forte. En effet, le chemin constitue l’un des éléments de l’image archétype que l’être humain se forme de lui-même. Dans le roman, la narratrice, après le départ de son mari, est en recherche d’elle-même : « Je pars d’abord seule, ensuite on pourra aller ensemble quelque part » (Page 347) => sous-entendu : quand je me serais trouvée, je pourrais te faire une place dans ma vie.

Le chemin évoque une traversée de la « nuit », de nos propres ténèbres afin de renaître à un jour nouveau, comme en ce jour le plus court de l’année où « le monde soulève sa noire couverture et le soleil fait son entrée horizontale par la fenêtre, une mince strie rose… » (Page 346), jour que choisit la narratrice pour boucler son cercle et rentrer en ville pour préparer un autre voyage.

La route circulaire empruntée par la narratrice ressemble à un parcours initiatique, parcours au cours duquel, grâce aux rencontres qu’elle fera et obstacles qu’elle surmontera, elle apprendra à mieux se connaître en toute quiétude :

« Ce qu’il y a de mieux dans le réseau routier de l’île, c’est cette voie circulaire, rien ne vient y déranger l’esprit…On peut s’arrêter à peu près n’importe où et reprendre le volant sans avoir à feuilleter le guide. Ça facilite beaucoup les choses d’échapper à l’angoisse du choix à chaque carrefour ».( Page 215).

Le climat

Le climat tient une place particulièrement importante dans les romans de Audur Ava Olasfdottir car c’est lui qui, si je puis dire, fait la pluie et le beau temps et conditionne la vie quotidienne et les agissements des personnages. Dans L’embellie, aucun doute que l’histoire se serait déroulée autrement si la narratrice avait voyagé en été ou dans un pays situé plus au sud.

Toute l’île est plongée dans une éternelle obscurité, symbolisant les ténèbres intérieures dans lesquelles la jeune femme évolue, ténèbres qui la poussent à partir vers l’est :

« Les matins d’hiver sont silencieux et sombres. Le temps s’est calmé ; comme si, au lendemain de la dépression qui a balayé l’île, une torpeur s’était abattue sur les hommes marquant l’arrêt de la vie active, comme si tout était au degré zéro et que chacun dormait encore du sommeil de la Belle au Bois Dormant. » (Page 130).

Il fait tellement sombre que la voyageuse, « Pour me remémorer la disposition du champ de lave », doit faire appel à son imagination. « Le jour est long à poindre. Vers midi enfin, une faible lueur prend forme au-dessus du port, une strie de clarté dans l’obscurité brunâtre. » (Page 319).

Mon avis

Audur Ava Olafsdottir fait partie de ces romancières dont la magie opère à chaque ligne pour nous enchanter, nous mener sur les chemins de notre moi avec beaucoup d’humour, une pointe de fantaisie, un zeste de facétie et une énorme pincée de tendresse et de bienveillance. Certes, Audur Ava Olafsdottir sait combien les relations humaines peuvent être complexes et parfois destructrices, mais son message est clair: basculer du bon côté n’est finalement pas si difficile quand on y met du sien: faire preuve de générosité, de compréhension, d’indulgence et de gentillesse est à la portée de chacun d’entre nous, petits comme grands…

L’embellie est un joli conte moderne à la sauce islandaise qui vous transportera dans un monde de tendresse, d’émotion et d’humour. La morale de l’histoire, car dans les contes il y a toujours une morale, est de prendre ce que nous donne chaque jour avec juste ce qu’il faut de détachement et une petite pointe de philosophie afin de ne pas sombrer dans la dépression; pas de fatalisme ni de démission, simplement se contenter de ce que la vie nous offre et nous accommoder des épreuves comme des petites joies.

A lire sans modération !!

 

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Gudbergur BERGSSON : Il n’en revint que trois

Un texte sec et fort qui décrit le basculement brutal de l’Islande dans la modernité, les bégaiements de l’histoire, l’absurdité des destins individuels

Islande

INFOS ÉDITEUR

Gudbergur BERGSSON - Il en revint que trois
Il N'en Revint Que Trois

Parution aux éditions Métailié le 11 janvier 2018

Traduit de l’islandais par Eric BOURY

« Dans ce lieu isolé où le ciel était le plus souvent chargé de nuages bas, il ne se passait jamais rien. »

Une ferme perdue au bout de l’Islande, à des kilomètres du premier village, entre un champ de lave, des montagnes et des rivages désolés. Le ciel est vide et les visiteurs sont rares.

Mais l’écho de la Deuxième Guerre mondiale ne va pas tarder à atteindre ses habitants. Soudain soldats, déserteurs, espions débarquent, mais aussi radio, route, bordels et dollars. Puis viendront les touristes. L’ordre ancien vacille et ne se relèvera jamais.

Les personnages de Bergsson sont tout d’une pièce, rugueux et âpres comme la terre qui les a vus naître. Il y a ceux qui partent, ceux qui restent, ceux qui reviennent. Faut-il s’arracher à ce bout de terre où rien ne pousse ? Ou guetter le renard en ignorant les secousses de l’histoire ?

Un texte sec et fort qui décrit le basculement brutal de l’Islande dans la modernité, les bégaiements de l’histoire, l’absurdité des destins individuels, la force magnétique de certains paysages, qui sont comme des gardiens de la tradition familiale : nul n’y échappe.

(Source : Métailié – Pages : 208 – ISBN : 9791022607308 – Prix : 18,00 €)

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Alain MAREZ : Petites sagas islandaises

Ces Petites Sagas islandaises recèlent quelques joyaux narratifs des lettres médiévales islandaises des XIIIe et XIVe siècles.

France

INFOS ÉDITEUR

Alain MAREZ - Petites sagas islandaises
Petites sagas islandaises

Parution aux éditions Les Belles Lettres le 14 septembre 2017

Ces Petites Sagas islandaises recèlent quelques joyaux narratifs des lettres médiévales islandaises des XIIIe et XIVe siècles.

Leur charme réside dans leur dramatisation, due à la fréquence des dialogues et au dosage subtil de la prose et des strophes, et à leur technique narrative faite de sobriété et de concision : la perception du réel est immédiate et incisive, précise et ramassée et atteint parfois la densité d’un vécu immédiatement ressenti. Ce « réalisme » n’exclut pas toutefois l’apparition de l’humour qui surgit de loin en loin dans une situation ou dans les propos d’un personnage, le traitement plus ou moins dramatique de l’action ainsi que l’apparition de thématiques sous-jacentes plus profondes sous forme de considérations de nature morale, religieuse, voire politique.

Une place de choix est réservée à la description des rapports entre souverains et scaldes dans une société de cour où la poésie est une étincelante armure qui procure la gloire à l’un, la fortune et parfois même la vie à l’autre.

La fonction de ces petites sagas était-elle de divertir ou d’instruire leur public ? Sans doute les deux à la fois, tant il est vrai que le fait divers anecdotique voisine avec la parole édifiante de la littérature cléricale.

(Source : Les Belles Lettres – Pages : 288 – ISBN : 9782251447209 – Prix : 23,50 €)

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Steinunn JOHANNESDOTTIR : L’esclave islandaise – livre 2

Roman d’aventures basé sur des faits réels, L’esclave islandaise est la saga en deux volumes d’une passionnante destinée.

Islande

INFOS ÉDITEUR

Steinunn JOHANNESDOTTIR - esclave islandaise - livre 2
L'esclave islandaise, Tome 2 :

Parution aux éditions Gaïa en septembre 2017

Traduit de l’islandais par Eric BOURY

En 1627 aux îles Vestmann, au sud de l’Islande, les maisons de tourbe sont fouettées par les vents. À la fin de la saison de pêche, les retrouvailles sont fougueuses, mais brèves.

Une nuit, des pirates venus d’un monde lointain font irruption : ils violent, tuent, et séquestrent 400 Islandais lors de ce qu’on appellera le Raid des Turcs. Guðriður est enlevée avec son petit garçon. Emportés au-delà des mers du Sud, ils seront tous vendus comme esclaves. La jeune femme, battue et convoitée, est mise au service d’un dey et de ses quatre épouses. Elle découvre le climat torride et les richesses d’Alger la cosmopolite.

Reverra-t-elle un jour son pays natal et son homme ?

Roman d’aventures basé sur des faits réels, L’esclave islandaise est la saga en deux volumes d’une passionnante destinée.

(Source : Gaïa – Pages : 256 – ISBN : 9782847207941 – Prix : 21,00 €)

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Steinunn SIGURDARDOTTIR : Maîtresses femmes

À la croisée de la comédie dramatique et de l’humour noir, Maîtresses femmes propose une exploration cocasse du rôle des femmes dans nos sociétés.

Islande

INFOS ÉDITEUR

Steinunn SIGURDARDOTTIR - Maitresses femmes

Parution aux éditions Héloïse d’Ormesson en mai 2017

Traduit de l’islandais par Catherine EYJOLFSSON

Lors d’un voyage en France, Maria Holm, volcanologue islandaise à la réputation internationale, croise Gemma. Contre toute attente, la belle Italienne lui fait des avances. Résolument hétérosexuelle, Maria l’éconduit. Pourtant, quelques jours plus tard, Gemma surgit à la terrasse du café parisien où Maria prend son petit-déjeuner. La poursuit-elle ? Maria va-t-elle se laisser séduire ? S’ensuit alors un enchaînement de péripéties inattendues…

À la croisée de la comédie dramatique et de l’humour noir, Maîtresses femmes propose une exploration cocasse du rôle des femmes dans nos sociétés. Amours d’enfance, maternité, pouvoir… Steinunn Sigurdardóttir, poétique et narquoise, manie son sujet avec une audace virevoltante et une insolence mutine.

(Source : Héloïse d’Ormesson – Pages : 224 – ISBN : 9782350874098 – Prix : 19,00 €)

L’AVIS

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Audur Ava OLAFSDOTTIR : L’exception

Dans le vacarme d’un réveillon de nouvel an, Maria n’entend pas ce que Floki, son mari, lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos.

Islande

INFOS ÉDITEUR

l-exception - Audur Ava OLAFSDOTTIR

Parution aux éditions Zulma en avril 2014

Parution aux éditions Points en février 2016

Traduit par Catherine Eyjólfsson

Dans le vacarme d’un réveillon de nouvel an, Maria n’entend pas ce que Floki, son mari, lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos. Heureusement, dans la nuit de l’hiver polaire de Reykjavik, Perla est là, charitable voisine d’à peine un mètre vingt, co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale, qui surgit à tout moment de son appartement de l’entresol pour secourir fort à propos la belle délaissée…

(Source : Zulma – Pages : 352 – ISBN : 978-2-84304-695-7 – Prix : 20,00 €)

L’AVIS DE CATHIE L.

L’exception, Undantekningin en version originale publiée en 2012 en Islande, traduit pour la première fois conjointement en français, en espagnol et en italien, a été publié en 2014 par les éditions Zulma et a obtenu le Prix Littéraire des Jeunes Européens en 2016.

Construction du roman: dans ce roman plein de fraîcheur et d’optimisme, Audur Ava Olafsdottir continue l’étude de mœurs qu’elle avait amorcée avec tant de bonheur dans Rosa Candida où son personnage principal, se trouvant aux prises avec un destin contraire, devait puiser dans ses ressources personnelles pour surmonter l’adversité. Ecrit à la première personne, avec de nombreux flash-backs dont certains directement intégrés dans le récit, les chapitres courts reprennent les heures puis les jours qui suivent cette fameuse soirée de la Saint-Sylvestre où l’univers de Maria a basculé du côté sombre.

Elle y aborde des thèmes aussi variés que l’homosexualité; la différence; l’aide humanitaire, en particulier les enfants victimes de la guerre; la trahison et comment y survivre tout en conservant son intégrité; la culpabilité (à ce propos, Maria se demande quelle genre de femme elle est pour ne pas avoir pressenti l’homosexualité de son mari) ; l’adoption.

La gémellité est également un thème qui sous-tend le roman dans le sens où l’auteur fait souvent allusion au comportement des jumeaux de Maria, à leurs différences, au fait qu’ils n’évoluent pas au même rythme :

« ils s’amusent le plus souvent ensemble mais nous nous sommes parfois inquiétés qu’il la laisse presque toujours mener le jeu. C’est elle qui prend l’initiative pour tout; elle s’exprime la première, disposant d’un vocabulaire plus varié, et se montre plus indépendante(…) Il semble s’accommoder du fait que sa sœur impose les règles du jeu et il devient vite agité et fatigant quand il en est séparé une partie de la journée ». (Page 36)

Autre thème qui apparaît en fil rouge tout au long du roman est celui du travail d’écriture. En effet, Perla, la voisine de Maria, conseillère conjugale, écrit des romans policiers pour un auteur connu afin d’arrondir ses fins de mois, mais elle écrit également ses propres ouvrages, notamment un guide sur le mariage (Ironie de l’auteur ??)… « A vrai dire, j’ai passé la nuit à raturer au fur et à mesure ce que j’écrivais. Je remarque qu’elle tient en main un carnet noir et un stylo.-Un écrivain est tout le temps en train d’écrire, même avant qu’il s’y mette effectivement. » (Page 40)… « La fiction romanesque est à vrai dire le seul domaine où je peux produire de nouveaux partenaires pour les gens. Dans le dernier roman, j’ai fabriqué une petite amie pour le commissaire chargé de l’enquête, mais celui dont le nom figure en gaufrage argenté sur la couverture l’a fait assassiner au chapitre douze. » (Page 73/74).

Le ton : bien sûr, L’exception raconte un événement tragique dans la vie d’un être humain : une femme abandonnée par son conjoint qui fait son « coming out » ; rien de drôle donc. Et pourtant, le ton du roman reste empreint d’optimisme : pas d’apitoiement, on ne se laisse pas abattre, nulle blessure qui ne puisse cicatriser si on fait ce qu’il faut pour. Une pincée de dérision, un peu de poudre de « on ne se prend pas au sérieux », plus une once d’un peu de détachement, et le tour est joué… L’essentiel est de comprendre pour rebondir.

L’intrigue

Le soir de la Saint-Sylvestre, quelques minutes avant que l’on bascule dans la nouvelles année : c’est le moment que choisit Floki pour annoncer à sa femme son homosexualité et son intention d’aller vivre avec son collègue et amant, prénommé également Floki, après onze années de mariage et la naissance de jumeaux. Pourtant, le couple semblait vivre un bonheur sans nuages. Alors pourquoi?

Désireuse de comprendre si elle a raté un épisode dans leur vie conjugale, Maria procède à une « enquête » en prospectant parmi ses souvenirs de leur vie commune afin de déterrer d’éventuels indices de l’homosexualité de son mari. Les questions envahissent son esprit : « Comment cela a-t-il pu arriver, c’est incompréhensible, j’étais heureuse en ménage, mère de deux enfants, Floki était mon meilleur ami, tout le temps à me dire des mots gentils… » (Page 23)… « Ai-je été aveugle? Ai-je été trop crédule?(…) Je ne soupçonnais rien. » (Page 41)

Tout le roman montre les différentes phases par lesquelles Maria passe : d’abord l’incrédulité ; ensuite, l’attente : il va se rendre compte de son erreur et revenir ; toute cette histoire n’est qu’un affreux malentendu :

« Il se tiendrait là, sur les marches déneigées, dans le vent du nord, un cœur sanguinolent offert dans sa main tendue et il dirait: -Pardon, Maria, c’était un malentendu. Pouvons-nous oublier tout ça ? » (Page 53).

Puis, tout en laissant l’opportunité à son mari de réintégrer le domicile conjugal à une date indéterminée, elle maintient le dialogue avec lui et lui pose de nombreuses questions sur son passé, sur leur passé.

Elle en arrive au constat qu’il est rare que l’on connaisse vraiment les personnes qu’on aime et avec lesquelles on vit; son père biologique, qui sait de quoi il parle, déclare :

« Les gens ne correspondent pas toujours à leur apparence(…) On a tous un secret quelque part. » (Page 163).

Malgré un mari qui fait son « coming out » la laissant se débrouiller avec leurs jumeaux âgés de 2 ans 1/2 ; un père biologique qui débarque de l’étranger sans crier gare pour mourir inopinément dans sa chambre d’hôtel, lui laissant le soin de rapatrier ses cendres dans son pays d’origine, Maria prend du recul et relativise sa situation en la considérant avec une froide et brutale lucidité qui remet les choses à leur juste place : « Par comparaison avec les souffrances auxquelles je suis confrontée lors de mes pérégrinations à l’étranger -tous ces enfants martyrs, assis sur le drap sale d’un pauvre lit d’hôpital, contemplant leur moignon de jambe au pansement taché de sang-, un mari qui « sort du placard » (expression islandaise pour « coming out ») au bout de onze ans de mariage est d’une insignifiance au moins égale à ma douleur ». (Page 147). Tout est dit !!

Les personnages

Comme pour les lieux, peu de descriptions des personnages; les quelques détails physiques ne sont pas donnés sous forme de portraits mais disséminés un peu partout au fil de l’histoire. Par contre, on en sait beaucoup plus sur leur vie intime, leur caractère, leurs goûts…

  • Floki Karl : mathématicien ; collègue et amant du mari de Maria, également prénommé Floki.
  • Floki : mari de Maria, mathématicien ; bel homme à la voix virile et profonde. Au moment où Maria fait sa connaissance, il ne possédait que des vêtements et quelques livres, comme s’il n’avait pas de passé.
  • Perla : voisine du couple ; psychanalyste et conseillère conjugale et familiale et écrivain ; naine, épais cheveux blonds ; n’aime pas spécialement les enfants mais accepte de garder les jumeaux de temps en temps; personne très aimable et serviable.
  • Maria : narratrice: femme de Floki et mère des jumeaux ; mesure 1m73 ; belle femme aux courbes féminines; traits délicats, yeux verts. Courageuse, Maria ne se laisse pas abattre malgré la grande souffrance qu’elle éprouve; pas de cris, pas de larmes : « Je suis seule dans le lit avec toutes ces rondeurs féminines auxquelles mon mari ne s’intéresse plus. Je secoue la couette et empile les quatre oreillers que je dispose comme une muraille entre mon époux absent et moi. Le lit conjugal est un océan gris et tumultueux où je me débats du soir au matin… » (Page 94) Elle occupe ses insomnies nocturnes à cuisiner, ranger ses placards et nettoyer sa cuisine plutôt que de se morfondre.
  • Les jumeaux : Bjorn et Bergthora, surnommés Bambi et Begga ; âgés de 2 ans 1/2 ; malgré leur présence pratiquement en continu, on en sait plus sur leur comportement, leurs goûts et leurs amusements que sur leur apparence physique.
  • Steingrimur : jeune voisin de Maria, loue un studio de l’autre côté du jardin ; étudiant en ornithologie ; très serviable avec Maria pour laquelle il a un petit béguin.
  • Bjorn : père de Maria ; adore jouer avec les jumeaux.
  • Mère de Maria : on ne sait pas grand chose sinon qu’elle a eu Maria à l’âge de 19 ans avec un autre homme que Bjorn et qu’elle est professeur de langues.
  • Albert : père biologique de Maria ; biophysicien et spécialiste de la mémoire ; bel homme aux cheveux poivre et sel, vêtu avec élégance.
  • Hreinn : voisin où le couple possède un chalet d’été ; yeux d’un bleu glacé de lac de montagne, chasseur de renards.
  • Bergthora : mère de Floki ; n’apparaît qu’à une occasion, à la fin du roman ; Maria s’entend bien avec elle sans pour autant qu’elles soient proches.

Les lieux

Les endroits où l’action se déroule sont très peu décrits, en particulier le pays d’origine du père biologique de Maria dont les indices fournis restent flous. Audur Ava Olafsdottir se contente de décrire succinctement la maison située en bord de mer: sa terrasse, les tapis, les papiers peints, etc…

Les seules indications précises concernent le climat qui règne en Islande en plein cœur de l’hiver, ce qui donne au roman une petite touche d’exotisme très agréable. On a l’impression d’être transporté dans un autre monde alors que l’Islande n’est pas si loin que ça de chez nous. Ainsi, les jours d’hiver dont on imagine mal la durée réduite à quelques heures à peine :

« Midi approche et la nuit polaire commence enfin à s’éclaircir en ce premier jour de l’année nouvelle. On devine presque la mer. » (Page 44)…

« Dans le ciel, une strie orange -rayon de soleil horizontal qui fait une percée dans le jardin, juste au-dessus des groseilliers… » (Page 48)

Conditions de vie qui nous sont étrangères mais dont il faut tenir compte, nous lecteurs, pour comprendre dans quel univers les personnages évoluent :

« La visibilité est quasiment nulle mais je ne quitte pas la route des yeux ni les bornes phosphorescentes. Il y a de toute façon peu de choses à tirer de la nature grandiose dans l’obscurité persistante qui remplit tous les recoins du monde. » (Page 100)

Mon avis

Dans L’exception, Maria, personnage principal du récit, confrontée au « coming out » de son mari, prend sur elle avec beaucoup de dignité, d’esprit et aussi d’humour, pour ne pas sombrer, même si on perçoit parfois combien il est difficile pour elle d’accepter le mauvais sort qui semble s’acharner sur elle.

Outre le ton optimiste et magnanime, sa justesse de vue parfois grinçante (comme dans la conversation entre Floki et Maria qui lui pose de nombreuses questions sur ses relations extra-conjugales d’un ton neutre, exempt de toute émotion) mais jamais méchante, ce roman comporte de nombreuses qualités, au nombre desquelles les moments de tendresse et le cocon de douceur dans lequel Maria enveloppe ses enfants ; ainsi que l’amitié qui l’unit à Perla qui veille sur elle de son amitié douce et respectueuse ; aucune acrimonie ni désir de vengeance. J’aime cette façon de relativiser, de ne pas tout détruire sous prétexte qu’on éprouve une grande souffrance.

On se laisse peu à peu prendre par la douce monotonie et le rythme faussement banal des heures et des jours qui s’écoulent au rythme du quotidien, sans doute le meilleur moyen de ne pas sombrer dans le néant.

Aucune fausse note dans ce roman très attachant : le déroulement de l’histoire, les personnages et les interactions qui les lient, l’évocation du climat hivernal, les rebondissements (oui, oui, il y en a…), les thèmes abordés, le message de l’auteur. Une jolie leçon de vie, l’exception est ce des livres qu’on voudrait qu’ils ne s’achèvent jamais…

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